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Agrioccasions, les occasions agricoles
Pâturage et système fourrager

Comment agir face à la sécheresse ?

Après deux années un peu délicates, avec un automne 2010 relativement
sec suivi d’un hiver précoce, les stocks fourragers sont au plus bas
dans un grand nombre d’exploitations d’élevage françaises.
Malheureusement, ce printemps 2011 est l’un des plus secs et des plus
chauds que nous ayons connus depuis près de cinquante ans...
Par Publié par Cédric Michelin
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Ce contexte est préoccupant pour la gestion immédiate du pâturage, et bien évidemment pour la reconstitution des stocks de fourrages. Cet article fait le point sur la façon de valoriser au mieux les fourrages disponibles et les alternatives à envisager sur le plan des cultures à court, moyen et long terme. Et cela sous la forme de sept conseils.

Conseil n° 1 : ne pas gaspiller l’herbe


Cela peut paraître banal, mais dans ce contexte de raréfaction de la ressource, il convient en premier lieu de bien valoriser toute l’herbe disponible et de ne rien gaspiller. Il importe donc d’être vigilant dans la conduite du pâturage et de bien adapter le chargement à la hauteur d’herbe disponible sur la parcelle. Ceci tout particulièrement si l’on se retrouve dans la situation de devoir pâturer une parcelle initialement destinée à la fauche et qui présente des hauteurs d’herbe élevées.
L’objectif est un pâturage homogène, sans refus. Avec des chargements trop faibles par rapport à la quantité d’herbe disponible, plus de 50 % de l’herbe produite peut être gaspillée en premier lieu par le piétinement et le salissement par les déjections. Rappelons qu’une conduite en pâturage continu exige 20 % de surface en plus par animal.
Il sera plus que jamais indispensable cette année, et les suivantes, d’adopter des pratiques de pâturage performantes en optant préférentiellement pour un pâturage tournant surtout lorsque les hauteurs d’herbe sont élevées.

Conseil n° 2 : attention à ne pas dégrader les prairies


En conditions sèches et de chaleur, il faut veiller à ne pas trop tirer sur les prairies. En situation de manque d’herbe le réflexe est souvent de tirer au maximum sur celles-ci pour retarder au maximum l’affouragement des animaux.
Mais lorsque l’on râpe trop les prairies, les repousses sont compromises, ce qui pénalise encore un peu plus la situation de manque et la prolonge au retour des conditions climatiques plus favorables.
Là encore, en phase de faible production d’herbe et contrairement à ce qui est souvent pratiqué, à savoir ouvrir toutes les surfaces, il convient de maintenir un pâturage tournant. Puis, lorsque la hauteur de 3 à 4 cm est atteinte, quelle que soit l’espèce, les animaux doivent être maintenus sur une parcelle.

Conseil n° 3 : faucher rapidement


Comme lors de l’épisode de sécheresse du printemps 1997, la plupart des prairies ont atteint cette année le stade épiaison avec des rendements faibles par manque d’eau. Il ne sert à rien d’attendre plus longtemps pour les récolter. Bien au contraire : en fauchant dès maintenant, non seulement les stocks seront de meilleure qualité mais surtout les prairies, moins épuisées par la montée en grains, vont réagir beaucoup plus vite à la pluie lorsqu’elle reviendra.
Attention toutefois à ne pas faucher trop bas, même si l’on est tenté de le faire pour augmenter le rendement. La règle des 5 à 6 cm doit être maintenue pour favoriser la repousse. Certes le coût au kg de MS récolté va augmenter mais l’intérêt doit être évalué en intégrant les possibilités de compensation par le pâturage après la récolte.
Cette année, l’enjeu est de couvrir au mieux les besoins fourragers du troupeau sachant que le cours des fourrages sera assurément élevé.

Conseil n° 4 : fertiliser de façon raisonnée pour renforcer la résistance des prairies au déficit hydrique


L’apport d’une fertilisation minérale azotée sur les bonnes prairies, plutôt des dactyles ou des fétuques voire des prairies permanentes moins sensibles à la chaleur que les ray-grass, peut être réalisé tout de suite après la fauche, si les sols ne sont pas trop desséchés. La quantité d’azote minéral devra être cohérente avec la croissance de l’herbe attendue, la part de légumineuses et les apports antérieurs de fumier et lisier. Il faut aussi espérer qu’une pluie vienne rapidement valoriser l’azote minéral apporté.
Rappelons que la fertilisation organique régulière est un moyen puissant de renforcer la résistance des prairies de longue durée à un déficit hydrique prolongé. Assurer une fertilisation organique dès l’automne prochain là où c’est possible permettra de mieux faire face à ce type de situation à l’avenir. Une fertilisation minérale à l’automne est beaucoup plus discutable. Les sécheresses des années antérieures montrent que l’on assiste, à l’automne, lorsque la pluie revient, à une minéralisation intéressante au regard de la croissance de l’herbe possible à cette saison.

