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Agrioccasions, les occasions agricoles
Filière Viande bovine

A quand le bout du tunnel ?

La semaine dernière, L’Exploitant Agricole de Saône-et-Loire titrait en
une "Filière bovine : partout, le ton monte". Et c’est peu dire qu’il
est monté d’un cran. Dans ce contexte, et en dépit des propos
ministériels, les éleveurs n’entendent pas relâcher la pression… Retour
sur une semaine qui marque cette rentrée 2011.
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Dans son organisation actuelle, la filière bovine ne fait pas vivre ses producteurs. Aussi, les Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire présentaient-ils il y a quinze jours de cela (lire notre dernière édition en page 3) leur schéma « pour une filière Viande idéale ». Dans le même temps, les débats autour du rôle et des missions du fameux GIE Export s’exacerbaient entre producteurs et ministre d’une part, et entreprises de la filière (coopératives ou privées) d'autre part. Et rien ne semble à ce stade encore apaisé, ni d’ailleurs calé (lire en page GG de cette même édition). Dans le même temps toujours, des éleveurs nivernais et saône-et-loiriens montaient devant le ministère pour dénoncer « l’absence de gestion de la crise actuelle, amplifiée par les conséquences de la sécheresse printanière et désormais automnale ». De même, dans le département, et toujours à l’appel de la FDSEA et des JA, des éleveurs se rendaient devant les sous-préfectures d’Autun et de Charolles pour exprimer une fois encore leurs craintes et leur désarroi, face à des élus et des pouvoirs publics qui sont manifestement passés à autre chose…

Déterminés


Une centaine d’éleveurs bovins de Saône-et-Loire et de la Nièvre ont manifesté à Paris le 28 septembre pour exprimer leur ras-le-bol face à la non gestion de cette interminable crise. Accompagnés d’une vache et d’un veau, ils ont campé face au ministère de l’Agriculture tandis qu’une délégation était reçue par le directeur de cabinet de Bruno Le Maire, Jean-Marc Bournigal. Les éleveurs ont dénoncé la baisse de leurs revenus depuis trois ans provoquée par l’augmentation des coûts de production et des prix de la viande qui ne suivent pas. Malgré la fin de non recevoir du ministre - quelques jours plus tôt - en réponse à leur demande d’année blanche, c'est-à-dire de report en fin de tableau des annuités d’emprunts, les éleveurs n’ont pas renoncé, eux qui sont également inquiets de l’annonce d’une réduction drastique de l’enveloppe des calamités agricoles au titre de la sécheresse… Et si la plupart ont touché un acompte, ils comptent sur le solde pour faire face à la hausse de leurs charges, dont la paille acquise pour alimenter leurs animaux. Les éleveurs allaitants étaient également très remontés contre le refus des grandes entreprises (lire notre dernière édition) de s’engager dans l’exportation vers les pays tiers d’animaux vivants sous prétexte de privilégier leurs outils d’abattage ! Et cela alors que le marché n’a jamais été aussi porteur, notamment sur le pourtour méditerranéen, la Turquie et l’Algérie en particulier, et que le développement des débouchés à l’export est actuellement le seul moyen de permettre la remontée des prix à la production.

Un appel d’urgence !


