En élevage bovin allaitant
Favoriser la bonne valorisation des fourrages
L’élevage allaitant valorise d’abord des surfaces fourragères et plus particulièrement la majeure partie de nos prairies naturelles. Il reste toutefois sensible à la volatilité des prix des intrants (concentrés, engrais et carburant) qui servent à la conduite des surfaces et contribuent au coût alimentaire. Les concentrés utilisés représentent entre 100 à 900 kg par UGB selon les systèmes et les conduites. Cette complémentation peut néanmoins être modulée. Des marges de manœuvre existent pour réduire leur importance, différentes selon les catégories d’animaux et, pour les vaches, selon leur stade physiologique. Portant sur les quantités distribuées, et parfois sur la nature des compléments utilisés, elles visent soit à mieux utiliser les capacités de compensation des animaux dans le temps, soit à favoriser une plus forte utilisation des fourrages disponibles et à améliorer leur valorisation.
Les concentrés achetés représentent une part limitée du coût de production, avec une part souvent inférieure à 10% du coût de production total. Il n’empêche que les systèmes allaitants sont sensibles à la volatilité des prix des intrants qui interviennent dans la production fourragère (engrais, carburant) et dans sa complémentation (achat de concentrés). L’application de conjoncture de début 2011 sur les données moyennes des élevages des Réseaux d’élevage montre une augmentation du coût de production de 13-15 € pour 100 kg vif en systèmes naisseurs et naisseur/engraisseur et 24 € / 100 kg vif en système producteur de veaux sous la mère. Cela équivaut à une hausse des coûts de l’ordre de 4.800 à 8.000 € par élevage, dont environ 1/3 est imputable aux aliments. Ces estimations masquent une grande variabilité des coûts entre élevages et selon les conduites alimentaires. Certains systèmes sont plus particulièrement sensibles : les élevages plus intensifs et ceux engagés dans une alimentation en ration sèche par exemple.
Recommandations pratiques pour les mois à venir
Les possibilités de réduction du coût de l’alimentation doivent être raisonnées en fonction d’objectifs de l’état corporel des animaux, qui dépendent des périodes de vêlage, et en tenant compte de l’état réel observé. Elles reposent aussi sur les compensations qui se produisent quand on fait alterner les périodes de restriction et d’alimentation libérale.
1) Réduire la distribution de concentrés aux vaches allaitantes qui ont vêlé en automne
Par rapport aux recommandations, une réduction des apports de concentré de 1 à 1,5 kg par vache et par jour sur une durée de 2 à 3 mois en deuxième partie d’hiver est possible. En pratique, cela correspond souvent à une suppression pure et simple de l’apport de concentré pour les multipares. En contrepartie on attend une perte d’état corporel des mères de l’ordre de 0,2 points et un fléchissement de la croissance des veaux d’environ 100 g par jour (soit moins de 10 kg en fin d’hiver). Si les fourrages sont distribués à volonté, la consommation supplémentaire permise par la réduction des concentrés viendra atténuer ces effets. Suite à une période de restriction bien gérée, le pâturage de printemps permet à la fois une reprise plus rapide de l’état corporel des mères et une stimulation supplémentaire de la production laitière. Au final l’impact global sur le poids moyen au sevrage sera inférieur à 5 kg par veau. Trois conditions sont nécessaires pour réaliser cette économie de concentré :
1. disposer de fourrages en quantité suffisante pour finir l’hiver, de qualité correcte (notamment, dans le cas de l’ensilage d’herbe, un taux de MS de l’ordre de 30 % ou plus) ;
2. avoir des vaches en état corporel "normal" en milieu d’hiver (note moyenne de 2,0 selon la grille normalisée de notation d’état corporel) ;
3. avoir des disponibilités de surface pâturée au printemps et une conduite du pâturage qui permettront d’avoir suffisamment d’herbe jusqu’au sevrage.
2) Pas de concentré pour les femelles qui vêlent en fin d’hiver
Il faut d’abord s’assurer que l’on dispose des stocks nécessaires en fourrages de qualité "ordinaire" (foin de 1ère coupe à 0,6 UF par kg de MS), et que les animaux l’ingèrent en quantité suffisante (repères indicateurs d’une bonne ingestion : environ 1,6 kg de MS ingérée par 100 kg de poids vif avant vêlage ; 1,8 un mois après vêlage).
