Face à une baisse inexpliquée du prix de la viande bovine, la FNB appelle les éleveurs à retenir les animaux en ferme pour faire pression. Un bras de fer qui fait suite au refus du ministre de l’Agriculture d’instaurer un prix minimum pendant la crise. Alors que la consommation de viande française se porte bien et que les abattoirs tournent à plein, la filière tente de justifier des prix payés aux éleveurs 30 % inférieurs au coût de production…

Appel à retenir les animaux en ferme pour un prix plus juste
« En retenant les animaux, en étalant les départs des bêtes, on veut faire comprendre aux opérateurs et à la grande distribution que ce qui se passe n’est pas normal », explique le président de la FRB Michel Joly.

« Par rapport à avant le confinement, les prix des vaches ont perdu en moyenne 20 centimes d’euros par kilo. Avant la crise du Covid-19, il était – 25 % en dessous du coût de production, il est aujourd’hui – 30 % inférieur au coût de production », déplore Michel Joly, président de la FRB. Une baisse incompréhensible puisque les abattages sont aujourd’hui revenus à leur niveau habituel. « La première semaine de confinement, tout le monde a eu peur d’une chute de consommation. Mais dès la semaine suivante, les abattages sont repartis à la hausse », rapporte Guillaume Gauthier, responsable groupe viande à JA national. « Avec le confinement, tout le monde consomme plus. Les importations de viande pour la restauration hors foyer et les cantines sont à l’arrêt et les gens qui sont à la maison cuisinent davantage et achètent de la viande française en magasin. On aurait pu craindre un surplus de réformes laitières lié à une baisse de production, mais ce n’est pas le cas », explique le représentant des jeunes agriculteurs.

Hausse de + 60 % des ventes de haché

 « Seules grandes surfaces à avoir pu rester ouvertes, les enseignes de grande distribution profitent bien du confinement en réalisant beaucoup de volume », poursuit Michel Joly. « On assiste à une augmentation de + 60 % des ventes de viande hachée. Avec l’arrivée des beaux jours, on arrive à vendre des arrières aussi. On profite également de l’essor de la vente directe », enchérit Guillaume Gauthier qui assure qu’objectivement, « il n’y a aucune raison aujourd’hui pour que le prix de la viande baisse en ferme. Ils devraient même remonter. Nous ne comprenons pas ».

Rétablir la loi de l’offre et de la demande

« Pourquoi la loi de l’offre et de la demande ne joue-t-elle pas ? », s’agace à son tour le président de la FRB. C’est cette aberration qui a conduit le bassin allaitant à lancer un appel à retenir les animaux en ferme. Une initiative reprise à l’échelle nationale par la FNB. « En gardant un peu les animaux, en étalant les départs des bêtes pas tout à fait finies, on veut provoquer un appel d’air. Faire comprendre aux opérateurs et à la grande distribution que ce qui se passe n’est pas normal. Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous faisons le choix de retarder nos ventes. Nous aurions bien besoin de trésorerie aujourd’hui. Tous les stocks de fourrages ont été distribués à la suite de la grave sécheresse de 2019 et une nouvelle sécheresse est déjà en vue… Mais il faut à tout prix provoquer un choc psychologique sur la filière pour que la loi de l’offre et de la demande soit rétablie », estime Michel Joly.

Le manque d’organisation de la filière…

Cette crise met une nouvelle fois en lumière tous les dysfonctionnements chroniques de la filière viande bovine. À chaque fois que quelque chose fragilise les marchés, « la grande distribution en profite pour jouer les gros bras », déplore Michel Joly. « Sur le terrain, tout le monde joue à se faire peur comme on le fait toujours dans la filière viande bovine », regrette Guillaume Gauthier. Dans un monde confiné, la nature des commandes est forcément différente et changeante. Mais sous prétexte de maintenir l’équilibre, les gros opérateurs n’hésitent pas à brader, dénonce Michel Joly. Et dans cette chaine mortifère, les opérateurs intermédiaires n’échappent pas à la critique de la FNB. « La grande distribution profite qu’ils sont bousculés par la crise pour leur faire baisser le prix payé aux éleveurs. On paie une fois de plus le manque d’organisation de notre filière avec une grande distribution hyperconcentrée face à une filière aval toujours aussi dispersée. Les quelques gros opérateurs ne sont pas capables de se passer le mot face à la distribution hyper puissante. La FNB estime qu’il faut travailler là-dessus en créant des associations d’organisations de producteurs », confie Michel Joly.

Seul moyen de pression

« Le pire, c’est que le ministre ne nous soutient pas. Alors même que juste avant la crise, on nous vantait les ÉGAlim et qu’avec le coronavirus on ne cesse de parler d’autonomie alimentaire, on refuse de répondre favorablement à notre demande d’un prix plancher », dénonce Guillaume Gauthier. « La souveraineté alimentaire dont parle le président de la République a un prix qui doit rémunérer le coût de production », défend Michel Joly.

« Toutes les bonnes résolutions des ÉGAlim ont été oubliées ! On prônait le label et on veut du tout venant aujourd’hui ! Notre crainte, c’est que dès la fin du confinement, la reprise du travail et de la restauration hors foyer ne provoquent une nouvelle baisse des prix… », redoute le représentant des jeunes agriculteurs. « Retenir les animaux dans nos fermes est notre seul moyen de pression aujourd’hui pour interpeller la grande distribution, les consommateurs, les opérateurs de la filière et le gouvernement. Qu’il nous aide à faire passer ces hausses légitimes », conclut le président de la FRB.

Le ton monte entre Didier Guillaume et la FNB

Devant le refus du ministre de l'Agriculture d'instaurer un prix minimum pour la viande bovine, la FNB a riposté le 20 avril dernier en « amplifiant son appel aux éleveurs à maintenir leurs animaux en ferme, en dépit des conséquences économiques ». Le 16 avril, le ministre avait adressé une réponse surprenante à la FNB indiquant qu'un prix minimum « pourrait se révéler, in fine, contre-productif en favorisant la viande importée au détriment de la production nationale ». « Quel ministre de l’Agriculture peut accepter avec tant de passivité, dans la période actuelle, que les éleveurs vendent leurs animaux à un prix encore plus bas ? », s’est indigné la FNB. « Les ventes de viandes bovines se portent au mieux », rappelle-t-elle. Mais « le prix payé au producteur – contrairement au prix payé par le consommateur - a enregistré une nouvelle baisse la semaine dernière ». Il se situe désormais à « 1,33 euro du kilo en-dessous du coût de production des éleveurs pour la catégorie des vaches de race à viande », dénonce la FNB. La revalorisation de 1 euro le kilo demandée par la FNB entrainerait une hausse théorique du prix consommateur de seulement 15 centimes d’euros par steak.