Appel à « l’unité » de la profession
Le 3 décembre, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a appelé à « l’unité » de la profession autour des règles sanitaires qui gouvernent le traitement de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Le 4 décembre, la Préfecture de Saône et Loire donnait « des précisions » suite au cas de DNC dans le Doubs, à Pouilley-Français, qui avait provoqué cette prise de parole. La FDSEA 71 apportait également quelques précisions utiles.
« Restons unis : les appels à la haine et les insultes contre les vétérinaires et les agents de l'État sont inadmissibles. Restons vigilants et mobilisés : les fausses informations qui circulent, les appels publics à violer les règles, ralentissent l’éradication de la DNC », a-t-elle écrit le 3 décembre. Comprenant « profondément l'angoisse et la colère des éleveurs », elle a expliqué de manière pédagogique, qu’un animal même vacciné peut développer la maladie et que la DNC circulait à bas bruit dans le troupeau (qui a dû être dépeuplé) depuis plusieurs semaines. Le 2 décembre plusieurs centaines d’agriculteurs avaient tenté d’empêcher l’abattage de 83 vaches dans une exploitation du Doubs. Les forces de l’ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants. L’éradication totale du troupeau reste à ce jour, la seule méthode efficace pour éviter la propagation de la DNC. « Ne les laissons pas anéantir les efforts collectifs pour protéger nos élevages et sauver le cheptel bovin français », a conclu la ministre.
Les faits rappelés par la Préfecture
Le 4 décembre, la préfecture de Saône-et-Loire donnait « des précisions » sur le cas du Doubs. Un foyer de dermatose nodulaire a en effet été confirmé le 28 novembre dans le Doubs sur la commune de Pouilley-Français. Le cheptel a fait l’objet d’un dépeuplement pour éviter la propagation de la maladie. La Saône-et-Loire n’est pas impactée et notre département reste toujours indemne de maladie. La DDPP71souhaitait apporter « des éléments factuels d’information concernant ce foyer » : « L’analyse réalisée par le laboratoire agréé sur le bovin du cheptel infecté a révélé que le bovin malade était sans ambiguïté porteur de la souche sauvage du virus. L’animal était vacciné depuis 35 jours. Un animal vacciné commence à être bien immunisé seulement à partir de 21 jours post-vaccination. Le délai d’incubation de la DNC varie fortement d’un individu à l’autre, de 7 jours à 35 jours minimum, 28 jours étant le délai retenu réglementairement. Ainsi, si le bovin est contaminé avant que la protection apportée par le vaccin ne soit optimale, il peut alors développer la maladie, qui se manifeste par des symptômes, au plus tôt, à la fin du délai d’incubation de la maladie ». À l'occasion du « dépeuplement du foyer » à Pouilley-Français, l'examen clinique des animaux de cette exploitation par les services vétérinaires a fait apparaître que des lésions étaient présentes sur quatre autres bovins, certaines étant anciennes.
Infection massive et ancienne dans le foyer de Pouilley-Français
Les résultats des prélèvements de nodules et de sang effectués sur ces quatre bovins ont confirmé que trois d'entre eux étaient infectés par le virus sauvage de la DNC éléments communiqués par la Préfecture du Doubs le 4 décembre. « Ces résultats relèvent une infection ancienne de l'élevage et prouvent que le virus de la DNC était déjà présent chez les bovins de cet élevage au moins trois semaines avant le 28 novembre, soit 15 jours environ après la vaccination. Les bovins ont donc été infectés avant l'acquisition de la protection vaccinale. Ces éléments confortent la stratégie sanitaire de lutte avec dépeuplement de l'ensemble des bovins présents dans le foyer et vaccination obligatoire. » ont indiqué les services de l’État du Doubs.