Dans ces conditions, et sans apport de concentré, partant d’animaux en bon état en début d’hiver, la note moyenne d’état corporel des femelles va passer de 3 à 2 sur la durée de l’hiver, ce qui correspond à une perte de poids d’environ 50 kg (pour des vaches de 750 kg). Au printemps, la reproduction ne posera pas de problème dans la mesure où l’herbe disponible permet une reprise de poids rapide.
3) Attention aux femelles mises à la reproduction
L’important à cette phase du cycle de production est que les vaches soient en situation de reprendre du poids. Les marges de manœuvre se trouvent non pas dans la réduction du niveau d’alimentation, mais dans la bonne connaissance de la valeur alimentaire des fourrages, du taux de MS de l’ensilage le cas échéant, et des quantités distribuées, de façon à pouvoir ajuster au mieux la quantité de concentré nécessaire et le bon équilibre entre céréale et complémentaire azoté. Une analyse de fourrages et un contrôle par pesée des quantités offertes peut permettre d’économiser jusqu’à 1 kg par vache et par jour, ou alors de "gérer la pénurie" en ciblant les apports sur cette catégorie prioritaire.
4) Avec une mélangeuse, réduire la part de concentrés dans le mélange
La pratique courante, et justifiée, est de regrouper les mères en fonction de la date de vêlage prévue ou réalisée. Cependant quand primipares et multipares sont mélangées dans une même case, la distribution d’une ration mélangée unique, généralement pratiquée pour simplifier le travail, conduit à une mauvaise répartition de l’alimentation apportée, à cause de la différence de capacité d’ingestion des jeunes et des adultes (10 à 15 % d’écart).
Dans ces cas on constate que la ration conduit à un état corporel plus élevé et souvent excessif des adultes (vaches grasses), et se révèle finalement coûteuse. On peut supprimer les apports de concentré énergétique et azoté dans le mélange (sauf les minéraux), et limiter leur distribution aux seules primipares (en les bloquant au cornadis le cas échéant).
5) Le bon usage du maïs ensilage
On observe souvent un état corporel des vaches excessif en période hivernale dans les systèmes où le maïs est utilisé. Les régimes alimentaires dans ces cas manquent en général de fibre grossière et sont finalement ingérés en trop grande quantité. La marge de manœuvre ne porte pas tellement sur la réduction de la complémentation, mais plutôt sur une diminution globale des quantités apportées. Des observations réalisées à la ferme de Jalogny montrent que, à défaut de pouvoir apporter de la fibre complémentaire (foin ou paille), des vaches allaitantes et génisses alimentées à hauteur de 80 % de leur capacité d’ingestion ne posent pas de problème de comportement.
6) Faire confiance à la croissance compensatrice des génisses d’élevage
Passé le stade de la puberté (autour de 450 kg), les génisses tolèrent des fluctuations de croissance. La réduction de 1 UF du niveau énergétique de la ration (soit 1 kg de céréale) se traduira par une baisse de la croissance de 200 g/jour, soit 10 à 20 kg de poids vif en moins qui sont "rattrapables" au printemps. Cette stratégie peut être mise en œuvre à deux conditions :
1. que le reste de la ration soit bien équilibré, notamment en azote : ne pas réduire excessivement les apports de tourteau si les fourrages sont pauvres en matière azotée ;
2. que l’organisation du pâturage de printemps à venir permette une disponibilité d’herbe suffisante en quantité et en qualité, notamment sur la 2e partie du printemps ;
7) Pas d’économies sur les minéraux
Pour les génisses d'un an, les objectifs de croissance, autour de 700 g/jour sont peu flexibles. Compte tenu des quantités en jeu, ce n’est pas sur ce poste que les économies sont à rechercher.
En période hivernale, les apports d’Aliment minéral vitaminé (AMV) doivent être maintenus. La plupart des AMV du commerce sont suffisamment dosés pour qu’un apport de 50 à 80 g. par tête et par jour compense les déficits en oligo-éléments que présentent la quasi totalité des fourrages utilisés en France.
8) Anticiper pour prévoir une mise à l’herbe précoce
Un apport de compost sur les pâtures en fin d’hiver ou une fertilisation azotée modérée (30 N/ha) au moment du redémarrage de la végétation (à titre indicatif : fin février en conditions océaniques, entre le 10 et le 20/03 en plaine dans le centre de la France) constituent un levier pour accélérer la pousse de l’herbe, lâcher les animaux tôt, à une hauteur d’herbe pas
plus élevée que la cheville, et enclencher un circuit de pâturage rationnel tout en maîtrisant le risque de manquer d’herbe par la suite.
