Cité internationale de la gastronomie
Le bien-manger sous toutes ses coutures

Au cœur du Grand Hôtel-Dieu, la Cité Internationale de la gastronomie a ouvert ses portes au public à Lyon le 19 octobre. Parrainée par le chef triplement étoilé de Haute-Loire, Régis Marcon, ce lieu propose aux visiteurs une immersion dans le monde de la gastronomie et de la nutrition.

Le bien-manger sous toutes ses coutures

C’est en 2010 que le repas gastronomique des Français a été classé au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Cette reconnaissance au niveau mondial est portée en France par quatre villes qui seront chacune dotées de leur cité de la gastronomie : Lyon, Dijon, Tours et Paris-Rungis. À Lyon de commencer à véhiculer ces valeurs de partage, de plaisir du goût et du bien-manger avec l’ouverture de la Cité internationale de la gastronomie dans l’écrin majestueux du Grand Hôtel-Dieu en centre-ville, le 19 octobre. Cet endroit est le fruit d’une démarche collective initiée et pilotée par la Métropole de Lyon, en partenariat avec la Ville de Lyon et l’État. Onze mécènes ont contribué au projet à hauteur de 10,4 millions d’euros. Les espaces d’exposition permanents ont été conçus par le musée des Confluences, accompagné par une agence londonienne (Casson Mann). Le concept d’animation du lieu a été géré par MagmaCultura. D’autres acteurs jouent un rôle clef tels que chefs cuisiniers, spécialistes du tourisme, des musées, de la culture, de l’éducation et de la santé, professionnels de la communication… Une somme d’énergies pour montrer le lien entre santé et alimentation, thème spécifique à la Cité internationale de Lyon.

Lien entre alimentation et santé

Depuis des lustres, la capitale des Gaules est en effet reconnue pour la qualité de ses mets. En 1934, le célèbre critique culinaire Curnonsky lui a décerné le titre de « capitale mondiale de la gastronomie ». Un titre qu’elle mérite du fait de la variété des produits des terroirs qui l’encerclent et parce que Lyon se trouve au carrefour de nombreuses routes commerciales, sans oublier l’influence de cultures culinaires du monde entier. La Cité internationale de la gastronomie lyonnaise devrait à la fois mettre en valeur le repas gastronomique des Français et faire le lien entre l’alimentation et la santé. Le côté santé se retrouve affirmé par l’installation de cette cité dans le Grand Hôtel-Dieu, lieu emblématique de l’hospitalité et de la santé à Lyon (voir encadré).

Moyennant 12 €, le visiteur pourra déambuler à sa guise dans les différents espaces du parcours permanent. Pour démarrer, il est possible de commencer par découvrir l’histoire du Grand Hôtel-Dieu dans l’apothicairerie où se trouvent encore les bocaux abritant les remèdes préparés à base de plantes médicinales. Dans la pièce d’en face, la culture et la gastronomie lyonnaise s’illustrent autour d‘objets de collection ayant appartenu aux figures de la gastronomie lyonnaise : le piano de cuisson de Paul Bocuse, la marmite de la Mère Brazier, le couteau à champignons de Régis Marcon… Les grands noms de la cuisine lyonnaise y sont présentés.

Interactif et intuitif

Autre salle, autre ambiance : l’Atlas mondial de la gastronomie, outil entièrement interactif et intuitif, répond à d’innombrables questions sur l’histoire, la culture de la gastronomie dans le monde. En touchant l’écran du bout des doigts, on peut savoir quand est-ce que la première cuillère est apparue, comment cuisiner le pain d’épices, d’où vient l’artichaut… De quoi parfaire ses connaissances avant de se diriger par exemple vers la GastroLudothèque Miam ! Miam ! Cet espace dédié aux enfants leur offre la possibilité de jouer à la dinette géante, d’entrer dans la cabane en forme de panier du marché géant où des images défilent pour connaître les fruits et légumes de saison et leurs intérêts en matière de santé. Les cycles de l’alimentation n’auront plus de secret une fois que le bambin aura inspecté la bouche géante. Sur la maquette et avec une tablette tactile, il faut suivre Ruchette l’abeille qui amène les plus jeunes à comprendre l’origine des aliments.

