Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Elvéa 71

Des défis à relever ! 

Née de la volonté des éleveurs et des négociants d’organiser le commerce privé, l’association Elvéa 71 ne semble pas avoir souvent la faveur des instances et des pouvoirs publics. Le projet de la LMA en est une belle illustration. Pour continuer d’exister, les associations d’éleveurs doivent montrer patte blanche, faire leurs preuves, se justifier. La barre est mise très haut, mais Elvéa 71 entend bien relever le défi.
120723--tribune.JPG
L’exercice 2010/11 aura été marqué par plusieurs "gros chantiers" pour l’association Elvéa 71. La structure a en effet vécu un certain nombre de changements, à commencer par le déménagement de ses bureaux, de Génelard à Charolles. Une implantation de son siège géographiquement plus pertinente qui, combinée au recentrage de l’équipe technique (trois techniciens au lieu de quatre) et à une gestion très vigilante de ses charges permet à Elvéa 71 d’afficher un bon résultat financier pour 2010. Administrativement "légère", l’association Elvéa 71 n’en demeure pas moins très active pour ce qui est de défendre le commerce par les opérateurs privés. Une alternative qui, soit dit en passant, ne semble pas avoir la faveur des instances nationales, qu’elles soient professionnelles, politiques ou administratives. Le fait est qu’avec la Loi de modernisation agricole (LMA), les adeptes du commerce traditionnel ont été les grands oubliés. Malgré leurs efforts accomplis au sein des associations d’éleveurs (informatisation des données, appui technique, commissions d’orientation de marché, filières qualitatives…), les éleveurs non coopérateurs sont toujours soupçonnés d’inorganisation. Et, dans les grands projets prônés par la LMA, tout semble militer contre le commerce "libre" : contractualisation, massification, audits…

Création d’une section ovine


Dernier exemple en date qui illustre à lui seul toute la difficulté que rencontrent les éleveurs dans la défense de leur point de vue : la création d’une section ovine au sein d’Elvéa 71. A ce jour, 109 éleveurs d’Elvéa ont fait le choix d’adhérer à une nouvelle "branche" ovine, capable de leur offrir des avantages organisationnels équivalents à ceux qu’ils connaissent pour les bovins. Cette section devrait représenter environ 15.000 animaux commercialisés, ce qui n’est pas rien au regard de la production ovine du département. Il reste aujourd’hui à faire agréer cette nouvelle section par les pouvoirs publics. Or les responsables d’Elvéa 71 ont appris qu’agréée en l’état, leur section ne passerait pas l’audit d’efficacité économique imposé par la LMA à partir de 2012. Ce dernier fixant la barre à 40.000 animaux ! Un exemple qui tendrait à prouver que la tendance n’est ni au commerce indépendant ni aux structures à taille humaine.

La Nièvre rejoint Elvéa 71


Car la question de l’organisation économique des filières entraîne systématiquement vers un déchirement. Pour alléger les charges et réaliser des économies d’échelles, l’agrandissement, les regroupements, les fusions, les concentrations apparaissent comme les seuls remèdes arithmétiquement efficaces. Mais le sont-ils pour les structures elles-mêmes ou pour leurs adhérents ? Les avis sont très partagés. Pour Jean-Michel Morel, président, cette course vers des structures toujours plus grosses n’est pas souhaitable. C’est d’ailleurs ce qui a guidé la structure départementale lorsqu’il s’est agit d’absorber son homologue de la Nièvre. Au moment où l’association des éleveurs de la Nièvre –ADPA 58–s’est retrouvée sans l’agrément du ministère, les associations bourguignonnes voisines se sont immédiatement mobilisées pour trouver une solution. La fusion dans une association régionale a momentanément été envisagée, mais Jean-Michel Morel a préféré écarter cette solution, lui préférant une option plus modeste avec un rapprochement des adhérents de la Nièvre avec ceux de Saône-et-Loire. Les deux structures devraient en principe "fusionner" ; une partie des cent cinquante adhérents de la Nièvre devraient ainsi rejoindre les cinq cents adhérents d’Elvéa 71. Une absorption assez logique quand on sait que les bêtes provenant de la Nièvre sont presque toutes achetées par des négociants saône-et-loiriens.