Au même moment, les éleveurs se rendaient devant les sous-préfectures de Charolles et d’Autun. Une cinquantaine d’éleveurs de l’Autunois-Morvan sont ainsi partis à la rencontre de Claude Dulamon, sous-préfète d’Autun, et tout autant venus du Charollais et du Brionnais avec Jean-Philippe Trioulaire, sous-préfet de Charolles. Ces actions parallèles ont ainsi permis aux pouvoirs publics de mesurer toute la mobilisation du département. Les éleveurs ont insisté sur l’urgence de la situation économique. Comme le résumait Luc Jeanin, le président de l’arrondissement d’Autun, « on attend de vous que quelque chose se passe dans un avenir proche ! La profession a fait son travail : la paille est là. Mais les difficultés économiques restent. Et en janvier, ce sera trop tard ! » Les éleveurs ont pointé l’insuffisance du fonds de calamité, les dégrèvements d’impôt foncier qui ne sont pas à la hauteur et l’année blanche, qualifiée de « véritable arlésienne ». Un coup de pouce des pouvoirs publics était également demandé pour « moraliser » certains « puissants » acteurs de la filière.
Il a beaucoup été question de difficultés concrètes. Avec dignité, les éleveurs ont fait part de leur souffrance de ne plus pouvoir vivre de leur métier. La question de l’emploi des épouses d’exploitants a été abordée. Une mesure pour laquelle - il faut le reconnaître - les sous-préfectures d’Autun et de Charolles ont donné un louable coup de pouce, mais qui constitue un véritable crève-cœur pour la profession. Dans un tel désarroi, les contrôles, avec toute leur rigidité administrative et la froideur des sanctions qu’ils déclenchent, sont particulièrement mal vécus.

Premiers effets…


A la Fédération nationale bovine qu’il recevait le lendemain, Bruno Le Maire - manifestement surpris de cette action Coup de poing, tant au ministère que devant les sous-préfectures - indiquait qu’il avait demandé d’accélérer le versement du solde des indemnisations consécutives à la sécheresse, et ce « dès que les pertes auront été définitivement évaluées », c’est-à-dire au plus tard en janvier prochain. Quant à la demande de la FNB d’année blanche, le ministre a confirmé que l’Etat ne pouvait s’engager à financer un tel dispositif eu égard à la situation économique générale, mais qu’il interviendrait auprès des banques « pour obtenir un aménagement des modalités de leurs emprunts tenant compte de la gravité de leurs difficultés économiques ».



Maintenir la pression


Réunis en conseil d’administration le 30 septembre dernier à Pouilly-en-Auxois, la Fédération régionale bovine, section spécialisée de la FRSEA Bourgogne, a fait le point sur la production de viande bovine.
Sur le plan conjoncturel, les responsables rappellent que les effets dévastateurs de la sécheresse du printemps n’ont pu être comblés par les pluies estivales et que les stocks sont loin d’être reconstitués. Les trésoreries des exploitations d’élevage n’ont jamais été aussi exsangues et cette situation nécessite la mobilisation sans faille des partenaires financiers pour mettre en œuvre le report d’annuités en fin de tableau. Seule cette mesure s’avèrerait susceptible de redonner une bouffée d’oxygène salvatrice à des exploitations auxquelles s’ouvrent - et pour la première fois depuis longtemps - de véritables perspectives en terme de marché.
Au plan structurel, les responsables bourguignons réaffirment leur soutien à la stratégie d’assèchement du marché intérieur mis en œuvre par la FNB, invitant les éleveurs à saisir toutes les opportunités d’expédition des animaux à l’export sur les pays tiers.
Ce n’est en effet qu’en durcissant le rapport de force avec l’aval de la filière que de véritables discussions pourront être réamorcées sur les dossiers structurants tels que celui de la contractualisation où, en dépit de tout bon sens, l’aval de la filière refuse d’intégrer la notion essentielle et déterminante des coût de production en élevage.

Mais aussi…



Concernant la Pac post-2013, la réforme à venir doit être l’occasion de refonder une politique cohérente et structurante pour la production de viande bovine dans les prochaines années. Ainsi, les éleveurs actent leur volonté de maintenir une aide à la vache allaitante couplée à la production et réaffirment la nécessité de maintenir son complément national. De même, et face à la sécheresse, des enseignements doivent être tirés et aboutir à une véritable souplesse en matière de retournement des prairies dans un souci de plus grande autonomie fourragère des exploitations d’élevage. Enfin, face aux propositions de la commission européenne, les éleveurs ont reprécisé avec vigueur leur volonté de voir le zonage des zones défavorisées simples et des zones de piémont stabilisé, pour maintenir un véritable équilibre économique et social sur des territoires ruraux où la production agricole, et en particulier l’élevage, reste le seul rempart au désert et à la friche.



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