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Agrioccasions, les occasions agricoles
Bovins viande

« Enfin des revenus en hausse »

Après deux années de crise, les systèmes bovins viande voient leurs
résultats économiques de nouveau progresser. Cette amélioration est
toutefois limitée et surtout insuffisante.
Par Publié par Cédric Michelin
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« Enfin des revenus en hausse », souriait Bruno Laurent, conseiller CER France 71. Ce redressement est plus marqué sur les animaux finis par rapport au marché du maigre.
Les exploitations grandissent (+22 % de SAU en 10 ans) mais avec une baisse du chargement (+13 % d’UGB sur la même période), signe d’une "désintensification". L’amélioration de la productivité depuis 2007 porte davantage sur la surface exploitée que sur le cheptel donc.
Les revenus sont en berne au contraire des capitaux toujours plus importants. Car, si le résultat courant/UTAF s’améliore avec un revenu proche de 15.000 €/UTAF, cette faiblesse n’entrave pas la politique d’investissement, au prix d’un endettement toujours plus important (39 % en moyenne) et d’une dégradation de la trésorerie (297 k€ de capitaux propres contre 190 k€ d’endettement).
Bruno Laurent revenait sur les "meilleurs" éleveurs : « ils maîtrisent leurs couts de revient - charges opérationnelles et de structures… -, mais ne vendent pas plus cher (1 à 3 % de plus que les 1.144 € par bovin de moyenne). Surtout, leur organisation de la production permet de faire plus d’animaux avec moins de pertes ».

Marge stable



La PMTVA a diminué en moyenne de 24 € par UGB mais cette baisse a été compensée par une hausse du produit hors primes (meilleures performances techniques, prix de vente un peu plus élevé) et par une compression des charges (-13 €/UGB). La marge reste stable au final.
Deux autres facteurs ont contribué à la progression du revenu en 2010 : la productivité de la main-d’œuvre et une augmentation modérée des soutiens publics (bilan de santé de la Pac et PSEA). L’EBE/ha revient alors à un niveau équivalent à la moyenne sur 10 ans.
L’analyse des résultats du groupe de tête montre des leviers d’amélioration possibles en terme de productivité du travail (+ 7 vêlages/UMO), de performance technico-économique (+ 6 points d’EBE/PB) et de cohérence du système d’exploitation développé.


Bovins viande naisseurs : une amorce de sortie de crise ?



Le
résultat courant/UTAF remonte en 2010, après trois années de baisse
drastique, tout en demeurant à un niveau bas et insuffisant. Cette
amélioration provient davantage d’une plus grande productivité de la
main-d’œuvre que d’une réelle amélioration de la rentabilité.
L’efficacité économique mesurée par le critère EBE/produit s’est
dégradée de 7 points en dix ans. Le développement constaté ci-dessus se
traduit par un outil de production dont la valeur est en hausse de 38 %
entre 2001 et 2010. Cette capitalisation a été financée intégralement
par des capitaux extérieurs : + 11 points de taux d’endettement. En
parallèle, la trésorerie nette globale s’est fortement dégradée pour
devenir même négative en 2008 suite à la baisse du revenu et à la hausse
des annuités.

485 € de marge brute à l'UGB




La marge brute à l’UGB se stabilise à 485 €. La baisse des primes
(découplage de la PMTVA) est compensée par une diminution du poste
aliments achetés et par une hausse des prix de vente. Les charges de
structure ont bondi de 36 % entre 2001 et 2010. Les postes mécanisation,
bâtiments et frais financiers en sont à l’origine. L’EBE moyen de
l’échantillon progresse mais ne permet pas de dégager un revenu
disponible satisfaisant (15.000 €/UTAF), en raison de l’importance des
annuités ; elles représentent 51 % de l’EBE contre 39 % en 2004.


Adapter son outil




Le revenu agricole/UTAF pour le groupe de tête s’avère supérieur de 92 % à
l’ensemble du groupe. Cela s’explique par une meilleure productivité du
travail, une gestion technico-économique du troupeau plus performante
(+ 70 € de marge brute/UGB) et un outil de production adapté et moins
onéreux (- 340 € de capital d’exploitation/vêlage).

Annuités en hausse en 2011




Les investissements constatés en 2010 génèreront de nouvelles annuités à
partir de 2011 pour des entreprises déjà fortement endettées (+ 70 € de
dettes totales/ha pour atteindre 1.273 €) et ne disposant plus d’avance
de trésorerie. Comme en 2009, près de 22 % des exploitations restent en
risque financier moyen à élevé. A cela se rajoute le risque climatique.
L’amélioration de la conjoncture sur le second semestre 2011 risque
d’être insuffisante pour faire face à l’impact financier de la
sécheresse.






