De l’eau à l’assiette : le Département muscle sa politique rurale
Dans un contexte climatique de plus en plus exigeant, le Département de Saône-et-Loire fait le choix d’agir, concrètement, aux côtés de ses agriculteurs et viticulteurs. L’Assemblée départementale du 26 septembre a validé plusieurs mesures fortes en matière d’environnement et d’agriculture. Deux dossiers se distinguent particulièrement : le soutien aux réserves d’eau et la dynamique du Plan alimentaire territorial (PAT) qui prend une tournure inédite grâce à un partenariat avec La Poste.
Les sécheresses qui s’enchaînent, les canicules qui s’intensifient et les pluies violentes qui ruissellent sans pénétrer les sols sont désormais le quotidien de nombreuses exploitations. L’eau est et restera une ressource stratégique. Il n’y a pas d’agriculture sans eau, il n’y a pas d’alimentation dans nos assiettes sans eau. Le Département, conscient de cet enjeu, a choisi d’amplifier son Plan Environnement en ciblant la gestion de l’eau comme levier prioritaire d’adaptation.
Depuis 2020, près de 400 projets ont déjà été accompagnés pour un montant global de 5 millions d’euros. Désormais, le dispositif évolue : il s’appuie sur le cadre européen des aides à l’investissement agricole, une convention avec la Région Bourgogne-Franche-Comté et le Plan stratégique national. Les aides départementales peuvent atteindre 65 % du coût des projets, dans la limite de 35.000 euros, pour soutenir des équipements de récupération et de stockage des eaux de pluie, d’abreuvement ou d’irrigation raisonnée.
L’année 2025 confirme le succès de cette politique : douze subventions ont déjà été attribuées pour un total de 225.000 euros, et six nouvelles exploitations se sont portées candidates pour un montant global de près de 100.000 euros. Derrière ces chiffres, ce sont autant de fermes, d’exploitations viticoles et de projets collectifs qui gagnent en autonomie et en résilience.
Mais l’action départementale ne s’arrête pas là avec une volonté renforcée autour de l’alimentation locale. C’est tout le sens du Plan alimentaire territorial départemental (PAT) lancé en 2022, labellisé par le ministère de l’Agriculture, qui entre dans une nouvelle phase. Le Département vient de signer une convention avec La Poste pour expérimenter des solutions logistiques innovantes au service des circuits courts. Une alliance inattendue, mais pleine de sens : les camions postaux, présents chaque jour sur toutes les routes du département, pourraient demain transporter des produits fermiers en plus des lettres et colis.
L’idée est simple et redoutablement efficace : rapprocher producteurs et consommateurs, sans coût supplémentaire pour les finances publiques, tout en réduisant les émissions liées au transport du « dernier kilomètre », qui représente près d’un quart de l’empreinte carbone de la chaîne alimentaire. Ce partenariat pourrait faciliter la livraison de produits locaux dans les communes rurales, tout en allégeant la charge logistique des exploitants engagés dans la vente directe.
Agrilocal : quand La Poste livre aussi les courges !
La plateforme Agrilocal, animée par la mission agricole du Département, poursuit aussi sa montée en puissance. Son principe est aussi simple qu’efficace : mettre en relation directe les producteurs locaux et les acheteurs publics du territoire. Un collège souhaite servir du bœuf aux élèves ? Plutôt que de faire appel à un fournisseur national, il contacte un éleveur voisin via Agrilocal. Simple comme un clic… et les élèves adorent.
« De quelques transactions passées à son ouverture, Agrilocal en est aujourd’hui à un chiffre d’affaires de près d’un million d’euros », se réjouit Frédéric Brochot, vice-président du Département en charge de l’agriculture.
Reste que la logistique freinait encore certains producteurs. « Tous les producteurs, particulièrement les plus petits, n’ont pas les moyens d’assurer la livraison. Et c’est là que La Poste peut intervenir », explique Philippe Fetiveau, délégué territorial du groupe La Poste en Saône-et-Loire.
Un constat partagé par Philippe Lemaire, de la filiale Logissimo : « Nos facteurs, confrontés à la baisse du courrier, restent les mieux placés pour assurer le dernier kilomètre. En ville, bien sûr. Mais aussi jusque dans les zones les plus rurales ».
Mais derrière la technicité du titre, les effets sont très concrets : « Dès ce mardi prochain, La Poste viendra chez des maraîchers qui n’avaient pas de solution de livraison pour récupérer plus de 400 kg de courges à destination de nos collèges départementaux, dans le cadre de l’opération « À fond la courge » », se félicite André Accary, président du Département.
Un exemple qui illustre parfaitement comment économie locale, innovation logistique et alimentation durable peuvent désormais rouler… sur la même route. En combinant transition écologique et transition alimentaire, la Saône-et-Loire tisse un modèle agricole à la fois plus durable et plus humain.