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Agrioccasions, les occasions agricoles
Jean-Paul Émorine

Agir sur la volatilité des prix agricoles

À l'heure du G8, du G20 et du G120, Jean-Paul Émorine, président de la Commission de l’Économie, du Développement durable et de l’Aménagement du Territoire, a conclu au Sénat la table ronde traitant de la volatilité des prix des matières agricoles. Retour sur ses propositions.
Par Publié par Cédric Michelin
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« Cette table ronde sur la volatilité des prix des matières agricoles, que nous avons organisée avec mon collègue Jean Bizet, Président de la Commission des affaires européennes, a montré beaucoup d’intérêts vis-à-vis de l’avenir de notre Agriculture et, plus globalement, de l’économie dans son ensemble. Surtout, nous avons abordé le très important sujet sur la nourriture des hommes sur l’ensemble de la planète –alors que les projections font état de 9 milliards d’habitants à l’horizon 2050– dans des conditions économiques acceptables, tant pour les consommateurs que pour les producteurs, c’est-à-dire les paysans.
La volatilité des prix agricoles n’est pas nouvelle, mais, depuis le milieu des années 2000, les prix agricoles deviennent très fluctuants avec des mouvements violents et brutaux, à la hausse comme à la baisse.
L’intérêt des débats au Sénat a d’abord consisté à quantifier le phénomène pour mieux le cerner et en comprendre les mécanismes.
La réponse politique à apporter à cette volatilité est, pour nous, à trois niveaux.
- D’abord au niveau national et à travers la Loi de modernisation agricole (LMA), nous avons mis en avant la contractualisation mais nous avons aussi encouragé les mécanismes d’assurances sur les aléas climatiques comme sur les aléas sanitaires. On voit que l’Union européenne est très favorable à ces engagements. Les provisions pour aléas et les provisions pour investissements doivent être rationalisées. La LMA favorise également, bien que compliquée, l’organisation des filières pour les agriculteurs comme pour leurs clients, que sont les industriels de l’agroalimentaire, visant des relations stables à long terme.
- Au niveau international, la lutte contre la volatilité des prix des matières premières, et parmi celles-ci les matières agricoles, a été mis à l’agenda du G20. C’est historique ! Les marchés agricoles sont désormais totalement interconnectés : on voit bien que le prix du lait français se fait malheureusement quelquefois en Nouvelle-Zélande et celui du blé vendu au Caire se fait quelquefois à Moscou… Les ministres de l’Agriculture vont se réunir fin juin, en France, pour décider de la mise en place d’outils de lutte contre cette volatilité mais, nous sommes encore loin d’un consensus. À bien écouter Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture français, même si les tenants d’une absence totale de régulation sont aujourd’hui affaiblis du fait du contexte européen, on s’oriente de plus en plus vers les marchés en réduisant au minimum les outils d’intervention, sans parler des outils de stockage.
- Au niveau européen, où la Pac contribue un peu à cette volatilité ; nous ne voulons pas que cette politique ne soit plus un amortisseur face aux fortes variations des marchés agricoles. Il ne s’agit pas, évidemment, de remettre en place une Pac totalement administrée, déconnectée des marchés : personne ne la défendrait alors car insupportable pour le budget européen. Néanmoins, le groupe de travail que nous avons mis en place au Sénat défend l’idée de redonner du sens à la Pac et plus précisément celle de ne pas renoncer à son ambition de régulation, compatible avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Nous avons d’ailleurs fait une déclaration commune entre les Parlements français et allemand à ce sujet ».