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Agrioccasions, les occasions agricoles
Eric Bajard

Du maïs à la place de l’herbe ! 

Alors que l’ensilage d’herbe représente habituellement 70 % de la ration des vaches d’Éric Bajard, c’est finalement le maïs qui va assurer la relève cette année. Un retour en grâce pour ce fourrage très productif mais pas aussi riche en matière azotée que la bonne herbe de printemps.
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Aidé d’un salarié et d’un apprenti, Eric Bajard élève un peu plus de 200 vaches allaitantes ainsi que leur suite à Beaubery. Le troupeau est conduit en vêlages précoces (de début novembre à fin février) pour une production de broutards vendus avant l’hiver. Avec une surface totale de 200 ha, le système fourrager d’Eric est assez chargé, d’autant que les terres de type séchantes et granitiques ne donnent véritablement de l’herbe qu’au printemps avec une pousse rapide et forte. C’est ce qui explique que l’exploitation mise beaucoup sur l’ensilage d’herbe pour profiter de cette pousse précoce. Ce fourrage est plus riche en matière azotée. La fauche tôt (vers le 15 mai) permet une repousse pour le pâturage ou un éventuel foin de seconde coupe (début juillet). Les foins de première coupe sont quant à eux récoltés la première quinzaine de juin. « A partir du 14 juillet, l’herbe ne pousse plus. Nous affourageons assez souvent en été en jouant sur le côté accordéon de la vache charolaise », confie Eric. En principe, la récolte d’ensilage d’herbe couvre 45 hectares. 25 à 30 ha sont consacrés à des céréales dont 5 ha de maïs. Dans l’exploitation d’Eric, l’ensilage d’herbe constitue la base de la ration des vaches allaitantes (70 % des stocks). Sa richesse en azote dispense d’y incorporer du tourteau. Pour caler les rations, Eric fait systématiquement analyser son ensilage. « Dans mon système broutards/vêlages précoces, il me faut des stocks en quantité et en qualité. Et j’ai besoin d’une ration bien calée, d’autant que je suis suivi en plan de fumure », indique l’éleveur. Depuis 2004, l’exploitation est équipée d’une mélangeuse.

Demi-récolte d’ensilage d’herbe !


« Cette année, nous avons dû nous dépêcher d’ensiler dès les 10-12 mai car plus on avançait dans le temps, plus l’herbe s’abîmait. Nous avons récolté un fourrage de bonne qualité, mais il en manquait la moitié ! », confie Eric. Un coup dur dans un système basé sur l’ensilage d’herbe. Aussi, les jours suivants, l’éleveur s’est très vite mis à envisager de ressemer du maïs. Les foins s’annonçaient d’ores et déjà compromis et le maïs semblait la culture la plus pertinente sachant que son cycle pouvait encore lui permettre de produire du volume d’ici l’automne. Et puis, il restait encore la solution de secours de semer des dérobées derrière les céréales d’automne, confie Eric. Sans oublier que la mélangeuse pourrait toujours lui permettre d’incorporer des aliments de substitution (sous-produits divers) en cas de manque de fourrage. L’éleveur a finalement semé 12 hectares de maïs supplémentaires sur des prairies peu productives. Les trois premières semaines, les graines sont restées intactes faute d’eau. Puis la pluie est arrivée et le maïs s’est mis à pousser. Au final, les 17 hectares de maïs fourrage implantés sur l’exploitation ont donné 10,5 tonnes de matière sèche par hectare. « C’est le rendement d’une bonne année ! », constate Eric.

Mois de juin tendu…


Sans surprise, la récolte de foin de printemps a été déplorable avec 5 ha au lieu de 20 et moitié moins de rendement. « A la fin du printemps, avec notre maigre ensilage de printemps et le peu de foin récolté, nous n’étions pas bien du tout ! », se souvient Eric. L’affouragement avec de la paille et de la mélasse a débuté dès le mois de juin. « L’objectif était alors d’essayer de passer l’été comme on pouvait et d’attendre le rendement final du maïs sachant qu’en 2003, il n’avait été que de 4 t de matière sèche par ha ! », confie l’éleveur. Heureusement, la tension est retombée dès le mois de juillet avec le redémarrage inespéré de l’herbe. L’azote épandu au sol au printemps étant resté intact ; il a fait effet avec le retour de la pluie. Cette repousse de l’herbe a d’abord permis de remettre les animaux en état et les prairies artificielles ont pu redonner du regain au mois d’août : 3 à 3,5 t de matière sèche/ha sur une dizaine d’hectares. Quelques bottes d’enrubannage sont également venues compléter le tout fin septembre. « Le but était alors de récolter un minimum de foin pour des situations spécifiques (veaux, vaches dans les cases à vêlage, infirmerie, en fin d’année et au printemps…) », indique l’éleveur.

Sauvé par le maïs !


En septembre, la récolte de maïs a véritablement créé la surprise. Cette fois, c’est l’ensilage de maïs qui allait devenir la base de l’alimentation du cheptel d’Eric. Ce fourrage a pris la place de l’herbe dans les immenses silos de l’exploitation. Est alors venu le moment de calculer les rations. Comme toujours, Eric a dressé un inventaire précis de ses stocks et a fait analyser son ensilage de maïs. « L’objectif était de caler la ration au plus juste pour que tous les animaux se portent bien. Bien entendu, la ration devait être équilibrée tout en étant la plus économique possible. Cette année, la partie énergie est largement couverte par le maïs. Mais il va manquer de la matière azotée du fait du manque d’ensilage d’herbe », confie Eric. Contrairement aux autres années, l’éleveur va devoir acheter 50 tonnes de tourteaux de colza pour compenser le déficit de fauche précoce.

Limiter les frais et le temps de travail


Habituellement, la ration des vaches d’Éric contient beaucoup de paille pour favoriser le remplissage de la panse des animaux. Étant donné le prix de ce sous produit des céréales, la ration sera cette année plus riche pour être moins volumineuse et donc moins consommatrice de paille. L’an dernier les femelles allaitantes du troupeau on reçu 70 % d’ensilage d’herbe, 20 % d’ensilage de maïs et 10 % de foin et de paille. Cette année, ce sera 60 % de maïs, à peine 35 % d’herbe et 5% de paille plus le tourteau. Autre astuce, pour étalonner ses rations, Éric a privilégié les vaches après vêlage qui sont les plus nombreuses en stabulation du fait du vêlage précoce. Par souci de simplicité, les vaches avant vêlage auront donc la même ration que leurs congénères en lactation. « Pour les autres femelles, dont la capacité d’ingestion est moins grande, la ration est obtenue en déclinant la ration vache vêlée, c'est-à-dire en y ajoutant davantage de céréales », explique Eric.

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