« L’agriculture, ce sont des métiers modernes et complexes »
(SIA) 2012 avec pour thématique : la formation professionnelle. Jean-Luc
Poulain, le président, revient sur les temps forts qui marqueront cette
49 ° édition.
En cette période électorale, les candidats à la présidentielle vont se rendre au salon. Quels seront selon vous, les débats soulevés ?
Jean-Luc Poulain : Il est essentiel que les candidats puissent s’exprimer sur leur vision de l’agriculture. Une question reviendra forcément pendant le salon : la TVA sociale. L’agriculture est beaucoup trop impactée par les problèmes de compétitivité pour qu’on n’en parle pas. Concernant les OGM, je pense que le sujet est encore beaucoup trop passionnel en France pour qu’ils l’évoquent. Mais sur ce point, il va être tant de trancher intelligemment et de retirer les œillères.
Au salon, on voit souvent l’image d’Epinal de l’agriculteur, avec le béret, qui trait ses vaches… Pourtant, l’agriculture n’est plus celle d’il y a 50 ans. Comment expliquez-vous cela ?
JLP : On a d’un côté des consommateurs qui voudraient retrouver les produits d’antan au prétexte qu’ils étaient meilleurs avant. La communication par les marques d’agroalimentaires jouent beaucoup là-dessus et n’hésitent pas à reprendre des noms qui fleurent bon le terroir comme « cuit au feu de bois », « moulé à la baratte » … Mais tout ça c’est de la niche. Ce qui fait les 11 milliards d’excédent commercial c’est une agriculture performante, dynamique et qui vit avec son temps. Tant du point de vue des horaires de travail que du point de vue des techniques modernes de travail. Aujourd’hui, on ne nourrit plus cinq vaches avec une brouette mais 500 avec un tracteur. C’est comme ça. Et si on veut garder l’excédent dans la balance commerciale, il y a intérêt à ce que ça reste ainsi. Nous avons des métiers modernes et complexes. Alors, c’est vrai qu’il y a parfois des images d’antan qui sont présentes mais c’est pour vendre l’authenticité des produits et ça s’arrête là. Ce n’est pas ce qui fera l’agriculture de demain.
Au SIA, les meilleurs animaux sont représentés, les meilleurs produits aussi avec le Concours général agricole (CGA). Le salon se positionne-t-il comme une vitrine du « haut de gamme » de l’agriculture ?
JLP : On se positionne d’abord comme étant la finale des concours des animaux et des produits. Et c’est sûr, en final, on a les meilleurs ! Le salon est une vitrine de la France pour les Français mais aussi les étrangers car nous avons une diversité génétique rare. On a, dans toutes les espèces animales, le plus de races au monde. Quand, dans les pays étrangers, on cherche à améliorer les races, on vient trouver des avancées génétiques en France. Concernant, l’alimentation, il a été dit que nous avions la meilleure gastronomie au monde par l’Unesco, il faut s’y tenir.
Environnement et agriculture sont souvent opposés dans le débat, est-ce que ce salon peut montrer que les deux sont conciliables ?
JLP : Bien sûr, notamment avec le stand de Farre (Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement). C’est vrai que l’agriculture française n’est pas parfaite sur le point de vue environnement mais notre secteur a fait des progrès énormes depuis vingt ans sans attendre le Grenelle de l’environnement ou la mobilisation d’associations. C’est une réflexion économique et écologique pour beaucoup d’agriculteurs qui évoluent vers une agriculture raisonnée, à haute valeur environnementale, etc.
Formation professionnelle
Est-ce que choisir la thématique de la formation professionnelle pour le SIA 2012 est une façon d’ouvrir les métiers de l’agriculture à tous les publics ?
JLP : Un certain nombre de jeunes ne viennent pas vers les formations agricoles car ils pensent encore qu’un agriculteur a une brouette et une fourche ! Mais tout ça c’est fini. Il y a une volonté de transmettre des entreprises agricoles et pas seulement à leur famille. La transmission du savoir-faire est un élément essentiel de la compétitivité de l’agriculture française. Il y a ce qu’on apprend à l’école et la pratique.
Quels sont les besoins en formation des entreprises agricoles ?
JLP : On a besoin de formations qui collent à la réalité de terrain. On est prêt à former des jeunes par alternance sur les exploitations mais quand on embauche en CDI, la personne doit avoir un savoir-faire et une autonomie. Un chauffeur de tracteur, par exemple, doit savoir réparer son engin pour des pannes mineures.
On parle beaucoup de crise économique, de licenciement massif …Qu’en est-il de la situation de l’emploi dans l’agriculture ?
JLP : Elle n’est pas satisfaisante car on ne trouve pas de salariés qui correspondent au poste. A chaque fois qu’on doit remplacer quelqu’un, c’est la crise. D’où l’idée de la thématique du salon pour démystifier l’image de nos métiers et en montrer les attraits. On n’est pas plus mal payé que dans les autres secteurs de l’économie et on a des avantages. On habite près du lieu de travail, ce qui limite les frais de déplacement, et à la campagne où les loyers sont moins chers.
Et si vous rejoigniez l’agriculture ?
- L’agriculture recrute ! Tout au long du salon, venez rencontrer des professionnels et découvrir les jobs à pourvoir au hall 3 stand 3C94. Tous les jours différentes activités vous seront proposées autour d’un secteur agricole : mur végétal et maçonnerie paysagère, rempotage, techniques de viticulture, vannerie, stimulateur de conduite d’engins…
- La certification qualité des organismes de formation : à l’occasion d’une conférence de presse organisée le 28 février à 10h sur le stand 3C94, Christiane Lambert, présidente de VIVEA remettra les premiers certificats de qualité.
- Ne manquez pas non plus le débat « Quel avenir pour les jeunes de la filière agricole » en direct organisé la chaîne Terre d’infos initiée par les Chambres d’Agriculture et présente sur le salon au hall 3.