MFR de Saint-Romain-de-Popey (Rhône)
La conduite d’engins par simulateurs permet de lever toutes les appréhensions

Depuis un an et demi, la MFR de Saint-Romain-de-Popey (Rhône) utilise deux simulateurs de conduite d’engins. Des outils parfaitement intégrés aux parcours d’enseignement des élèves en Bac pro agroéquipement mais également de ceux des classes d’orientation de 4e et de 3e. Les simulateurs permettent d’apprendre à conduire sans risque et contribuent ainsi à lever toutes les appréhensions.

La conduite d’engins par simulateurs permet de lever toutes les appréhensions
Un an et demi après l’intégration des deux simulateurs dans le parcours pédagogique de la MFR de Saint-Romain-de-Popey, l’appréciation générale semble être plutôt positive. ©IAR – Photo d’archive

La maison familiale rurale de Saint-Romain-de-Popey dans le Rhône compte 151 élèves, dont 61 sont en classe d’orientation de 4e et de 3e et 90 suivent le cursus Bac pro agroéquipement, de la seconde à la terminale, proposé par l’établissement. L’objectif de cette spécialité est de former des professionnels à la conduite, la gestion et l’entretien des matériels, pour les secteurs de l’agriculture, du paysage et du bâtiment. Depuis la rentrée de septembre 2019, la MFR s’est équipée de deux simulateurs de conduite d’engins. Ces investissements ont été soutenus financièrement pour moitié par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, l’autre moitié ayant été assumée par l’établissement.
À Saint-Romain, ces nouveaux outils technologiques s’intègrent dans la formation de l’ensemble des élèves, y compris ceux en classes d’orientation. « Les simulateurs sont utilisés par les 151 jeunes, explique le directeur Jean Chassignol. Le soir et durant les temps professionnels, ils sont réservés aux élèves en Bac pro et le midi aux 4e et 3e, pour la découverte de la conduite de matériels et pour ceux qui, déjà, ont des stages dans les travaux publics ou le secteur agricole. Notre but est de faire découvrir la conduite d’engins à des jeunes qui ne peuvent pas y accéder du fait de leur âge et à ceux qui n’ont pas le droit de conduire en stages de 4e-3e des tracteurs ou des pelles mécaniques ».

Deux simulateurs interconnectés

Afin de rendre la pédagogie numérique encore plus réelle, la MFR a choisi de se doter non pas d’un, mais de deux simulateurs : « aujourd’hui avec la fibre, les deux simulateurs fonctionnent ensemble, ils sont interconnectés. Par exemple, je peux avoir un jeune sur une moissonneuse-batteuse et un autre sur le tracteur qui la suit. Ils apprennent ainsi à travailler ensemble sur le même chantier, ce qui les forme aussi aux règles de sécurité », détaille Jean Chassignol.
Les simulateurs proposent plusieurs configurations d’engins : le tracteur seul ou équipé d’outils (faucheuse, presse, andaineur, etc.) ; le tracteur avec sa remorque pour apprendre à manier un ensemble articulé ; la moissonneuse-batteuse ; le télescopique ; le tombereau de chantier ; les pelles mécaniques et, nouveauté depuis six mois, le camion avec semi-remorque, pour préparer les permis poids lourds (PL) et super lourd (SPL).

Une pédagogie sans risque et progressive

Un an et demi après leur mise en place, quel bilan tirer de cet investissement ? Pour le directeur, les avantages sont nombreux. « Au niveau du développement durable déjà, les simulateurs consomment autant d’énergie qu’un frigo, on ne pollue pas ! On n’a pas non plus de contraintes météo, on peut en faire 24 heures sur 24. Aujourd’hui, à part la nuit, ils tournent tout le temps ! », s’enthousiasme Jean Chassignol. L’un des intérêts majeurs de la pédagogie par simulateur est également l’absence de risque à conduire des engins. « Les élèves peuvent verser, casser du matériel, sauter des talus, les risques sont virtuels ! » Ce qui pourrait tenter les plus frondeurs à pousser les matériels dans leurs retranchements ? « Non, répond Jean Chassignol. Chaque jeune a un code, un exercice à faire et il ne passera à l’exercice suivant que lorsqu’il aura réussi le premier. Il y a plusieurs indicateurs de réussite qui incitent l’élève à faire correctement. Sur la pelle mécanique, le simulateur va mesurer sa vitesse d’exécution, le nombre de fois qu’il aura « tapé » le camion en le chargeant, le volume de terre qu’il aura mis à côté du camion, etc. En résumé, il va évaluer sa dextérité ». La formation sur simulateur permet ainsi aux apprentis conducteurs d’acquérir les bons gestes et de parfaire leur technique pour manipuler les manettes, exercice très difficile, concède l’ancien formateur. Mais indispensable avant de pratiquer en conditions réelles où l’élève « n’aura plus qu’à se soucier de son environnement de chantier ». Les sons du chantier sont restitués par un casque et les sensations (mouvements, vibrations) à travers les sièges. Les élèves suivent un programme de formation progressif : le tracteur et la remorque en seconde ; le tracteur et les outils en première et la moissonneuse-batteuse et le télescopique en terminale. La formation virtuelle intègre également l’entretien et la maintenance des matériels.

Un outil qui donne confiance

Un an et demi après l’intégration des deux simulateurs dans le parcours pédagogique de la MFR de Saint-Romain-de-Popey, l’appréciation générale semble être plutôt positive. Même si l’établissement prévoit de tirer un bilan plus détaillé des réels bénéfices sur son enseignement en fin d’année scolaire, Jean Chassignol se réjouit que l’outil virtuel permette déjà de lever les appréhensions et donne confiance. « Des jeunes qui n’avaient jamais touché d’engin n’ont plus d’appréhension lorsqu’ils se trouvent en situation réelle : le simulateur les a désinhibés ! Beaucoup nous disent aussi qu’ils ne sont pas regardés, ni évalués et qu’ils ont le droit de se tromper et de se corriger », explique-t-il. Le parcours de formation sur simulateurs est adapté à chacun des élèves, en fonction de pré-acquis évalués au démarrage de leur formation. Très peu de MFR sont équipées de simulateurs en France, indique Jean Chassignol. Celle de Saint-Romain souhaite aller encore plus loin et projette d’acquérir des outils d’aide à la décision, stations météo, outils de cartographie et GPS, pour compléter sa panoplie technologique. Et dès que les réseaux le permettront, le directeur aimerait organiser des chantiers avec d’autres établissements de formation européens équipés des mêmes simulateurs. Un bon moyen, selon Jean Chassignol, d’obliger ses « jeunes » à développer leur pratique de l’anglais en environnement professionnel.

Sébastien Duperay