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Agrioccasions, les occasions agricoles
Maïs

L’atout des assolements

Systématiquement au-dessus des 90 q, voire « fleuretant » régulièrement
avec les 100 q depuis le milieu des années 2000, le rendement moyen
national en maïs grain est de 105 q en 2011. Comme pour une course de
100 mètres, un tel record résulte d’une combinaison de facteurs
favorables et de savoir-faire. Mais ce palier des 100 q largement
franchi vient interpeller les agriculteurs dans leur stratégie
d’assolement. Excellence du rendement couplée à des prix rémunérateurs
et à des humidités de récoltes abaissées ; la marge nette du maïs creuse
l’écart comparativement aux autres grandes cultures. Ce mouvement,
engagé dès les années 2000, se trouve amplifié par le différentiel
croissant en termes de rendement.
Par Publié par Cédric Michelin
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1.5 % / an : c’est l’augmentation moyenne du rendement



Analysé à froid, ce record n’a rien d’exceptionnel, il s’inscrit naturellement dans la pente ascendante du rendement moyen mesuré en France depuis les années 50. 1er contributeur de cette performance, le progrès génétique est un moteur de croissance permanent dont les sources ne sont encore que partiellement exploitées. Outre l’amélioration du rendement, la recherche de rusticité permettant l’expression d’un potentiel dans des conditions limitantes (froid, verse, stress hydrique) et sur des sols moins productifs, constitue la priorité des sélectionneurs. Ces variétés plus tolérantes, associées à des semis précoces, permettent de limiter l’exposition aux sécheresses estivales durant la floraison tout en améliorant les humidités à la récolte (baisse des frais de séchage). En 2011, 80 % des agriculteurs ont semé avant le 13 avril.

Le réchauffement climatique permet l’extension des zones de culture vers le nord



Le réchauffement climatique et le progrès génétique des variétés précoces vont dans le sens d’une meilleure adéquation des conditions de culture dans les zones septentrionales. L’augmentation de la disponibilité thermique permet l’implantation des cultures de maïs avec des rendements tout à fait compétitifs, supérieurs à 100 q de moyenne régionale dans le nord de la France et en Belgique. L’augmentation de la production serait particulièrement sensible dans la zone Centre-Nord du fait d’une plus grande régularité des rendements interannuels.

Intégrer le maïs dans l’assolement



Progressivement, le maïs retrouve sa place en rotation avec des cultures d’hiver. D’un point de vue agronomique, il permet de palier les limites de potentiel du blé quand celui-ci revient souvent dans la rotation. Bonne tête d’assolement, le maïs offre des possibilités de désherbage variées et sécurise la maitrise des adventices sur les cultures suivantes. Le maïs nécessite peu de traitements : pas de régulateur de croissance et aucun fongicide, c’est un avantage pour l’organisation du travail comme pour l’environnement. L’introduction de maïs dans la parcelle abaisse les indices de fréquence de traitement (IFT) et grâce à l’avancée du cycle du maïs, les terres sont libérées suffisamment tôt pour l’implantation des céréales d’hiver.

Une plante multifonctionnelle



La multifonctionnalité du maïs constitue une garantie en termes de débouchés. L’extension de sa production en Europe, du Portugal à la Baltique, s’explique notamment par son adaptabilité : maïs fourrage, maïs grain utilisé sec ou humide pour l’alimentation animale, l’amidonnerie, la semoulerie, maïs ingrédient pour les industries agro-alimentaires et la production d’éthanol, maïs « biogaz » en Allemagne constituent autant d’usages qui alimentent une demande en croissance, relayée par un courant d’affaires naissant et potentiellement important avec les pays du Maghreb. Ces pays, qui augmentent leur production de volailles, ont des besoins croissants en maïs constituant ainsi un nouveau marché pour l’offre d’origine française.


