Conseil départemental de Saône-et-Loire
La morsure du gel et du loup

Cédric MICHELIN
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Le 20 mai à Mâcon, l’Assemblée départementale se réunissait pour la "dernière" session de la mandature avant les élections départementales. Et il a été beaucoup question d’agriculture, avec une volonté de lutter et d’aider contre les aléas : gel 2021 mais également sécheresses. En fin d’Assemblée, le loup s’est même invité dans l’hémicycle.

La morsure du gel et du loup

C’est avec une franche sincérité que tous, et le président André Accary en premier, étaient visiblement heureux et avaient plaisir « de retrouver Christian Gillot », ému lui aussi, et de lui « souhaiter un prompt rétablissement ». Le président du Département se voulait positif pour cette « séance un peu particulière puisqu’une page se tourne, si j’ose dire, et je tiens à remercier les élus et les services, tous motivés par la préoccupation de nos concitoyens ». Avec des élections en approche (20 et 27 juin), André Accary félicitait l’assemblée pour la « qualité de nos échanges, débats, concertations… pour œuvrer et faire parler partout de notre beau département, avec de beaux projets sur les rails ». 95 % des rapports sont d’ailleurs votés à l’unanimité, saluait-il, invitant à poursuivre ainsi car « il nous faut rester très vigilants sur les répercussions des crises sanitaires, économiques et sociales » qui ne sont pas terminées.

Engagés par passion pour l’agriculture

Les crises, l’agriculture et la viticulture ne les connaissent que trop bien malheureusement. Avant de parler du loup et du gel 2021, il donnait la parole à deux conseillers agricoles qui ont toujours œuvré à défendre et aider la profession. Premier à s’élancer, Christian Gillot justement pour le canton d’Autun. Élu en 1979, il relatait ses souvenirs d’alors, lui « jeune agriculteur qui arrivait dans un décorum dont je n’avais pas l’habitude. Je sautais de mon tracteur, laissais mes vaches pour un hémicycle feutré avec des gens en cravate. Je fus extrêmement surpris au départ puis j’ai conservé le costume ». Endosser plutôt dans le sens où Christian Gillot a pris de multiples dossiers agricoles sous le coude pour les mener à bien. Certaines anecdotes faisaient rire la salle mais démontraient surtout le changement d’époque et de pratiques « politiciennes ». Des « grands orateurs » - fumant cigares, Gitanes maïs ou la pipe – aux responsabilités accrues avec la décentralisation de 1979 éloignant le préfet et son administration, les conseillers - généraux maintenant départementaux – sont maintenant de véritables spécialistes.
Pour preuve, André Peulet, qui lui aussi vivait sa dernière session puisqu’arrêtant également « avec émotion mon mandat ». Conseiller sur Hurigny, lui le viticulteur s’était également engagé au service de « ma profession, ma passion pour passer à l’action au niveau du Département ». Pour sa dernière, il n’avait malheureusement pas le cœur joyeux après l’épisode de gel d’avril 2021. « Nous n’avons pas encore fait le constat final des dégâts. L’évolution peut parfois être favorable mais nous n’avions encore jamais vécu des températures de -4 à -5 °C à ce stade » végétatif, rappelait-il à tous, lui qui se fait du souci pour les jeunes installés notamment. « C’est bien, aujourd’hui, ce plan pour rassurer mais c’est en 2022 que les aides seront importantes avec le décalage de stock », invitant la prochaine mandature à continuer de soutenir tous les viticulteurs touchés. Honnête, il reconnaissait que « l’économie viticole marche bien en ce moment. Le plus embêtant serait de manquer de produit. Le plus important à long terme, ce sont les problèmes de maladies du bois », passait-il en message à ses successeurs. Et c’était justement l’objet du rapport mis au vote...

Impacts violents du gel

Le vice-président du Conseil départemental en charge de l’agriculture, Frédéric Brochot, les remerciait tous deux, et notamment Christian Gillot, sur son canton, « pour nos excellents travaux et échanges ».
Ayant bien entendu les demandes, Frédéric Brochot expliquait son plan pour « soutenir l’agriculture et la viticulture face au changement climatique ». Il revenait sur sa genèse. « Depuis de nombreuses semaines et en lien avec la viticulture, le monde du maraîchage et des arboriculteurs, ce plan est aussi une réponse rapide aux attentes des professionnels pour qu’ils puissent faire des prévisionnels économiques ». Ce plan départemental fait l’objet de concertation avec les services de l’État au département pour « affiner » la complémentarité des organismes et aides de chacun. Pour rappel (lire notre édition précédente), le plan du Conseil départemental prévoit entre autre un volet pour la replantation ou complantation de ceps (enveloppe de 250.000 €), comporte un volet d’avance de trésorerie (enveloppe de 3 millions d’€), des aides pour l’achat d’équipement contre le gel et enfin vise à soutenir l’innovation et la recherche ainsi que la formation et communication sur le changement climatique à travers le Vinipôle notamment. Le conseiller de la Chapelle-de-Guinchay, Jean-François Cognard, ne pouvait qu’approuver ce plan, comme le reste de l’hémicycle à l’unanimité. Un message fort envoyé à la viticulture, « ce pilier de notre économie qui génère emplois, touristes et gastronomie ». André Accary le redisait : « c’est un premier pas mais nous restons à l’écoute de tous car il faut bien voir qu’avec l’évolution du climat, il faudra essayer un tas de techniques car la méconnaissance est encore grande sur ce changement climatique aux impacts violents ». Un prochain point sur le gel sera d’ailleurs fait dès juin.

