Entre espoir et inquiétude !
Les moyens de lutte peuvent paraître dérisoires face à la capacité exponentielle de développement du nuisible et l’ampleur des surfaces touchées, mais en fin de journée en retournant sur deux parcelles –alors très touchées au courant du dernier hiver et du printemps– visitée le 27 mai dernier, tous ont été surpris de constater la quasi absence d’activité du nuisible. L’amorce du déclin sur les premières parcelles touchées est-elle annoncée ? C’est en tous cas ce que chacun aimerait espérer… Pour autant, il faut engager une lutte collective dans les zones et parcelles où le nuisible apparaît ou est en phase de progression.
Une lutte incontournable
Les cinq rendez-vous organisés dans la journée ont accueilli au total plus de 150 agriculteurs, tous soucieux de trouver des solutions même si celles-ci s’avèrent difficiles à mettre en œuvre avec un traitement manuel. Le pronostic d’évolution de ce premier cycle de pullulation est source d’interrogation et d’angoisse pour les éleveurs. La question de l’amorce du déclin de population de certaines parcelles conditionne l’avenir de la production fourragère, mais interroge aussi sur la question encore plus pressante de la régénération des prairies les plus touchées cet automne. Cette lutte s’avère en effet incontournable et devra être entreprise par tous.
Le campagnol continue en effet sa progression et au regard de l’étendue des surfaces en herbe, rien aujourd’hui ne semble pouvoir l’arrêter. Jusqu’à l’automne, seul le traitement au fusil à blé ou "à la tâche" est autorisé. Le traitement à la charrue sera envisagé dans un second temps.
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1) Dans le cœur de zone (commune jaunes)
Dans ce secteur, on trouve des parcelles à tous les stades (notes 1, 2 et 3).
• Il faut concentrer les traitements sur les parcelles notées 1, puis sur celles notées 2 si le taux d’infestation est inférieur à 50 % (réalisation d’une diagonale indiciaire, voir plus loin)
• Si les parcelles notées 3 sont en phase de déclin, vous pouvez traiter les quelques tâches encore actives.
2) Dans les communes à l’intérieur du cercle rouge
Dans ces communes, le campagnol est en phase d’expansion avec des parcelles en passe d’atteindre les notes de 2 et 3. Il est important de surveiller les parcelles en niveau 1 et de les traiter pour les protéger. Pour les parcelles en 2 et 3, il est certainement trop tard pour réaliser un traitement à la main lequel s’avèrera très long et au résultat incertain.
3) Dans les communes à l’extérieur du cercle rouge (et le reste du département)
Il faut surveiller les parcelles et détecter les premiers indices de "tumuli". Le traitement à basse densité sera le plus efficace, car ces terriers de campagnols isolés peuvent être à l’origine d’une pullulation. La surveillance est donc essentielle ainsi que la communication entre agriculteurs pour repérer les premiers indices. C’est à ce stade qu’il faut intervenir et il faut passer par une phase de sensibilisation active et efficace.
Démarrage des opérations de traitement au fusil
Les opérations de traitement au fusil telles que réalisées en démonstration le 21 juillet ne pourront débuter qu’après :
- la création du Groupement de défense contre les organismes nuisibles (GDON), normalement prévue en semaine 34, la date précise sera annoncée dans une prochaine édition ;
- la signature de l’arrêté préfectoral ;
- la fourniture et la mise à disposition du matériel et des produits de traitement.
Toute cette logistique reste aujourd’hui à finaliser. L’objectif idéal serait de pouvoir intervenir dès début septembre.
Rappels généraux concernant la lutte contre le campagnol
La lutte intègre plusieurs outils :
• lutte chimique contre campagnol ciblée sur les parcelles les moins infestées ;
• prédation naturelle des campagnols (rapaces, renards, hermines…) ;
• fauchage des refus à l’automne.
La lutte préventive a pour objectif de maintenir le niveau de population du campagnol terrestre suffisamment bas pour éviter les pullulations. Cela nécessite à court terme une lutte précoce et des modifications à plus long terme comme la protection des prédateurs, la modification des pratiques agricoles… C’est la lutte pratiquée dans certaines régions historiques comme la Franche-Comté
Cadre règlementaire pour l’autorisation d’utilisation de la bromadiolone :
• être adhérent à un GDON (groupement de défense contre les organismes nuisibles) ;
• le niveau de population doit être en dessous du seuil d’infestation de 50 % (voir ci-dessous) ;
• sous contrôle du SRAL ;
• informer le maire de la mise en place du traitement ;
• bien enfouir le traitement dans la galerie ;
• inscrire le traitement dans le registre parcellaire.
Comment déterminer la densité de population dans une parcelle ?