Le maïs, véritable assurance tous risques pour les éleveurs



Dans un contexte où les risques de déficits hydriques hivernaux devraient augmenter parallèlement à l’évolution du climat, la production du maïs fourrage représente une vraie sécurité. Le réchauffement climatique est bénéfique à la plante maïs qui a la capacité de limiter sa transpiration en fermant partiellement ses stomates, sans ralentir sa photosynthèse. Celle-ci reste donc efficace au-delà de 30°C contrairement aux autres graminées. Celle-ci permet de sécuriser la ressource en fourrage avec un rapport qualité/prix incomparable. Lorsque la récolte est plus abondante, le maïs fourrage peut être récolté en grain pour être utilisé sur l’exploitation ou commercialisé. Ce transfert du fourrage vers le grain permet d’assurer un complément de revenu. En 2011, on estime que 70.000 ha initialement destinés à l’ensilage ont été vendus en grain. A l’inverse, durant la sécheresse de 2003, c’est près de 200.000 ha de maïs grain qui avaient été ensilés.


Témoignages






Bernard Paillet

Côte d’Or 15 ha de maïs irrigué

J’ai réintégré le maïs dans mon exploitation depuis 2008, suite à l’arrêt de la sucrerie d’Aiserey. Economiquement, cette culture s’est imposée pour valoriser les infrastructures d’irrigation dans lesquelles j’avais investi pour la culture de la betterave. Depuis, nous avons développé les surfaces et le maïs est aujourd’hui notre principale tête d’assolement. Son excellente capacité à valoriser l’eau en matière sèche et la simplicité du travail restent des facteurs essentiels pour mon exploitation. Mise en place de couverts végétaux, encadrement du maïs par de la féverole, réduction des intrants,… les progrès techniques réalisés aboutissent à un rendement de l’ordre de 110 à 115 q en moyenne et 135 cette année.



Hermann Verheecke

Aube, 23 ha de maïs en 2011 et 40 ha en 2012

Soucieux de diversifier mon assolement, j’ai intégré du maïs il y a 6 ans. A l’époque, j’ai choisi cette culture, nécessitant peu d’interventions phytosanitaires, principalement pour sa facilité d’implantation. A l’échelle de la rotation, le maïs me permet de diminuer la pression des mauvaises herbes et des limaces et de dégager de très bonnes marges brutes. Sur les 5 dernières années mon maïs a généré une marge brute supérieure à la moyenne de l’exploitation à trois reprises. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé d’augmenter ma sole maïs de 23 à 40 ha en 2012.



Michel Portier

Directeur Général d’Agritel

Le marché du maïs est actuellement un marché leader sur la scène internationale car c’est la céréale qui a le ratio stock/consommation le plus bas. La consommation de maïs croît en effet de manière régulière tous les ans et si la production augmente également, les stocks restent bas. Aux Etats-Unis, premiers producteurs de maïs, le stock américain est estimé à 18 jours de consommation à juin 2012. Par ailleurs, la demande s’accroit en Asie et la Chine, importatrice de maïs depuis 2011 est susceptible d’en acheter 5 à 10 millions de tonnes cette année.






Stocks mondiaux de maïs, une tension jamais connue








Si les cours du maïs se situent aux niveaux de ceux d’autres céréales l’espérance de rendement en maïs est supérieure. A charges égales, le maïs se révèle donc particulièrement compétitif.



Jean-Paul Renoux

Responsable du maïs Arvalis-institut du végétal

En monoculture comme dans les assolements, du nord au sud, la plante maïs a montré son aptitude à s’adapter à tous les territoires et sa capacité à produire du rendement de façon régulière. Dans un contexte de réchauffement climatique, le maïs (plante en C4) n’a pas de limite à son fonctionnement (jusqu’à plus de 40°C !). Il profite au contraire des effets du réchauffement et est présent jusqu’à la baltique. Dans des zones au nord de la Loire dans des sols difficiles (hydromorphes, argileux, terres lourdes, sols profonds) il offre des possibilités intéressantes. Pouvant être semé de plus en plus précocement, des maïs plus tardifs offrent une fin de cycle rapide, permettant de récolter à des taux d’humidité suffisamment bas pour bénéficier de frais de séchage réduits. Fort de ces atouts, les surfaces de maïs devraient se développer dans les années à venir au nord de la Loire et de la seine mais aussi se conforter dans les autres régions.


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