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Agrioccasions, les occasions agricoles
Renouvellement des générations agricoles

JA construit déjà l’après-2027

Pendant trois jours, du 3 au 5 février, Paray-le-Monial a accueilli la session nationale RGA (renouvellement des générations agricoles) des Jeunes Agriculteurs. Un rendez-vous stratégique, réunissant 120 responsables JA en charge de l’installation venus de toute la France. Un choix de territoire loin d’être anodin : la Saône-et-Loire s’affirme aujourd’hui comme un département clé pour le futur des politiques d’installation et de transmission agricoles.

Par Cédric Michelin
JA construit déjà l’après-2027
120 responsables installation JA ont travaillé durant trois jours, principalement sur le diagnostic modulaire et ses 6 modules, dont le nouveau stress test climatique.

« Nous sommes ici au cœur du Charolais, là où tout commence dans un parcours Jeunes Agriculteurs », a lancé en ouverture Maxime Bonnot, président de Jeunes Agriculteurs Saône-et-Loire. Un territoire marqué par l’engagement syndical et la volonté d’anticiper. Mais loin de fanfaronner, cette invitation est surtout le symbole d’un défi générationnel, au niveau départemental comme national. Les chiffres du renouvellement restent préoccupants : plus de 1.400 agriculteurs ont plus de 57 ans dans le département. Même si la crise Feader est un frein, le rythme des installations aidées, d’environ 80 par an, est loin d’assurer un repreneur pour un cédant. « Ces chiffres, on les connaît. Mais nous devons collectivement tendre vers un départ pour une installation », a-t-il toutefois martelé comme objectif pour l’ensemble de la profession comme pour l’ensemble de la société à l’heure de la recherche de souveraineté alimentaire.

Anticiper les transmissions

Face à l’urgence démographique, la Saône-et-Loire a fait le choix de l’anticipation sur les futures politiques. JA71 s’est engagé dans la phase test de France Services Agriculture, promulgué par la Losarga (loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture promulguée en mars 2025 suite à la crise agricole, N.D.L.R.) avec un objectif clair : structurer l’accompagnement non seulement des porteurs de projets, mais aussi des agriculteurs cédants.

« On ne peut plus attendre que les exploitations soient à transmettre pour agir. Il faut accompagner les cédants en amont, sécuriser les parcours et lever les freins administratifs », a insisté Maxime Bonnot. S’adressant au président de Région, il a été clair : « Le fiasco du Feader ne doit devenir qu’un mauvais souvenir. Il est impensable, à l’horizon 2026-2027, de bloquer l’entrepreneuriat agricole ».

Après s’être adressé à Jérôme Durain, il visait ensuite le représentant de l’État, le préfet et ses services avec des demandes concrètes. « Les contrôles post-installation doivent devenir plus pédagogiques », a plaidé le président de JA71, appelant à des dispositifs où le jeune installé puisse solliciter l’administration « sans boule au ventre ».

Construire l’installation de demain, sur le fond

Mais la profession agricole a aussi son destin en main et travaille pour réaliser ses objectifs. Pour Julien Rouger, vice-président national des Jeunes Agriculteurs en charge de l’installation, la session de Paray-le-Monial marque ainsi une étape importante. « Ces rencontres permettent de travailler sur le fond. Cette année, nous avons pris le temps de construire des positions sur le diagnostic modulaire et sur la souveraineté alimentaire », débutait-il.

Un travail de projection indispensable, selon lui, dans un contexte de crises successives. « Il faut réussir à s’extraire de l’urgence pour se projeter, construire des filières et remettre de l’économie sur nos fermes », seule vraie politique fonctionnelle en réalité pour pérenniser et développer les reprises d’exploitations. La méthode défendue par JA repose sur une déclinaison territoriale des stratégies agricoles, bassin de production par bassin de production, avec une analyse complète « de l’amont à l’aval », intégrant les enjeux climatiques, économiques et sociaux.

« Les investissements agricoles se raisonnent sur quinze ans. Nous devons donner de la visibilité et accompagner les agriculteurs avec des dispositifs lisibles », a-t-il souligné, évoquant notamment des contrats tripartites et un accompagnement renforcé dans le cadre de France Services Agriculture, aussi bien pour l’émergence des projets que pour la transmission.

Un territoire mobilisé, des partenaires engagés

Les interventions des élus et responsables professionnels ont confirmé cette dynamique collective. Pour Gérald Gordat, président de la communauté de communes du Grand Charolais, « les intercommunalités ont un rôle central pour maintenir des villages vivants, des paysages entretenus et une agriculture créatrice de valeur ». Exemple, un audit territorial sur la transmission, mené avec la chambre d’agriculture, a d’ailleurs débouché sur un plan d’actions opérationnel.

Même constat du côté de la FDSEA de Saône-et-Loire, dont le président Christian Bajard a salué « l’énergie et la lucidité » des jeunes générations : « Vous avez intégré le changement climatique. À nous de sécuriser le métier et de garantir des politiques publiques cohérentes pour permettre aux jeunes de produire et de nourrir la population ».

Le président de la chambre d’agriculture, Luc Jeannin, a rappelé que si « rien n’est jamais acquis » dans un contexte climatique et économique instable, il faut donc aussi « parler positivement de nos métiers et à redonner envie » aux porteurs de projet de se lancer.

La Saône-et-Loire, déjà tournée vers l’avenir

Les enjeux sont donc colossaux. Le président du Conseil départemental, André Accary, l’a rappelé : « l’agriculture est un pilier de notre économie locale, et le Département répondra présent, parfois même là où d’autres ne le sont plus », a-t-il affirmé.

Le président du Conseil régional, Jérôme Durain ne réagissait pas à cette énième pic à son administration mais rappelait que le renouvellement des générations « ne se résume pas à une aide à l’installation, mais à la sécurisation globale des projets d’entreprise », comprenant aussi dispositifs d’audit et d’accompagnement renforcés.

Un message partagé par le préfet Dominique Dufour, qui a souligné l’importance de la solidité des projets agricoles accompagnés : « 98 % des bénéficiaires de la DJA sont encore en activité cinq ans après. L’agriculture reste un métier exigeant, mais porteur d’opportunités, à condition de ne pas laisser les porteurs de projets seuls face aux guichets » et à la complexité administrative qui va de pair avec les nouveaux métiers et filières agricoles.

À Paray-le-Monial, la Saône-et-Loire n’a donc pas seulement accueilli une session nationale. Elle a montré qu’elle était déjà à l’heure de l’après-2027, en faisant du renouvellement des générations et de la transmission anticipée un axe central de son projet agricole.

Cédric Michelin

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