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Agrioccasions, les occasions agricoles
Le préfet à la rencontre de l'élevage charolais

Des messages clairs et la volonté de dialogue

En répondant à l'invitation de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire, le préfet François Philizot s'est rendu la semaine dernière dans deux exploitations d'élevage allaitant, au Gaec Lagrost à Saint-Aubin-en-Charollais et au Gaec Réthy au Breuil. Manifestement, il s'y est rendu dans l'esprit de rechercher - avec la profession - des solutions aux problèmes actuels. Nul doute, son attitude oblige la profession à être à la hauteur.
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C'est peu dire que François Philizot, préfet de Saône-et-Loire depuis quelques mois, connaît les question agricoles. On se risquerait même à dire qu'en sa qualité d'homme de dossiers à la mémoire redoutable, il s'y est investi par goût et par passion naturelle, il est Nivernais d'origine... Aussi est-ce tout naturellement qu'il a répondu par la positive aux invitations lancées par le réseau des Jeunes agriculteurs et de la FDSEA comme cela est d'usage à l'arrivée de chaque nouveau représentant de l'Etat. Des invitations qui sont autant d'occasions d'échanges pour mieux apprécier la situation et le vécu du terrain, mais aussi et surtout - et c'est manifeste pour François Philizot - pour apporter des pistes de réflexion et, dans la mesure du possible, tenter de trouver des solutions. L'Etat et les pouvoirs publics sont attendus sur ce terrain-là. Il faut dire - et comme l'a rappelé Yves Bonnot, président de la FDSEA - que la crise allaitante est là, elle qui depuis bientôt quatre ans frappe durement l'ensemble des exploitations d'élevage, majoritairement situées dans la grande région ouest du département. Et le temps sec de ces dernières semaines n'est pas pour remonter le moral d'un élevage allaitant durement impacté par l'absence de perspectives, mais surtout par des trésoreries gravement affectées. François Philizot le sait, lui qui a récemment réuni les organismes bancaires et les organisation agricoles départementales pour travailler à la question. Il l'a rappelé lors des deux visites, précisant à cette occasion que « 500 à 600 exploitations, essentiellement en élevage, feront l'objet d'un examen individuel » dans l'objectif de trouver des réponses appropriées, « en attendant un éventuel nouveau Fac (ndlr : fonds d'allégement des charges) ». Parallèlement, le préfet rappelait avoir aussi pris l'initiative de réunir la filière bovine et les représentants des grandes surfaces, pour travailler à plus de synergie, à plus de "circuits courts".

Un territoire qui respire


Si François Philizot précisait d'emblée - avec une pointe de provocation - qu'il avait « la réputation d'être un préfet plutôt écolo, autant que je vous le dise tout de suite », les agriculteurs présents, tant à Saint-Aubin-en-Charollais qu'au Breuil lui rétorquaient que les premiers écologistes étaient les paysans eux-mêmes. Chose que le préfet ne contredisait pas, tant les deux sites d'exploitation et les paysages de la grande région d'élevage parlent d'eux-mêmes.
Pour autant, le préfet plaidait en faveur de « territoires qui respirent », réfutant « toute mise sous cloche ». En somme, il est manifeste qu'il préfère à la contrainte la politique de la confiance. Et pour cela, « il nous faut travailler localement avec vous », soulignait-il présentant Florence Laubier, directrice adjointe de la DDT 71, elle-même ayant manifestement une excellente connaissance des dossiers agricoles.

Pour une meilleure autonomie


Et de plaider clairement en faveur d'une plus grande autonomie alimentaire des exploitations d'élevage, « ce qui passe par des retournements de prairies et ce qui n'est aucunement incompatible avec des politiques comme Natura 2000 ». Ce message fort de la part du préfet était bien accueilli par la profession, en proie à l'empilement de textes administratifs et réglementaires en tout genre qui ont pour conséquence « de tout figer »... Certes, certains n'ont pas l'âme de cultivateur, mais les solutions adéquates existent : recours à une Cuma ou à une entreprise de travaux agricoles. La conséquence, tant pour la paille que pour les unités fourragères réduiraient grandement l'exposition actuelle des exploitations à la flambée des cours des céréales - et donc de l'aliment - mais aussi de la paille... Il valait mieux que ce soit le préfet lui-même qui reprenne à son compte ce constat dressé dans l'étude sur l'avenir de l'élevage allaitant de Saône-et-Loire, la profession abordant la question sous l'angle de « l'herbe subie ».
Profitant de la présence d'Evelyne Couillerot, vice-présidente du conseil général, et de Philippe Baumel, vice-président du conseil régional, Christian Decerle, président de la chambre d'agriculture, invitait chacun « à repenser la nature du dialogue entre nous » en allusion aux différences de perception de plus en plus manifestes sur les orientations sociétales à donner à notre agriculture. Se tournant aussi vers le préfet, et après avoir rappelé « l'anxiété de la Pac, l'inquiétude la sécheresse, le besoin de perspective qu'a chaque entreprise pour pouvoir se développer », « nous attendons que vous mettiez le nord sur la boussole ! » C'est manifeste, l'agriculture est en attente.