Sur une parcelle, il faut prendre la diagonale la plus longue. Tous les cinq mètres, il faut repérer des indices frais d’activité du campagnol. Le ratio nombre d’intervalles occupés sur le nombre total d’intervalles est proportionnel à la densité de rongeur.
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Quand traiter ?
Pour les parcelles dont l’infestation est supérieure à 50 % (note 2 à 3 = plus de 250 campagnols/ha), aucun traitement chimique ne doit être effectué.
Toute la surface est colonisée, les tumuli sont reliés, l’efficacité des traitements à ce niveau est conditionnée à l’emploi de doses élevées de bromadiolone à l’hectare, qui auraient un impact trop lourd sur la faune sauvage non cible. Actuellement, les arrêtés préfectoraux ne permettent pas de traiter au-delà de ce seuil de 50 %.
Pour les parcelles dont l’infestation est inférieure à 50 % (note 1 à 2), il y a tâches (tumuli) non jointives sur la parcelle, vous pouvez faire un traitement manuel avec un rodonticide. Le dépôt des grains traités à la bromadiolone se fait dans les galeries à l’aide d’une sonde et d’un fusil à blé, comme cela a été montré à Saint-Bonnet-de-Cray, Vauban, Sarry, Amanzé et Saint-Julien-de-Civry le 21 juillet.
Des capacités de reproduction exceptionnelles
La pullulation du campagnol terrestre n’avait jamais été décrite en Saône-et-Loire, ni même en Bourgogne. Cette situation est donc tout à fait inédite et a été constatée trop tardivement, dans la phase de croissance du pic de pullulation.
Concernant le nuisible, cet animal a des capacités de reproduction tout à fait exceptionnelles : maturité sexuelle à 6 semaines, gestation de 21 jours, 4 à 5 portées par an et 4 à 6 petits par portée. Ainsi, de un à cinq couples à l’hectare au printemps, on peut atteindre de 1.000 à 1.200 individus par hectare à la fin de l’hiver suivant... L'animal est vorace puisqu’il peut consommer l’équivalent de son propre poids de racines charnues (pissenlits et légumineuses) par jour. Il vit en groupe familiaux (un mâle pour deux femelles) et ce sont les "sub-adultes" qui quittent le nid pour coloniser de nouveaux territoires. Ils bougent essentiellement la nuit et lors des pluies, ils peuvent ainsi parcourir plusieurs centaines de mètres pour coloniser de nouvelles parcelles.
Le campagnol colonise dans un premier temps le réseau des galeries de taupes déjà constitué, avant d'étendre son propre réseau superficiel (5 à 20 cm de profondeur) puis de constituer un réseau plus profond à plus de 40 cm pour faire son nid et ses "silos" de racines.
Un cycle de pullulation de 5 ans
Les campagnols peuvent être présents à très basse densité et sont alors quasiment invisibles pour un œil non averti. La pullulation apparaît seulement lorsque l’on a une "levée" des facteurs de contrôle des populations (modification de la prédation, des surfaces en herbe, de la production herbagère, du couvert végétal en fin d’année…).
Il est vrai qu’à l’instant T, il est difficile d’apprécier l’évolution de ces facteurs de "contrôle" des populations et le développement des populations est tellement soudain et rapide que les agriculteurs pensent que les campagnols ont été lâchés.
En tout état de cause, les paysages ouverts de prairies permanentes sont le terrain de jeu favori du nuisible.
Il semble malgré tout que le démarrage de sa pullulation soit apparu dans les plus grandes parcelles de la zone. Les éléments du bocage (haies basse ou haute, bosquets, bois…) limitent malgré tout la progression du nuisible et favorisent le maintien des prédateurs.
En Franche-Comté, le cycle de pullulation est le plus souvent de l’ordre de cinq ans. Après une phase basse densité, une phase de croissance et le pic de pullulation, s’amorce enfin le déclin, provoqué par le déficit de nourriture, du parasitisme, de la concurrence et de l’agressivité qui font rapidement diminuer la population.
Surveiller et traiter à basse densité
La lutte est évidemment le point qui intéresse les agriculteurs, malheureusement elle est complexe et doit répond à des conditions bien précises, en s’inscrivant dans un schéma dit de "lutte raisonnée". Elle doit avant tout favoriser les moyens de lutte naturelle - notamment la prédation dans notre région - avant d’associer la lutte chimique qui est de toute façon incontournable pour obtenir des résultats. Dans ce cadre, l’utilisation de la bromadiolone doit respecter des principes et ne pas dépasser une dose seuil de produit à l’hectare, sinon la faune non cible s'en trouvera vite impactée. Les principes de la lutte reposent sur les points suivants :
- la surveillance et l’anticipation ;
- la lutte à basse densité (quelques terriers à l’hectare) ;
- son caractère collectif.