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Agrioccasions, les occasions agricoles
Agriculteurs et viticulteurs

Champions du tri des déchets

La Bourgogne agricole vient de fêter dix ans de gestion des déchets
agricoles. Du déstockage à la mise en place de filières pérennes, la
profession et ses partenaires se sont collectivement engagés dans un
cycle vertueux, unique en Europe.
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Dix années déjà que la Bourgogne et la France font figure de tête de pont avancée dans la gestion des déchets agricoles et viticoles. En dix ans, on est passé de la prise de conscience de quelques uns à une évolution radicale des comportements, au point que la presque totalité des déchets issus de l’activité agricole et viticole a fini par trouver une voie de recyclage. Quelques ombres au tableau subsistent encore, mais avec le temps, chaque problématique spécifique est étudiée et à tous les niveaux, les acteurs de la gestion des déchets travaillent à l’amélioration constante des systèmes de collecte et des process de traitement des produits collectés.

Collecter pour lancer la dynamique


« La collecte, c’est fondamental », souligne Sébastien Souchon d’Adivalor, car plus le gisement est important, plus il est attractif pour les entreprises d’aval qui s’ingénient alors à lui trouver une nouvelle vie. Au final, les agriculteurs français sont les champions d’Europe du tri des déchets agricoles. De quoi en remontrer aux pays du Nord que l’on prend souvent comme modèles, et à la filière des déchets ménagers qui peine à entrer dans le cercle vertueux, car sur ce plan là, nous trions mieux que nous recyclons. En revanche, en matière de déchets agricoles, la spirale vertueuse n’en finit pas de se déployer depuis dix ans.
Ces dix années ont donc été fêtées de façon fort conviviale à la coopérative Bourgogne du Sud, pionnière de la démarche, en présence des représentants agricoles, des techniciens spécialisés des chambres d’agriculture et des convaincus de la première heure, qui ont donné dès le début l’élan nécessaire au déploiement d’une vraie dynamique collective.
Au premier jour de la collecte des déchets, la Saône-et-Loire, département pilote, a lancé le mouvement, initiant une prise de conscience régionale, alors qu’au plan national, rapidement les organisations professionnelles, les coopératives et les négociants, les entreprises de l’agro-industrie et de l’agro-fourniture ont créé Adivalor, un exemple unique en Europe d’organisation dédiée à la gestion des déchets d’origine agricole.

Un mouvement collectif


La filière, comme le souligne Etienne Henriot, président du comité de pilotage, « est en phase de pérennisation, pour tous les acteurs le processus fonctionne », le tri comme la collecte se sont imposés en douceur. Au point que rapidement les objectifs initiaux de collecte ont été dépassés. La communication a été efficace parce que les bonnes volontés se sont aussi mobilisées chez des agriculteurs, au travers de la presse professionnelle, des organisations professionnelles et des structures d’appro. Car, comme le rappelle Sébastien Souchon d’Adivalor, face au flou de la réglementation, la profession devait s’organiser pour répondre à une obligation réglementaire. Au terme de la loi, le producteur est le garant de la bonne élimination de ses déchets, à partir de là il a fallu tout construire et bâtir une organisation pérenne.
Au sein d’Advilor, structure opérationnelle à responsabilité partagée entre tous ses acteurs créée il y dix ans, chacun a un rôle à jouer. L’agriculteur comme apporteur, au moment de la préparation et du premier conditionnement de ses déchets ; le distributeur pour la collecte proprement dite, le contrôle de la qualité et la production de l’attestation de remise des déchets ; enfin les industriels qui transportent et valorisent les matières récupérées.

Développer le recyclage et la valorisation des produits


Dominique Chambrette, président de la chambre régionale d’agriculture, a salué « une action exemplaire que cette construction d’une filière pérenne, soutenue par l’adhésion de la grande majorité des agriculteurs ». La veille qui s’est organisée au plan régional par l’intermédiaire des chambres d’agriculture permet d’orienter les recherches et d’apporter des réponses structurées au fur et à mesure que se posent les questions et que les problématiques s’élargissent.
Le nouvel accord cadre 2011-15 - signé par Adivalor avec le ministère de l’Ecologie et du développement durable - prévoit d’accentuer la valorisation des produits en développant les activités de recyclage. Car il faut également être conscient que tout déchet a un coût, même s’il est récupéré et valorisé par la suite. La "qualité" initiale du produit à récupérer et à recycler conditionne ce coût. 90 % des plastiques agricoles sont aujourd’hui recyclés, dans des usines spécialisées, comme il en existe notamment en Italie. Pour les années à venir, on s’oriente donc vers le renforcement de la chaîne de contrôle pour améliorer le recyclage et en diminuer le coût à chaque étape.




Une nouvelle vie…



80 % des emballages et films plastiques usagés collectés ont été recyclés en 2010. Le recyclage a un coût, mais il permet aussi de limiter les importations de matières premières et contribue aux économies d’énergie. Cependant, ces filières sont sensibles aux cours des matières premières, qui augmentent ou diminuent d’autant les coûts et rendent les produits recyclés plus ou moins attractifs pour les plasturgistes. Certains produits ne trouvent pas toujours de recycleurs du fait de leur composition : c’est le cas des ficelles et des filets qui sont mis en décharge car porteurs de trop de matières organiques (paille, foin). Les pneus très dégradés des silos posent aussi un sérieux problème de gestion et de recyclage du stock existant.


Les grandes étapes de la construction de la filière

2000 : Etat des lieux régional du gisement de déchets. Premières collectes des sacs d’engrais, ficelles ; EVPP. Premiers déstockages de PPNU.
2001 : Premières collectes de films d’enrubannage et de bâches d’ensilage.
2002 : Organisation régionale. Démarrage d’un partenariat avec Advilor. Généralisation de la collecte des EVPP. Première collecte régionale de déstockage des PPNU.
2003 : Interdiction de nombreux produits phytosanitaires. C’est un tournant majeur pour le développement de l’activité de récupération des déchets.
2004 : Deuxième collecte régionale des PPNU avec Advilor. Démarrage de la collecte des déchets vétérinaires en Saône-et-Loire.
2005 : Opération pilotes de films usagés (FAU). Premières collectes de déchets vétérinaires en Côte d’Or.
2006 : Collecte régionale d’arsénite de soude avec Advilor. 3ème collecte régionale des stocks PPNU. Comité de pilotage régional des collectes des FAU. Généralisation des collectes de déchets vétérinaires.
2007 : Démarrage d’une filière pérenne de PPNU avec Advilor.
2009 : Généralisation à la Bourgogne des collectes des FAU.
2010 : Rubrique « Déchets agricoles » sur le site internet de la CRAB. Démarrage de la collecte des EVPHEL (emballages de produits d’hygiène de l’élevage laitier).
2011 : « Fini les pneus de couverture des silos : guide sur les solutions alternatives en Bourgogne ». La filière de recyclage des pneus s’est organisée, l’agriculture ne « recycle » plus les pneus usagés sur ses silos. Reste à trouver une solution de recyclage pour le stock existant et souvent en très mauvais état.

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