Installation réussie en production caprine
« A la base, j’avais une formation bac + 3 de conseillère en économie sociale et familiale », explique la jeune femme originaire du Jura. Mais en plein milieu de ses études, un évènement familial douloureux a provoqué en elle un véritable électrochoc. « Je me suis complètement remise en question. J’ai souhaité retrouver de la sérénité plus près du milieu naturel », confie Marie-Emilie. Malgré une enfance passée en région parisienne et peu de connaissances de l’agriculture, l’installation est immédiatement devenue une évidence pour cette jeune femme. Elle a alors enchaîné ses études avec un BTS ACSE, une formation assez générale qui lui a permis de balayer un peu toutes les productions. Après une première expérience professionnelle dans une Maison familiale jurassienne, Marie-Emilie s’est finalement inscrite au certificat de spécialisation caprin à Davayé. La formation a été suivie de plusieurs stages dans la région qui l’ont conduite à la Chèvrerie de la Trufière.
Stage à la Chèvrerie de la Trufière
Marie-Emilie est arrivée à un moment où le Gaec traversait une passe difficile. Le contexte économique allait contraindre l’entreprise à se séparer de sa salariée et, tour à tour, les deux associées de Sylvain allaient choisir de quitter la structure. Tandis qu’un premier départ se profilait, Marie-Emilie s’est vu soumettre l’idée de son éventuelle installation au bout d’un mois et demi de stage. A ce stade, aucune issue n’était écartée pour l’avenir de l’entreprise et c’est d’abord par un stage six mois que la jeune femme a prolongé son expérience sur place. Un autre stage dit « de parrainage » a suivi.
L’année 2009 a donné lieu à une profonde réorganisation au sein du Gaec. Seul Sylvain devait rester sur l’exploitation et un examen minutieux de la situation a été nécessaire pour envisager la suite. « Nous avons du retravailler notre projet et redéfinir les objectifs de l’exploitation. On allait se retrouver à deux au lieu de quatre ! », confie Marie-Emilie. Chacun a voulu gagner en polyvalence en participant ensemble à tous les travaux de la ferme. La taille du troupeau a été ramenée de 150 à 130 chèvres, ce qui a permis de réunir chevrettes et chèvres en lactation sous un même toit. N’étant plus que deux associés avec presque autant de chèvres, Marie-Emilie et Sylvain se sont recentrés sur l’exploitation. Une reprise en main qui s’est concrétisée par des progrès techniques conséquents. De 600 litres par chèvre, la production annuelle du troupeau a grimpé à 800 litres. Le Gaec s’est également attelé à réduire les charges. Ainsi, pour mieux exploiter l’herbe de la ferme, les associés ont-ils introduit l’enrubannage. Et pour gagner en autonomie alimentaire, ils se sont mis à cultiver des céréales à paille et des protéagineux.
Nouveau départ pour le Gaec
Le nouveau départ pris par le Gaec a apporté beaucoup de sérénité dans l’entreprise. Les choses semblent mieux « fonctionner » à deux qu’à trois et sans lien familial entre les associés, confie Marie-Emilie. Au cours de ses stages, la jeune femme a pu prendre le temps de s’imprégner de la situation de l’élevage. Ces deux années ont aussi permis aux futurs associés d’apprendre à se connaître et à se faire confiance.
« Nous essayons d’être interchangeables sans être trop spécialisés. Chacun a cependant ses domaines de prédilection : moi, la commercialisation et la fromagerie ; Sylvain, le matériel, les cultures… Je sais aussi que Sylvain a besoin d’assumer quelques responsabilités extérieures », confie la jeune agricultrice. Au quotidien, les deux associés assurent ensemble la traite, de même que l’alimentation des animaux. Pour la fabrication et la commercialisation des fromages, Sylvain intervient selon les disponibilités que lui laissent les travaux des champs et son mandat d’élu communal.
Un cadre de vie inestimable
Bien que dix ans d’âge les séparent, Marie-Emilie et Sylvain s’entendent très bien au sein du Gaec. « Nous communiquons beaucoup et nous avons en commun la même passion pour notre métier », confie la jeune femme. Les deux associés partagent également les mêmes objectifs de vie que ce soit sur le plan professionnel ou familial. En effet, tous deux ont un conjoint qui travaille à l’extérieur. Le fils de Marie-Emilie (3 ans et demi) a le même âge que celui de Sylvain. Les deux enfants sont dans la même classe à Chissey-les-Mâcon, village où les deux familles résident à proximité de l'exploitation. « Bien sûr, avec nos horaires de travail, j’ai l’impression d’être un peu absente pour mes enfants (le second a deux ans). Mais en contrepartie, ils sont tellement épanouis de pouvoir vivre à la campagne et tout près d’une ferme ! », explique la jeune mère. En effet, si la maman rentre souvent tard chez elle, ses enfants, accompagnés de leur papa, ne se privent pas de la rejoindre dans l’élevage en attendant qu’elle termine son travail. Là, ils profitent des animaux, donnent le biberon aux cabris, retrouvent aussi le fils de Sylvain… Un véritable lieu de vie pour les deux familles.