« Compte tenu de la nécessité de tarir rapidement cette source de virus pour protéger les élevages voisins, le dépeuplement du cheptel constitue la seule mesure de protection efficace pour gérer le risque de diffusion de la maladie », insistent les services sanitaires. L’éleveur a indiqué n'avoir réalisé aucun mouvement d'animaux (entrée ou sortie) depuis l’identification du premier cas d’Ecleux dans le Jura, mais la découverte de lésions anciennes témoigne d’un retard dans la détection de la maladie. Il n’en reste pas moins que, dès lors qu’une contamination y est constatée, le virus est bien arrivé dans l’exploitation. Les services de l’État mènent un travail d’enquête épidémiologique pour déterminer l’origine de cette contamination. Les animaux infectés sont des réservoirs de la maladie. Les enquêtes sont en cours avec notamment des visites vétérinaires des élevages voisins, dès jeudi 4 décembre, aucune piste n’est laissée de côté.
Les demandes de la FDSEA
Face à l’incompréhension suscitée par l’amoncellement d’informations contradictoires, la FDSEA de Saône-et-Loire a sollicité les services préfectoraux afin de clarifier la situation. Ces derniers ont réagi le 4 décembre en apportant des précisions basées sur des faits vérifiés, pour rétablir une information fiable et compréhensible par tous (voir ci-dessus).
La FDSEA71avait prévu également de communiquer le 4 décembre au soir pour « tout d’abord réitérer notre soutien aux éleveurs concernés », puisque « 83 vaches étaient présentes en stabulation et vaccinées depuis 35 jours. Malgré cette vaccination, le lot a été dépeuplé le 2 décembre pour éviter la propagation de la maladie dans les cheptels voisins ». Après avoir rappelé les faits sanitaires et la réalité de la vaccination, la question se posait du « pourquoi ne pas avoir réalisé un abattage partiel sur les animaux contaminés ? » La réponse tient à la maladie elle-même : « les tests virologiques réalisés sur le sang ont une signification limitée, car la virémie (présence du virus dans le sang) est faible et intermittente. Le risque de faux négatif dans un cheptel infecté est donc important. Dans une stratégie d’éradication, il n’est donc pas possible, au sein d’un élevage, de distinguer les animaux infectés sans symptômes, mais potentiellement diffuseurs de la maladie ». La FDSEA de Saône-et-Loire « demande aux services de l’État de :
Par ailleurs, la profession invite les éleveurs à se tourner vers des sources d’informations fiables et pratiques sur la DNC « face à la complexité des dates et des délais de mouvements qui s’amoncellent, nous vous invitons à : Consulter les tableaux de mouvements autorisés sur le site du GDS ou de la DDPP71 ». Et évidemment votre journal agricole préféré !
Encadré
DNC : « La maladie est sous contrôle » selon le ministère
Le 9 décembre, le ministère de l’Agriculture a établi un point de situation sur la DNC à l’issue du CNOPSAV (Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale), l’organe de décision du sanitaire qui s’est réuni le jour-même. « L’épizootie est sous contrôle. Nous avons enrayé les deux pics de la maladie », estime-t-on au siège du ministère. Pour les proches d’Annie Genevard, la stratégie (dépeuplement, biosécurité/restriction de mouvements et vaccination) a porté ses fruits. A cette date, le ministère recense 108 foyers issus de 73 élevages répartis dans sept départements. Il ne reste plus que deux zones réglementées. Ce sont malheureusement 3.089 bovins qui ont été abattus sur tout le territoire, un millions qui ont été vaccinés (sur les 17 millions de bovins en France). « L’abattage partiel est inefficace car le délai d’incubation [de la maladie] peut aller jusqu’à 28/30 jours et celui pour une immunité efficace [du vaccin] est d’au moins 21 jours après la vaccination », a rappelé un conseiller de la ministre. Le parlement sanitaire du 9 décembre a de nouveau validé la stratégie en cours et planche sur une possible vaccination préventive des troupeaux en 2026. Sa prochaine réunion doit se tenir au début de l’année 2026.