En finir avec l’élevage ? Inadmissible !

André Accary rappelait aussi les précédentes mesures prises sous sa mandature pour venir en aide à l’agriculture, comme le succès du plan d’aide pour équiper notamment les éleveurs de systèmes de récupérateur d’eau de pluie pour l’abreuvement. « Nous sommes à 100 dossiers en Saône-et-Loire. Il pleut ces jours et les installations se remplissent car elles sont opérationnelles. On a donc bien fait ».
En défenseur indéfectible de l’agriculture, il se disait choqué « par contre, que des candidatures dans l’opposition disent vouloir en « finir » avec l’élevage dans notre département », dénonçait-il en réaction à un article relatant des propos d’une candidate sur Mâcon. « Un recadrage serait utile. On ne peut pas tenir ces propos et ne pas soutenir nos éleveurs. Le silence est une forme de soutien », réclamait André Accary qui ne tolérait pas de tels types de propos dans notre département. Bien embêté, le conseiller Jean-Luc Fonteray confirmait « soutenir nos agriculteurs au quotidien », lui qui s’éclipsait le temps du repas pour rejoindre la présidente de Région venue voir des éleveurs prédatés par le loup à la Vineuse-sur-Frégande (lire en page 3).

Le loup échauffe les esprits

En début d’assemblée, Évelyne Couillerot surprenait la majorité en demandant à poser une question d’actualité sur le loup. Ce que fit Jean-Luc Fonteray l’après-midi. Mais comme à chaque fois au sujet du loup, comme personne n’a les mêmes informations au même moment, les esprits s’échauffent vite. Jean-Luc Fonteray avait fait l’aller-retour le midi et revenait avec les dernières demandes du terrain. Frédéric Brochot - n’ayant pas encore ces informations lui répondait que le Département agit « à hauteur de 38.000 € » déjà (équipements, indemnisations…). Jean-Luc Fonteray le reconnaissait bien volontiers et reformulait donc sa question plus clairement : « mon propos était de dire que le Département n’a pas étudié en Commission ce qui pouvait être fait pour pallier l’insuffisance de ce qui n’est pas théoriquement de son ressort ». Car dans ce dossier, le diable se cache dans les moindres détails. Et les rouages des administrations sont encore rouillés. L’équipement des louvetiers est en effet de la compétence de l’État. La préfecture a bien des crédits pour les équiper. Le Département est prêt à compléter, tout comme la Région… mais si l’État n’a plus de crédit. Ce qui n’est pas le cas ici. Jean-Luc Fonteray expliquait que sur le terrain, les louvetiers ont récupéré des caméras thermiques « vieillissantes » à la Dreal BFC, les aveuglant rapidement la nuit et en ont donc demandé de nouvelles… provoquant l’incompréhension générale bien involontairement pour ses bénévoles qui ne comptent ni leurs nuits, ni leurs kilomètres (non remboursés) pour échanger des équipements avec des louvetiers de la Drôme notamment. 
En sage, André Accary apaisait tout le monde et tenait un discours qui allait bien au-delà de l’hémicycle : « dès août l’an dernier, j’ai vu le désarroi de nos éleveurs qui dans nos terres ne sont pas armés ni habitués à gérer cette situation. L’hémicycle a adopté des subventions, à ré-évaluer dans le temps car souvent les agnelages posent problèmes après et les conséquences génétiques sont importantes dans le temps. Comme en bovins charolais, les éleveurs travaillent des dizaines d’années sur la qualité de sélection. Vous imaginez le temps, la passion de ces petits élevages où tout s’effondre en une nuit. Avec l’OS Mouton Charollais, nous nous sommes mis d’accord sur le niveau de compensation. J’ai dit lundi au préfet que dans l’attente de l’intervention de l’État, et éventuellement d’autres partenaires qui peuvent être la Région mais aussi des Com’com, le Département pouvait intervenir - si c’était nécessaire- pour du matériel supplémentaire aux louvetiers. Idem pour les éleveurs. Ce n’est pas à nous de le faire (du point de vue des compétences, NDLR) mais on le fera quand même. Et je m’appui aussi sur les interventions de Josiane Corneloup qui a provoqué à l’Assemblée nationale des réactions de l’État. Vraiment, l’action de tous est importante. Mais pour éviter toute polémique, dès que des attaques ont lieu, Jean-Luc ou vous chers collègues, n’hésitez pas à m’appeler plus tôt pour intervenir s’il y a des manques. Je le dis car c’est un phénomène nouveau sur notre territoire qui peut être un sujet très polémique, extrêmement même. Le traumatisme des éleveurs est déjà tellement important qu’il faut éviter de mettre de l’huile sur le feu à ce sujet ». Morale de l’histoire en quelque sorte : plutôt que de crier au loup en séance, mieux vaut agir à pas de loup… pour le tuer.