L'expression du désarroi


Tant au Gaec Lagrost, chez Gilles et David, à Saint-Aubin-en-Charollais qu'au Gaec Réthy, chez Louis et Stéphane, au Breuil, les prises de parole des éleveurs traduisaient la profonde exaspération, le vrai désarroi qui ont gagné les campagnes, et toutes les exploitations d'élevage, quelle que soit leur taille ou leur orientation (avec ou sans engraissement). « Il est manifeste que le système est atteint. Qu'ils soient gros ou petits, tous les éleveurs sont impactés par la crise actuelle. Les ministres passent et rien ne change », traduisait fort justement Philippe Baumel, maire du Breuil et vice-président du conseil régional.


« Nous ne croyons plus à l'avenir. Il nous faut continuer de payer les mises aux normes, remplir des cahiers d'épandage, des prévisionnels... », rappelait Stéphane Rhéty avant d'évoquer son ras-le-bol alors qu'un contrôle réalisé en 2008 par l'Agence de l'eau leur a infligé 4.700 € d'amende en dépit des efforts réalisés... « A un moment, ça suffit ! », concluait, excédé, son père, Louis. « On marche sur la tête dans ces dossiers-là. Nos exploitations sont déjà fragilisées par la crise et on ne cesse d'en rajouter... » Un avis manifestement partagé par l'ensemble des éleveurs présents, parmi lesquels on comptait un grand nombre de jeunes. « Ce dossier pose la question du positionnement des pouvoirs publics par rapport à notre modèle agricole », mettait en exergue Bernard Lacour, secrétaire général de la FDSEA, dénonçant ainsi des coûts de mises aux normes disproportionnés par rapport aux systèmes d'élevage extensifs. Un ras-le-bol repris par Jérémy Decerle, secrétaire général des Jeunes agriculteurs, qui dénonçait « des textes parisiens incohérents, quand ils ne sont pas contradictoires entre les différents ministères : nous n'y comprenons plus rien ! Où voulez-vous nous emmener ? » Et ce dernier de déplorer que le projet de vie d'un jeune semble ne plus peser très lourd face au crapaud sonneur ou, plus généralement, face à l'environnement...





Une situation qui ne s'arrange pas...




Force était de constater que la crise que subit l'élevage bovin depuis maintenant près de quatre ans était la toile de fond de la visite préfectoral, puisqu'elle est malheureusement le quotidien des éleveurs. Christian Bajard, président de la section bovine, et Michel Joly, membre du bureau de la FNB, l'ont rappelé, dénonçant « une situation qui ne s'arrange pas et une année 2011 qui s'annonce plus difficile encore... si nous ne connaissons pas rapidement un rebond de nos prix de vente. Et avec le climat, la situation risque encore de s'aggraver... »


Cette journée fut aussi l'occasion d'échanges autour de la question de l'installation, de la formation, des énergies renouvelables, mais aussi du nouveau fioul, « un sujet qui agace », de l'avenir incertain des zones défavorisées simples, de la mauvaise rentabilité de l'engraissement (20 € par animal de marge, hors main-d'œuvre sur le Gaec Réthy), des retards de paiements des MAE 2010 au sujet duquel « l'Etat ne tient pas ses engagements », ou encore des déclarations PMTVA. « Vous avez fait le choix que tout se ferait par Internet, mais c'est sans compter que tout le monde n'est pas équipé et que tout le monde n'est pas raccordé à un réseau à haut débit », dénonçait Bernard Lacour, faisant état de 60 % de déclarations réalisées. « Et les autres ? » et « se verront-ils eux-aussi verser un acompte au 15 octobre ? »... Florence Laubier informait de l'envoi la veille, le 26 mai, des imprimés papier à ceux qui n'avaient pas télédéclaré.














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