Bovins viande naisseurs avec finition des femelles : un redressement plus marqué



Le
résultat courant/UTAF moyen sur 10 ans s’avère supérieur de près de
1.000 € au groupe naisseurs, avec cependant une chute plus marquée sur
2008 et 2009 et une remontée en 2010 et 2011 également plus importante.
Les investissements restent importants et plus réguliers avec un actif
qui progresse dans les mêmes proportions que le groupe naisseurs sur la
période 2001-2010. Ce développement a également été financé par emprunt
mais dans des proportions plus limitées : + 6 points de taux
d’endettement. Cet autofinancement et la dégradation des revenus sur
2008 et 2009 ont pesé sur la trésorerie. La trésorerie nette globale
(TNG) redevient positive sur 2010 mais reste insuffisante. La situation
financière est donc globalement délicate

+20 € d’EBE/ha que les naisseurs




La marge brute à l’UGB s’est également stabilisée en 2010 mais pourrait
régresser en 2011 en raison des charges alimentaires plus importantes.
Ce système génère des charges de structure plus importantes et la
progression sur 10 ans est conséquente et proche des autres groupes (+
32 %). La finition des femelles permet au final de dégager un EBE/ha
supérieur de presque 20 € en moyenne sur 10 ans par rapport à un système
naisseur. L’amélioration de l’EBE en 2010 est plus marquée pour ce
groupe et les annuités progressent dans les mêmes proportions. Il en
découle une hausse du résultat courant et du revenu disponible plus
significative. Le revenu disponible/UTAF se situe à 18.500 € et le
résultat courant à 15.200 €. Ces niveaux demeurent toutefois
insuffisants pour rémunérer correctement la main-d’œuvre et assurer la
pérennité des entreprises.

87 % ont un risque nul à faible




Le groupe de tête présente un résultat courant/UTAF supérieur de 76 % à
l’échantillon global. Une plus grande productivité de la main-d’œuvre (+
9 UGB/UMO) mais aussi des produits divers plus importants constituent
les deux principaux facteurs d’explication. Viennent ensuite la maîtrise
des charges de structure (- 32 €/ha) et les résultats
technico-économiques du troupeau.
L’amélioration des résultats en 2010 a permis un redressement
significatif de la trésorerie. 87 % des exploitations présentent un
risque nul à faible (+ 8 points /2009). La prudence dans les
investissements et dans l’autofinancement semble de mise pour
consolider cette santé financière.







Bovins viande naisseurs engraisseurs : progression encore insuffisante



Ce groupe présente un résultat courant/UTAF relativement fluctuant sur 10 ans. Comme pour les autres systèmes, l’amélioration est sensible sur les deux dernières années 2009 et 2010. Elle serait plus marquée en 2011 : + 7 % contre + 3 % pour les naisseurs grâce notamment à des cours sur la viande encore mieux orientés. Les capitaux engagés progressent plus rapidement que ceux des autres systèmes, signe probablement d’une modernisation de l’outil de production plus précoce et plus importante. Malgré des revenus en dents de scie, les éleveurs naisseurs-engraisseurs ont réussi à conjuguer autofinancement et emprunt.


Le taux d’endettement progresse de 8 points pour se retrouver identique au système mixte mais inférieur au système naissseur. Cet autofinancement a pesé sur la trésorerie de 2005 à 2009, avant de connaître un redressement certain en 2010.



Réduction de la marge brute en 2010





La marge brute à l’UGB s’est réduite en 2010 de 65 €, en raison de la diminution de la PMTVA et de la hausse du poste aliments. Les charges de structure ont progressé plus modérément que les autres groupes ces dernières années, elles restent supérieures de 30 €/ha au système mixte. L’amélioration du revenu provient donc avant tout d’une plus grande productivité de la main-d’œuvre et de produits annexes plus importants.


Le revenu disponible atteint alors près de 16.000 €/UTAF et le résultat courant 13.500 €/UTAF. Ces résultats sont, pour cette année 2010, intermédiaires entre le groupe maigre et le groupe finition femelles.



Se désendetter





Le groupe de tête présente un résultat courant/UTAF supérieur de 91 % à l’ensemble de l’échantillon. Cet écart provient de meilleurs résultats technico-économiques (+ 46 € de marge brute/UGB) et d’une plus grande maîtrise des charges de structure (- 41 €/ha). Le chargement semble également mieux optimisé permettant d’atteindre un meilleur niveau d’autonomie alimentaire.


18 % des exploitations de profil naisseur - engraisseur présentent un niveau de risque moyen à élevé sur un plan financier en 2010, ce résultat est identique à 2009. Le redressement de la trésorerie, et plus globalement le désendettement, devront donc bien être mis en priorité si la progression des résultats se confirme sur 2011 voire 2012.