Savoir donner sans compter !
Si l’exploitation a aujourd’hui retrouvé une seconde jeunesse, Marie-Emilie ne cache pas qu’il faut encore compter quelques années avant d’atteindre la vitesse de croisière. Les deux associés sont aidés d’une salariée employée à mi-temps ainsi que d’un apprenti et des parents de Sylvain. Mais le rythme de travail reste encore très soutenu. En saison, Marie-Emilie et Sylvain ne s’octroient chacun qu’une demi-journée de repos le week-end. Heureusement, l’arrêt des lactations en fin d’année permet aux deux associés de « se récupérer » en novembre et décembre. Grâce à leur salariée, au service de remplacement et au coup de main des parents de Sylvain, les associés parviennent également à prendre, chacun leur tour, dix jours de congé en été.
L’engagement dans la conduite d’une telle entreprise implique nécessairement des sacrifices. La jeune mère a du trouver une nourrice et le papa a du prendre un congé parental à mi-temps pour « ne pas faire subir aux enfants le rythme de vie de l’exploitation ». « Il faut donner sans compter ! », avoue Marie-Emilie. Mais cette dernière ne regrette pas son choix. « Le contact avec l’animal ; le fait de fabriquer et de vendre son produit : c’est tellement valorisant quand on nous dit que notre fromage est bon ! », confie la jeune éleveuse.
Des convictions à défendre
Et puis, aussi prenante soit-elle, « la production caprine offre un système autonome, indépendant où l’on maîtrise son prix », défend Marie-Emilie. Car la jeune femme tient à sa liberté de choix dans l’élevage. Quitte à faire l’impasse sur les signes officiels de qualité pas toujours compatibles avec le contexte de l’exploitation. Néanmoins, Marie-Emilie affirme « être très exigeante vis-à-vis de l’environnement ». Produire ses propres céréales, acheter ses tourteaux localement, ne s’autoriser que le non OGM, recourir à l’homéopathie… Les associés n’ont de cesse que de privilégier des pratiques « éthiques ». D’ailleurs, les clients sont informés de la manière de travailler de la chèvrerie. Et le succès des fromages du Gaec prouve qu’en vente directe, ce n’est pas le discours qui compte mais le produit lui-même !
Fromages affinés et yaourts à boire !
Implantée au hameau de Lys, à Chissey-les-Mâcon, dans un secteur hautement touristique (Cluny, Taizé, Tournus, Chapaize, Cormatin…), la Chèvrerie de la Trufière n’a jamais vraiment eu de mal à écouler ses fromages. En dix années d’existence, la renommée de la maison a eu le temps de se bâtir et près de 50 % de la production est vendue au magasin de vente de la ferme, pour l’essentiel à la période estivale. Les restaurateurs absorbent 20 % supplémentaires. En début de saison, entre 10 et 15 % partent pour Rungis et des crémiers de la région parisienne via un GIE collectif. 10 à 15 % approvisionnent également un affineur du Mâconnais et enfin 5 % vont à des crémiers dans l’Est de la France.
La Chèvrerie de la Trufière propose une gamme très étendue de fromages avec des produits novateurs. Le "Cabrin" est un fromage de chèvre traditionnel (sec, affiné bleu). Proche du standard de la région, c’est aussi celui qui se vend le plus. Un peu plus petit, le "Petit Lys" est aussi proposé sous le nom de "Bouton de culotte" à Rungis. Les "Clochettes" sont des petits fromages à apéritif. Le « Trufin » est un fromage de chèvre affiné de taille moyenne, proche de ceux que l’on rencontre dans le nord du département. La "Feuillette" est le plus gros des fromages de chèvres traditionnels de type sec affiné. Il se décline aussi sous la forme d’un "Lingot". La Chèvrerie de la Trufière fabrique également des bûches ainsi qu’un très gros fromage de la taille d’une tomme dénommé "Cabridoux", nature ou poivré. A cette vaste gamme s’ajoutent des fromages frais en faisselles ainsi qu’un yaourt à boire. Très apprécié en été, ce laitage, nature ou parfumé avec du coulis fermier de fruits rouges ou d’abricots, est très rafraichissant.
www.chevrerielatrufiere.fr