Evolution du foncier rural entre 1997 et 2010
Des agriculteurs moins majoritaires sur le marché des terres
En ce mois d'août, Agreste (statistique agricole du Ministère) sort une étude (téléchargeable sur agri71.fr, article n° 120404) sur la valeur vénale des terres agricoles entre 1997 et 2010. Il apparaît que des différences apparaissent selon le statut locatif... Sur le marché des terres et prés libres (non en location au moment de la vente), les agriculteurs sont « toujours majoritaires mais moins nettement » que par le passé, note Agreste. En 2010, les agriculteurs achètent les deux tiers des surfaces contre les trois quarts en 1995
Depuis 1997, au niveau national, les prix des terres labourables et des prairies naturelles libres de toute location en France métropolitaine (hors Corse) ont augmenté de 66 % en euros courants et de 35 % en euros constants. Pour les terres et prés en location au moment de leur cession, l'augmentation est respectivement de 51 % et de 23 %. Le prix des terres agricoles dépend de différents facteurs, mais qui sont liés entre eux. Ainsi, assez logiquement, le prix à l'hectare d'une terre ou d'un pré augmente avec le potentiel économique de la commune, mesuré par la marge brute standard ou la filière dominante dans la commune.
Agreste constate que le prix des terres libres (5.320 €/ha en moyenne en 2010) augmente plus vite que celui des terres louées (3.620 €/ha). Depuis 12 ans, le différentiel se creuse. De plus, la taille des parcelles échangées augmente, notamment dans les régions de grandes cultures. Un fonds situé dans une commune à dominante d'élevage bovins viande est 10 % moins cher que le même fonds situé dans une commune spécialisée en céréales, oléagineux et protéagineux. A contrario, une parcelle située dans un pôle urbain est 8 % plus chère que si elle était située dans le rural profond. Et le prix à l'hectare est 8 % plus élevé pour les terres labourables que pour les prairies naturelles.Hausse liée aux usages
Sur le marché des terres et prés libres (non en location au moment de la vente), les agriculteurs sont « toujours majoritaires mais moins nettement » que par le passé, note Agreste. En 2010, les agriculteurs achètent les deux tiers des surfaces contre les trois quarts en 1995. « À plus court terme leur présence sur le marché des terres et prés libres est très liée à l'évolution de leur revenu : elle augmente après les bonnes années et réagit à la baisse quand la conjoncture a été morose », avance Agreste. Il reste par ailleurs, très largement majoritaires sur le marché des fonds vendus loués (neuf fonds vendus sur dix en 2010 comme en 1995), en raison du statut du fermage, estime Agreste.
Par ailleurs, la taille moyenne des parcelles vendues libres dans les pôles urbains a nettement diminué sur la période passant de 4 à 3,5 hectares, un mouvement inverse à ce qui se passe sur le reste du territoire. Ce n'est pas le cas pour les fonds vendus loués, qui augmentent en taille de façon globalisé. Cette différence d'évolution peut contribuer à expliquer pourquoi le prix des fonds libres augmente plus vite que celui des fonds loués, en lien avec des perspectives de changement d'usage des terres en zone urbaine. D'ailleurs, les particuliers non-agriculteurs et les collectivités, qui achètent des parcelles plus chères que les agriculteurs, représentent un poids de plus en plus important dans les surfaces vendues : leur part est aujourd'hui respectivement de 24 % et de 1,6 % contre 20 % et 0,9 % en 1995, analyse Agreste. Ce phénomène contribue aussi probablement à la hausse des prix plus marquée sur le marché des fonds libres.
Fonds libres : 4,5 hectares en moyenne en 2010
Le nombre de transactions diminuant plus vite que les surfaces, la taille moyenne des parcelles de 70 ares et plus vendues libres a augmenté de 7 % en quinze ans, pour atteindre 4,5 hectares de moyenne en 2010. Elle a particulièrement augmenté dans les régions de grandes cultures telles que Champagne-Ardenne (+ 41 %, 8 hectares en moyenne en 2010), Centre (+ 35 %, 7 hectares) ou la Picardie (+ 29 %, 5,6 hectares). « ce phénomène est probablement lié à l'agrandissement des exploitations qui joue à la fois sur l'offre - les exploitations mises en vente sont de plus en plus grandes - et sur la demande », explique Agreste. En effet, selon les données des trois dernières enquêtes sur la structure des exploitations agricoles, la surface moyenne des exploitations françaises a crû de près de 30 % entre 2000 et 2007, passant de 41 à 54 hectares. La taille moyenne des terres et prés vendus libres augmente sous le seul effet de l'agrandissement des plus grandes transactions, en particulier lorsque l'acheteur est agriculteur. Car sinon, la distribution globale des fonds est très stable : la moitié mesure moins de 2 hectares, en 2010 comme en 1995. A contrario, la taille moyenne des terres et prés vendus libres a diminué dans les régions de pression urbaine (Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes) ou dans certaines régions d'élevage (Bourgogne, Bretagne, Limousin). Ce phénomène va parfois de pair avec l'afflux plus important, en part relative, des particuliers non-agriculteurs sur le marché. Ainsi, en Rhône-Alpes, ils représentent désormais presque la moitié des acquéreurs de terres et prés libres de 70 ares et plus, contre 10 points de moins quinze ans plus tôt.