Nouvelle garantie de paiement


On reproche parfois au commerce privé un risque lié à la solvabilité des acheteurs. Les faillites de négociants hantent toujours les mémoires et la dernière en date est assez récente. Pourtant ces affaires sont, somme toute, très rares et les professionnels du bétail ainsi que leurs entreprises ont beaucoup changé. Pour renforcer la crédibilité des acheteurs et sécuriser les éleveurs, Elvéa 71 vient de créer un contrat collectif d’assurance de paiement. Il est constitué d’une assurance crédit auprès du Gipac, filiale de Groupama, ainsi que d’un fonds de garantie mutualisé par le biais d’une association. Baptisé "Solidéa" pour "solidarité éleveurs acheteurs", ce fonds permet d’alléger le tarif de souscription et fait office de franchise. A chaque fois qu’un éleveur souscripteur sera victime d’impayé, Solidéa et le Gipac indemniseront ensemble le préjudice subi par l’éleveur, le Gipac n’intervenant que pour les très gros impayés. Très impliqués dans la mise en place de cette assurance de paiement, les commerçants se soumettront à l’examen d’un comité de gestion (expertise comptable) pour recevoir un agrément. D’ores et déjà, les dix-huit principales entreprises du département sont admises. Au bout de quelques mois d’existence seulement, Solidéa compte déjà la moitié des adhérents d’Elvéa. Un succès !


Elvéa 71
471 éleveurs, 37.000 animaux commercialisés


Elvéa 71 compte 548 adhérents (471 éleveurs + 77 acheteurs). 164 sont équipés du logiciel de gestion d’élevage "Oribase" qui permet la remontée des donnes commerciales. Elvéa 71 représente 19 % des vaches allaitantes du département. Le volume des ventes réalisées par les adhérents de l’association est d’un peu plus de 37.000 animaux en 2010 à 80 % maigre. Partie prenante de la démarche Charolais de Bourgogne, Elvéa compte par ailleurs 163 élevages qualifiés label rouge Charolais Terroir et elle est également partenaire de plusieurs filières dont le non OGM pour les broutards.




Gilles Danière, président du collège acheteurs



Les conditions d’une amélioration réunies ?


Nouveau président du collège acheteurs, Gilles Danière (Unec) a fait le point quant à la situation du marché. Faisant état d’une relative amélioration avec « une diminution de l’offre en animaux, une baisse des disponibilités d’Amérique du Sud, une augmentation des exportations sur le Liban, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et même l’ouverture récente de la Turquie pour l’exportation d’animaux gras vivants », le président des acheteurs estimait que « toutes les conditions semblaient réunies pour qu’enfin les cours remontent. D’ailleurs, les cours des jeunes bovins ont augmenté partout en Europe », indiquait le négociant. Incitant les éleveurs à poursuivre la préparation de broutards de 400 à 450 kg et de laitonnes de 320 à 350 kg pour l’Italie, Gilles Danière estimait que « cette conjoncture nous permet de réaffirmer que les exportations d’animaux vivants sont le gage d’un bon équilibre offre/demande et d’une augmentation nécessaire des cours pour la survie des exploitations de notre région. La création d’un GIE export permettra, nous l’espérons, de faire tomber certaines barrières à l’export ».





Marché de la viande bovine

L’export pour ajuster l’équilibre offre/demande


L’assemblée générale a donné lieu à un débat sur l’opportunité des pays tiers et l’amélioration du marché des bovins en général. Sans reprendre la très complète présentation faite par une technicienne de la Fédération française du commerce de bétail, il est ressorti que le débouché "pays tiers" représentait moins de 1% du volume d’animaux exportés. L’Italie demeure le débouché n° 1. On vient d’ailleurs de repasser le million de têtes et la Saône-et-Loire, de par sa situation géographique, est en position de force pour cette destination. Ceci dit, même s’ils ne représentent qu’un petit volume au regard de l’Italie, les pays tiers ont un rôle primordial pour l’équilibre du marché. « L’export permet de créer un appel d’air ; en asséchant le marché, il peut faire augmenter le prix de la viande », expliquait Christian Bajard, président de la section bovine de la FDSEA.




Images