L’appel au volontariat continue
la nutrition et la santé, telle est l’ambition de l’étude
NutriNet-Santé (1) lancée en mai 2009 pour une durée de 5 ans et
dirigée par Serge Hercberg, professeur de nutrition à l’Université
Paris 13 et directeur de l'unité mixte de recherche Épidémiologie
nutritionnelle (Inserm-Inra-Cnam-Paris 13), coordinatrice de l’étude.
Après 2 années d’étude et plus de 176 000 internautes inscrits, les
premiers résultats portent en particulier sur les apports en sel et en
polyphénols dans l’alimentation des Français. L’appel au volontariat de
325 000 nutrinautes supplémentaires dans les 3 ans à venir continue
afin d’atteindre les objectifs de l’étude : constituer la plus grande
base de données sur la nutrition et la santé de la population vivant en
France.
Polyphénols : mieux explorer les "bonnes" ou "mauvaises" associations
Substances naturelles d’origine végétale pour lesquelles existent des hypothèses prometteuses en termes d’effet protecteur vis-à-vis des cancers, des maladies cardiovasculaires et des neuropathies dégénératives, les polyphénols contribuent pour 48 % des apports totaux en antioxydants. Ces propriétés leur confèrent un rôle potentiellement non négligeable, qui pourra être conforté par davantage de données scientifiques sur les apports en polyphénols alimentaires et leur impact sur la santé.
En utilisant la première base de données sur la composition des aliments en polyphénols (Phenol Explorer) mise au point par les équipes de l’Inra de Clermont -Ferrand, les chercheurs en nutrition ont pu calculer, pour la première fois, les apports en polyphénols dans la population française, qui montrent des différences en fonction du sexe, de l’âge, de la catégorie socio-professionnelle, du niveau d’éducation et de revenus. Leurs principales sources alimentaires sont le café, le thé, le chocolat, le vin et les fruits. Si les apports totaux sont en moyenne de 835 mg par jour, ils sont plus élevés chez les sujets les plus âgés (plus de 900 mg/j chez les plus de 55 ans, environ 500 mg/j chez les 18-25), les aliments contributeurs variant selon le sexe (par exemple les femmes consomment moins de café et de vin, mais plus de thé que les hommes). L’étude révèle également que l’effet des polyphénols est lié à la nature des aliments consommés. Ainsi certains aliments riches en polyphénols contiennent aussi des constituants présentant des propriétés bénéfiques (par exemple les fibres dans les fruits et légumes) ou au contraire délétères (par exemple lipides et sucres dans le chocolat, alcool dans le vin).
À terme, en prenant en considération les différents types de polyphénols et leurs origines, l’étude permettra de mieux connaître leurs effets sur la santé, en particulier vis-à-vis de nombreuses maladies chroniques. Ces informations contribueront à définir des apports conseillés, ce qui n’existe pas actuellement.
Sel : relier les niveaux de consommation aux différentes pathologies
De nombreux travaux scientifiques suggèrent une relation de causalité entre l’apport élevé en sodium, apporté par l’alimentation sous forme de sel, et l’hypertension artérielle, une cause majeure de maladie cardiovasculaire, d’accident vasculaire cérébral et de néphropathie. Les derniers résultats préliminaires de NutriNet-Santé (novembre 2010) révèlent une évolution, depuis une dizaine d’années, allant dans le sens d’une réduction des apports en sel : aujourd’hui 8,4 g par jour en moyenne (10 g par jour au début des années 2000), ce qui reste toutefois supérieur aux recommandations nutritionnelles (8 g /j étant le seuil maximal que la France s’était fixé d’atteindre en 2008). Les trois quart du sel (6,3 g/j) proviennent des aliments consommés, et un quart (2,1 g/j) est ajouté par le consommateur, lors de la cuisson des aliments ou directement dans son plat. Les principaux aliments contributeurs sont le pain, les biscottes, la charcuterie, les plats composés, les fromages, les légumes, les aliments-snacks et aliments de restauration rapide. On note également que les apports en sel sont plus élevés chez les personnes en surpoids, particulièrement chez les sujets obèses, et plus faibles chez les sujets maigres. Grâce au suivi des participants sur plusieurs années, les données recueillies par Nutrinet-Santé permettront d’étudier les effets des différents niveaux d’apports en sel sur les maladies cardiovasculaires, mais aussi sur d’autres pathologies : certains cancers, ostéoporose, pathologies rénales, obésité, asthme, etc.
