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Charte « Eau et hydraulique douce »

Ce qui va concrètement changer dans les vignes

Après avoir présenté dans notre précédente édition la signature de la charte « Eau et hydraulique douce » dans le cadre du PAPI « Val de Saône et côte viticole », nous revenons cette semaine sur son contenu. Sans créer de nouvelles obligations réglementaires, ce document fixe une série de recommandations destinées à limiter le ruissellement, l'érosion des sols et les risques d'inondation. Recul des plantations, entretien des murs, enherbement, haies ou récupération des eaux de pluie : revue de détail des principales mesures proposées aux viticulteurs.

Par Cédric Michelin
Ce qui va concrètement changer dans les vignes
belinot - stock.adobe.com

À écouter les différents intervenants réunis à Jalogny lors de la signature de la charte « Eau et hydraulique douce », le mot qui revient le plus souvent est celui d'« adaptation ». Adaptation au changement climatique, adaptation des pratiques et adaptation des territoires face à des épisodes pluvieux de plus en plus concentrés.

Mais derrière les grands principes, le document signé par les partenaires du PAPI « Val de Saône et côte viticole » entre dans un niveau de détail particulièrement concret. Héritière de la charte des zones sensibles à l'érosion de 1989, cette nouvelle version actualise les recommandations à destination des exploitants, des propriétaires fonciers et des collectivités. L'objectif reste inchangé : réduire les transferts d'eau et de terre depuis les coteaux viticoles vers les routes, les habitations et les infrastructures situées en contrebas.

Une démarche volontaire accompagnée sur le terrain

Premier point à retenir : la charte ne crée aucune obligation réglementaire nouvelle. Les recommandations sont applicables sur la base du volontariat. L'EPTB Saône et Doubs prévoit toutefois la mise en place d'une animation dédiée afin d'accompagner techniquement et administrativement les exploitants et les collectivités souhaitant engager des travaux ou faire évoluer leurs pratiques. Les actions seront concentrées en priorité sur les secteurs identifiés comme les plus sensibles au ruissellement lors des études conduites sur les territoires du Grand Chalon, du Mâconnais et de la Côte chalonnaise. Pour les exploitants situés en zone inondable, un diagnostic gratuit de vulnérabilité pourra également être réalisé.

Quatre mètres minimum entre la vigne et les chemins

Parmi les recommandations les plus précises figure la gestion des abords des voiries. Dans les secteurs en pente, la charte recommande de maintenir une distance minimale de quatre mètres entre les plantations de vigne et les voies communales ou chemins ruraux. Les contours de parcelles sont inclus dans cette distance. L'objectif est double : limiter les apports de terre sur les chaussées lors des épisodes orageux et préserver des espaces permettant l'infiltration ou le ralentissement des écoulements.

Murs de soutènement : priorité à la reconstruction

Autre point sensible dans de nombreux coteaux bourguignons : les murs de soutènement. La charte préconise leur entretien lorsqu'ils bordent une voirie. En cas de dégradation ou de destruction, ils devront être reconstruits à l'identique ou remplacés par des aménagements équivalents comme des talus protégés ou des haies. Le document encourage explicitement le recours aux murs en pierre sèche, qui présentent l'avantage de favoriser l'infiltration de l'eau tout en conservant leur rôle de soutien des terres.

Talus, contours et accès : l'enherbement comme règle générale

L'enherbement constitue probablement la recommandation la plus récurrente dans la charte. Talus, contours de parcelles, voies d'accès ou tournières doivent être maintenus enherbés partout où cela est possible. Cette orientation rejoint d'ailleurs les évolutions déjà engagées dans plusieurs cahiers des charges d'appellations bourguignonnes. L'objectif est de réduire le ruissellement, améliorer l'infiltration de l'eau et limiter les phénomènes d'érosion superficielle.

Haies, fascines, noues : l'arsenal de l'hydraulique douce

C'est le cœur de la charte. Le document encourage le développement d'aménagements destinés à ralentir les écoulements avant qu'ils ne deviennent problématiques.

Les solutions proposées sont nombreuses :

- haies ;

- bandes enherbées ;

- fascines ;

- noues ;

- contre-pentes ;

- ruptures de pente ;

- fossés équipés de redents ;

- mares-tampons.

L'ensemble de ces dispositifs relève de ce que les partenaires appellent l'« hydraulique douce ». Le principe consiste à retenir temporairement l'eau, favoriser son infiltration dans les sols ou ralentir sa vitesse d'écoulement afin de limiter les dégâts en aval.

Cédric Michelin

Avant même la rédaction de la charte, plusieurs années d'études ont été menées par les intercommunalités de la côte viticole afin de mieux comprendre les phénomènes de ruissellement à l'origine d'inondations ou de coulées de boue observées sur certains secteurs.

Le Grand Chalon, Mâconnais Beaujolais Agglomération et les autres collectivités engagées dans le PAPI « Val de Saône et côte viticole » se sont appuyés sur des modélisations prenant en compte la topographie des coteaux, la pente des parcelles, la nature des sols ainsi que les données pluviométriques disponibles et leur évolution attendue dans un contexte de changement climatique.

Ces travaux ont permis d'identifier les principaux axes de ruissellement, les secteurs d'accumulation des eaux et les zones où les écoulements peuvent menacer les habitations, les routes ou les infrastructures situées en contrebas.

Lors de la présentation de la charte à Jalogny, les techniciens de l'EPTB Saône et Doubs ont indiqué qu'une quinzaine de secteurs avaient ainsi été identifiés comme prioritaires à l'échelle du périmètre d'intervention. Les communes concernées doivent désormais être destinataires de ces données afin de les intégrer dans leurs réflexions d'aménagement et dans les actions de prévention à engager.

Pour les partenaires du programme, l'objectif n'est pas de multiplier systématiquement les ouvrages lourds mais d'intervenir le plus en amont possible. Les modélisations doivent permettre d'orienter les futurs aménagements d'hydraulique douce vers les secteurs où ils seront les plus efficaces, qu'il s'agisse de haies, de fascines, de bandes enherbées, de mares-tampons ou d'autres dispositifs capables de ralentir les écoulements.

Ces travaux de connaissance constituent également un outil d'aide à la décision pour les viticulteurs. À l'occasion d'une plantation ou d'une replantation, ils pourront permettre d'identifier les points sensibles d'un coteau et d'adapter les aménagements afin de limiter les risques de transfert d'eau et de terre vers l'aval.

À terme, les partenaires espèrent ainsi passer d'une logique de réparation après sinistre à une logique de prévention, en ciblant les interventions là où les enjeux hydrauliques sont les plus importants.