9) Gérer la complémentation des broutards au pré selon la pousse de l’herbe
Cette marge de manœuvre porte sur la 2ème partie du printemps. L’efficacité de la complémentation des veaux sous la mère au pâturage, mesurée dans différents essais, varie fortement en fonction de la disponibilité en herbe. Ainsi une réduction de 1 kg par jour de l’apport de concentré se traduit par une baisse de la croissance des veaux comprise entre 120 et 300 g. par jour. D’après les mesures faites à l’Inra de Theix (domaine de Laqueuille, 63), la réduction d’apport de concentré permet une ingestion supplémentaire d’herbe presque équivalente … à condition qu’elle soit disponible sur la parcelle ! Un bon moyen de réduire la dépendance en concentré et l’impact d’un surcoût est donc d’améliorer la gestion du pâturage
Recommandations pratiques pour les mois à venir
Les possibilités de réduction du coût de l’alimentation doivent être raisonnées en fonction d’objectifs de l’état corporel des animaux, qui dépendent des périodes de vêlage, et en tenant compte de l’état réel observé. Elles reposent aussi sur les compensations qui se produisent quand on fait alterner les périodes de restriction et d’alimentation libérale.
1) Réduire la distribution de concentrés aux vaches allaitantes qui ont vêlé en automne
Par rapport aux recommandations, une réduction des apports de concentré de 1 à 1,5 kg par vache et par jour sur une durée de 2 à 3 mois en deuxième partie d’hiver est possible. En pratique, cela correspond souvent à une suppression pure et simple de l’apport de concentré pour les multipares. En contrepartie on attend une perte d’état corporel des mères de l’ordre de 0,2 points et un fléchissement de la croissance des veaux d’environ 100 g par jour (soit moins de 10 kg en fin d’hiver). Si les fourrages sont distribués à volonté, la consommation supplémentaire permise par la réduction des concentrés viendra atténuer ces effets. Suite à une période de restriction bien gérée, le pâturage de printemps permet à la fois une reprise plus rapide de l’état corporel des mères et une stimulation supplémentaire de la production laitière. Au final l’impact global sur le poids moyen au sevrage sera inférieur à 5 kg par veau. Trois conditions sont nécessaires pour réaliser cette économie de concentré :
1. disposer de fourrages en quantité suffisante pour finir l’hiver, de qualité correcte (notamment, dans le cas de l’ensilage d’herbe, un taux de MS de l’ordre de 30 % ou plus) ;
2. avoir des vaches en état corporel "normal" en milieu d’hiver (note moyenne de 2,0 selon la grille normalisée de notation d’état corporel) ;
3. avoir des disponibilités de surface pâturée au printemps et une conduite du pâturage qui permettront d’avoir suffisamment d’herbe jusqu’au sevrage.
2) Pas de concentré pour les femelles qui vêlent en fin d’hiver
Il faut d’abord s’assurer que l’on dispose des stocks nécessaires en fourrages de qualité "ordinaire" (foin de 1ère coupe à 0,6 UF par kg de MS), et que les animaux l’ingèrent en quantité suffisante (repères indicateurs d’une bonne ingestion : environ 1,6 kg de MS ingérée par 100 kg de poids vif avant vêlage ; 1,8 un mois après vêlage).
Dans ces conditions, et sans apport de concentré, partant d’animaux en bon état en début d’hiver, la note moyenne d’état corporel des femelles va passer de 3 à 2 sur la durée de l’hiver, ce qui correspond à une perte de poids d’environ 50 kg (pour des vaches de 750 kg). Au printemps, la reproduction ne posera pas de problème dans la mesure où l’herbe disponible permet une reprise de poids rapide.
3) Attention aux femelles mises à la reproduction
L’important à cette phase du cycle de production est que les vaches soient en situation de reprendre du poids. Les marges de manœuvre se trouvent non pas dans la réduction du niveau d’alimentation, mais dans la bonne connaissance de la valeur alimentaire des fourrages, du taux de MS de l’ensilage le cas échéant, et des quantités distribuées, de façon à pouvoir ajuster au mieux la quantité de concentré nécessaire et le bon équilibre entre céréale et complémentaire azoté. Une analyse de fourrages et un contrôle par pesée des quantités offertes peut permettre d’économiser jusqu’à 1 kg par vache et par jour, ou alors de "gérer la pénurie" en ciblant les apports sur cette catégorie prioritaire.