Conseil n° 5 : reconstituer des stocks en mettant en place des cultures complémentaires


C’est un impératif dans la majorité des exploitations. Toutefois, il est judicieux avant de catastropher, de faire un état des lieux du disponible en distinguant d’une part la quantité de fourrage nécessaire en moyenne sur plusieurs saisons et d’autre part les stocks dits de sécurité, que l’on situe classiquement à 20 – 30 % des besoins globaux du troupeau.
Si ce stock n’a pas encore été consommé, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure. Si celui-ci a été entamé mais si le disponible permet de couvrir les besoins du troupeau à venir hors période d’accident, il faut s’interroger sur les solutions à mettre en œuvre pour les reconstituer en évaluant bien le disponible et les besoins du troupeau.
En revanche, si les réserves sont épuisées, il faut non seulement réfléchir pour reconstituer ces stocks, y compris de sécurité, mais d’ores et déjà réfléchir sur les conduites de cet hiver qui pourraient permettre de réduire les besoins en stocks. Sur le plan des cultures, plusieurs options adaptées peuvent être envisagées (tableau 1) :

1. ensiler les céréales là où c’est encore possible. Cette technique ne peut être envisagée aujourd’hui que dans quelques régions et pour quelques céréales qui ne seraient pas encore trop avancées. L’intérêt est double. Il permet de reconstituer des stocks immédiatement et le cas échéant de faire la soudure. D’autre part cela permet aussi de tenter l’implantation d’une dérobée, d’un sorgho fourrager voire d’un maïs (plutôt précoce) ou d’un sorgho en espérant bien évidemment que la pluie revienne dans les semaines suivantes
2. miser sur des cultures à croissance rapide à l’automne, après céréales ou prairies temporaires déjà âgées et en baisse de productivité
3. dans tous les cas, l’implantation de dérobées dès cet été ou cet automne après céréales ou prairies est une solution à privilégier. Les choix sont variés en fonction de la période, du mode de valorisation, des contraintes

Attention quand même à bien intégrer certains aspects comme des engagements sur les surfaces qu’il convient de respecter.

Conseil n° 6 : allonger la période de pâturage cet automne et au printemps suivant


Au delà de la reconstitution des stocks, on peut et l’on doit aussi réfléchir aux possibilités à mettre en œuvre cet automne ou cet hiver pour couvrir les besoins en fourrages. Intégrer une production fourragère hivernale permettant de réduire les besoins en stocks de fourrages (voire les besoins en paille pour la litière) est une de ces options. L’implantation de dérobées après céréales ou en remplacement de prairies devenues peu productives est quasi-incontournable (cf. conseil précédent). Elles peuvent être selon les cas stockées ou pâturées.
On peut aussi rappeler que des céréales sur sols sains peuvent être pâturées en hiver, si elles se sont bien implantées et suffisamment développées, sans affecter notablement les rendements de la culture. Ceci est tout particulièrement vrai pour les ovins qui abiment moins le sol en hiver.
Être moins tributaire des stocks passe par la valorisation de toute l’herbe disponible en automne et en sortie d’hiver, voire même en hiver, et cela pour toutes les filières.

Conseil n° 7 : se méfier des fausses bonnes idées


C’est le cas notamment du retournement des prairies plus ou moins âgées pour y faire un maïs ou un sorgho grain voir sucrier. Certes et sous réserve que la fin du printemps et l’été ne soient pas trop secs, on peut espérer un rendement de l’ordre de 8 à 12 t/ha de MS mais derrière cette culture, la seule possibilité sera d’implanter une céréale et ce sera autant de surfaces en moins à pâturer cet automne et cet hiver.
Il ne faut pas négliger le fait que l’ensilage de maïs, pauvre en MAT, requiert une complémentation quelle que soit la quantité distribuée contrairement au foin ou à l’enrubannage, moins énergétiques mais beaucoup mieux équilibrés. Dans tous les cas, cette solution ne peut intéresser que les exploitations sur lesquelles ces productions existent déjà et l’équipement de distribution aussi.
Dans ce contexte de pénurie de fourrage sur pied, le choix de solutions culturales de substitution ou de complément ne doit pas s’envisager dans la précipitation en ne visant qu’un seul objectif mais doit être réfléchi en prenant en compte les conséquences sur le reste de l’année voire sur 2012. Dans tous les cas et pour l’avenir, il importe d’accorder une place prépondérante au pâturage, de mieux l’organiser en s’appuyant notamment sur les travaux et les compétences développés dans de nombreuses régions.