Entrer dans le showcooking et la cuisine signifie visiter et éventuellement déguster (moyennant 12 € en plus) des œuvres d’art gastronomiques imaginées par des chefs. Sur place et devant les yeux des visiteurs, les chefs cuisiniers de la Cité élaborent des plats à base de produits de saison et démontrent qu’une cuisine saine et simple peut être goûteuse. L’objectif est d’échanger avec eux, de leur poser des questions et de repartir avec quelques trucs et astuces de chefs. Non loin de là, l’espace gastronomique agrémenté de chaises et de tables invite à s’installer pour déguster les plats concoctés par les chefs, écouter une conférence ou un débat, sans oublier de profiter du point de vue offert par le dôme des Quatre-Rangs. Il est également possible de privatiser cette partie de la Cité pour un événement de groupe.

Invitation à la réflexion

La salle « À table » comporte des audiovisuels interactifs et des manipulations ludiques sur les marchés, les terroirs et les produits. Une autre salle abrite des expositions temporaires qui mettent en avant des artistes et des thématiques d’actualité. Art contemporain, habitudes alimentaires, histoire, innovations technologiques, il y en aura pour tous les goûts sachant que le le fil conducteur est une invitation au partage et au dialogue. Une programmation événementielle variée ponctuera l’année. La réflexion est elle aussi l’invitée de cette Cité. Le visiteur pourra en effet se poser dans la salle du conseil et dans la salle des archives et songer à l’évolution des régimes alimentaires, des modèles de production et au développement durable. De quoi passer un moment gourmand et instructif.

 

Emmanuelle Perrussel

La Cité internationale de la gastronomie se trouve au 4 Grand Cloître du Grand Hôtel-Dieu 69002 Lyon (accès rue Bellecordière). Elle est ouverte tous les jours de 10 h à 19 h et les samedis jusqu’à 22h00. Informations sur www.citegastronomielyon.fr

Grand Hôtel-Dieu : depuis le Moyen Âge

Le Grand Hôtel-Dieu est né au XIIe siècle. Il accueillait alors les pauvres et les voyageurs et leur fournissait repos et nourriture reconstituante afin qu’ils retrouvent une bonne santé. Pendant neuf siècles, il a tenu son rôle d’hôpital. On peut par exemple noter que son histoire a été marquée par le passage d’illustres personnages. François Rabelais a occupé le poste de médecin de l’Hôtel-Dieu de 1532 à 1535. Celui-ci est notamment connu pour ses connaissances et son travail de classification des plantes médicinales, dont certaines étaient d’ailleurs cultivées dans les jardins de l’Hôtel-Dieu. Plus tard, c’est entre ces murs qu’Étienne Destot a ouvert le premier laboratoire de radiographie. Louis-Léopold Ollier y a aussi créé la chirurgie orthopédique moderne. Marcel Mérieux et Léon Bérart y ont respectivement installé le premier laboratoire de biologie médicale et le premier centre anticancéreux. En plus d’être chargés d’histoire, ces lieux sont majestueux sur le plan architectural. Sous le dôme des Quatre-Rangs, une création de Vincent Breed met par exemple en scène 13 cuillères qui symbolisent les 13 malades sur 14 qui ressortaient guéris du Grand Hôtel-Dieu. Preuve parmi d’autres que la santé a toujours sa place ici…

E.P.

Zoom : une place pour les producteurs

Pendant la visite, on ressent tout le rôle des agriculteurs dans ce lien entre l’alimentation, la santé et l’environnement. Le message porté au fil des installations est notamment celui d’une bonne alimentation synonyme de plaisir, valorisant les produits de saison et de qualité et accessible à tous. Dans chaque espace ou presque, il est indéniable que les producteurs ont une place à prendre dans cette Cité internationale de la gastronomie. La porte est d’ailleurs ouverte aux bonnes volontés, aux dires de Cécile Knosp, responsable de la communication et de Cyril Bantegnie, chef cuisinier de la Cité. « Nous travaillons déjà avec quelques exploitants de la région pour les produits préparés pendant les ateliers culinaires. Ce n’est qu’un début, nous aimerions développer leur présence. D’autre part, des agriculteurs pourraient par exemple venir animer des ateliers, expliquer leur métier, parler de leurs produits, être présents pour des événements en lien avec l’actualité ou des expositions ponctuelles… Les possibilités sont nombreuses. Nous avons beaucoup à faire ensemble ! »

 

E.P.