4) Avec une mélangeuse, réduire la part de concentrés dans le mélange
La pratique courante, et justifiée, est de regrouper les mères en fonction de la date de vêlage prévue ou réalisée. Cependant quand primipares et multipares sont mélangées dans une même case, la distribution d’une ration mélangée unique, généralement pratiquée pour simplifier le travail, conduit à une mauvaise répartition de l’alimentation apportée, à cause de la différence de capacité d’ingestion des jeunes et des adultes (10 à 15 % d’écart).
Dans ces cas on constate que la ration conduit à un état corporel plus élevé et souvent excessif des adultes (vaches grasses), et se révèle finalement coûteuse. On peut supprimer les apports de concentré énergétique et azoté dans le mélange (sauf les minéraux), et limiter leur distribution aux seules primipares (en les bloquant au cornadis le cas échéant).
5) Le bon usage du maïs ensilage
On observe souvent un état corporel des vaches excessif en période hivernale dans les systèmes où le maïs est utilisé. Les régimes alimentaires dans ces cas manquent en général de fibre grossière et sont finalement ingérés en trop grande quantité. La marge de manœuvre ne porte pas tellement sur la réduction de la complémentation, mais plutôt sur une diminution globale des quantités apportées. Des observations réalisées à la ferme de Jalogny montrent que, à défaut de pouvoir apporter de la fibre complémentaire (foin ou paille), des vaches allaitantes et génisses alimentées à hauteur de 80 % de leur capacité d’ingestion ne posent pas de problème de comportement.
6) Faire confiance à la croissance compensatrice des génisses d’élevage
Passé le stade de la puberté (autour de 450 kg), les génisses tolèrent des fluctuations de croissance. La réduction de 1 UF du niveau énergétique de la ration (soit 1 kg de céréale) se traduira par une baisse de la croissance de 200 g/jour, soit 10 à 20 kg de poids vif en moins qui sont "rattrapables" au printemps. Cette stratégie peut être mise en œuvre à deux conditions :
1. que le reste de la ration soit bien équilibré, notamment en azote : ne pas réduire excessivement les apports de tourteau si les fourrages sont pauvres en matière azotée ;
2. que l’organisation du pâturage de printemps à venir permette une disponibilité d’herbe suffisante en quantité et en qualité, notamment sur la 2e partie du printemps ;
7) Pas d’économies sur les minéraux
Pour les génisses d'un an, les objectifs de croissance, autour de 700 g/jour sont peu flexibles. Compte tenu des quantités en jeu, ce n’est pas sur ce poste que les économies sont à rechercher.
En période hivernale, les apports d’Aliment minéral vitaminé (AMV) doivent être maintenus. La plupart des AMV du commerce sont suffisamment dosés pour qu’un apport de 50 à 80 g. par tête et par jour compense les déficits en oligo-éléments que présentent la quasi totalité des fourrages utilisés en France.
8) Anticiper pour prévoir une mise à l’herbe précoce
Un apport de compost sur les pâtures en fin d’hiver ou une fertilisation azotée modérée (30 N/ha) au moment du redémarrage de la végétation (à titre indicatif : fin février en conditions océaniques, entre le 10 et le 20/03 en plaine dans le centre de la France) constituent un levier pour accélérer la pousse de l’herbe, lâcher les animaux tôt, à une hauteur d’herbe pas
plus élevée que la cheville, et enclencher un circuit de pâturage rationnel tout en maîtrisant le risque de manquer d’herbe par la suite.
9) Gérer la complémentation des broutards au pré selon la pousse de l’herbe
Cette marge de manœuvre porte sur la 2ème partie du printemps. L’efficacité de la complémentation des veaux sous la mère au pâturage, mesurée dans différents essais, varie fortement en fonction de la disponibilité en herbe. Ainsi une réduction de 1 kg par jour de l’apport de concentré se traduit par une baisse de la croissance des veaux comprise entre 120 et 300 g. par jour. D’après les mesures faites à l’Inra de Theix (domaine de Laqueuille, 63), la réduction d’apport de concentré permet une ingestion supplémentaire d’herbe presque équivalente … à condition qu’elle soit disponible sur la parcelle ! Un bon moyen de réduire la dépendance en concentré et l’impact d’un surcoût est donc d’améliorer la gestion du pâturage