Lancement d’un nouveau volet de l’étude : le recueil de données cliniques et biologiques
Le projet de "Biobanque NutriNet-Santé" a pour objectif de rassembler des données cliniques (prise de pression artérielle, mesures anthropométriques, évaluation de la force musculaire et de la composition corporelle) et biologiques (prélèvements sanguins et urinaires) sur un sous-échantillon de participants à l’étude NutriNet-Santé. Dans un premier temps, 10 000 volontaires sont recherchés, avec l’objectif final d’en inclure 150 000. Ces nouvelles données permettront aux chercheurs d’explorer de nombreuses questions : quels sont les mécanismes qui sous-tendent les relations entre la nutrition et les maladies ? Est-ce que des marqueurs dosés dans le sang ou les urines ont une valeur prédictive vis-à-vis de certaines maladies ? Est-ce que la prise en compte des caractéristiques génétiques peut aider à comprendre les relations entre la nutrition et la santé ?
Après plusieurs mois de préparation et une phase pilote auprès de 500 nutrinautes, deux centres de consultation ont ouvert en région parisienne à l’Hôpital Hôtel-Dieu (Paris, 4e arrondissement) et à l’Hôpital Avicenne (Bobigny). De nouveaux centres à Clermont-Ferrand, Lyon, Nancy, Tours et Strasbourg sont également proposés. À terme, 30 centres locaux de consultation seront ouverts en France. Une partie des échantillons de sang prélevé permettra de faire un bilan immédiat (glycémie, cholestérolémie, triglycérides, HDL, LDL). Les résultats, ainsi que ceux de l’examen clinique, seront communiqués aux volontaires. Le reste des prélèvements sanguins et urinaires anonymisés sera stocké dans la "Biobanque NutriNet" dans des congélateurs à -80°C pour permettre, dans le futur, de nouvelles investigations.
Devenir et rester nutrinaute : quelques clics citoyens pour un grand pas scientifique
Pour devenir membre de cette étude dite "de cohorte" (groupe de sujets suivis pendant plusieurs années), le volontaire doit se connecter sur www.etude-nutrinet-sante.fr et compléter un dossier de base comprenant 5 types de questionnaires :
* questionnaires alimentaires (détailler le régime alimentaire de trois journées sur deux semaines) ;
* questionnaire socio-démographique et mode de vie ;
* questionnaire activité physique ;
* questionnaire anthropométrique ;
* questionnaire santé.
Les participants auront à remplir les questionnaires de base une fois par an, à la date anniversaire de leur inclusion (l’étude est programmée sur 5 années). Dans le cadre de leur suivi, les nutrinautes reçoivent régulièrement un e-mail les informant de l’avancement de l’étude et les invitant à remplir d’éventuels questionnaires complémentaires utiles aux chercheurs pour mieux évaluer l’état nutritionnel et la santé des participants (20 minutes en moyenne pour remplir un questionnaire). Des données sont également régulièrement collectées sur la santé des participants.
Les nutrinautes peuvent également accéder à un espace d’information qui leur permet de calculer leur consommation calorique et d’évaluer leur régime alimentaire par rapport aux recommandations nutritionnelles en vigueur.
Les participants qui le souhaitent peuvent participer au nouveau volet complémentaire de l’étude : le bilan clinique et biologique. La consultation dure environ 45 minutes.
(1) L’étude Nutrinet-Santé regroupe sept partenaires associés à l’Inra : Ministère de la Santé : Direction générale de la santé (DGS), Institut de veille sanitaire (Invs), Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), Université Paris 13, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), Fondation pour la recherche médicale (FRM).