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GDS 71

L'avantage commercial du sanitaire

Mardi 22 novembre à Blanzy, le Groupement de défense sanitaire de
Saône-et-Loire (GDS 71) tenait son assemblée générale pour faire le
point sur la situation sanitaire départementale qui « s’éclaircit » en
2011. En 2012, en sera-t-il de même ? De nombreuses questions
économiques en découlent puisque le sanitaire constitue un avantage commercial pour conquérir des marchés. Les nouveaux marchés de broutards sur le Maghreb et la Turquie en sont la preuve.
Par Publié par Cédric Michelin
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Le président du GDS71, Jean-Paul Dufour, en convenait : « sur le plan sanitaire, l’année 2011 marque une éclaircie ». Il faut dire que le département a « cumulé » la FCO, quatre foyers de tuberculose, et une explosion IBR de près de 7.000 nouveaux bovins positifs supplémentaires dans 45 communes depuis 2008. Pourtant, tout n’est pas encore gagné. Loin de là, notamment sur les orientations politiques. En effet, la refonte du mutualisme impulsée par l’Etat bouleverse le financement des crises sanitaires.

Bisbille nationale



« Tout d’abord, 2012 sera l’année de la mise en place des ASR (Association sanitaire régionale) et du FMS » qui vont influencer l’avenir, le financement et l’autonomie du GDS 71. Pourquoi ? Le directeur, Vincent Robergeot développait ces points « complexes ».
« Au niveau national, il y a des évolutions importantes qui sont en train de s’opérer sur le mutualisme et le financement des crises sanitaire toutes productions confondues », résumait-il. En « désaccord », « la région Bourgogne a décidé de se retirer du dispositif de la CSSA (Caisse solidarité santé animale) ». Avec la fin de « l’Etat providence », et poussé par la réforme de la Pac et la LMA, le GDS 71 met donc en place un Fonds mutuel sanitaire (FMS). En fait, il s’agit tout simplement de la caisse Fièvre aphteuse (FA) qui a été modifiée pour « s’ouvrir à 13 autres maladies », pour la plupart exotiques (FCO, fièvre de la vallée du Rift, tremblante, brucellose…).
Cette CSSA était néanmoins pourvue d’un « reliquat important ». Souhaitant une « redescente dans les départements » pour « maintenir » le mutualisme départemental, le GDS 71 a réussi à obtenir 38 % de ce reliquat, soit 155.000 € mis en réserve pour indemniser les adhérents. De l’argent qui vient « ré-abonder la réserve des années précédentes ».
Beaucoup de questions se posent maintenant sur « comment gérer ce fonds », soulignait Jean-Paul Dufour. Une chose est sûre : « le GDS doit en conserver la maîtrise ». « La partie la moins marrante » est évidemment l’appel de cotisation qui en résulte désormais. « Il y a un droit d’entrée, déjà acquitté pour les adhérents à l’ancienne caisse FA, d’un euro par équivalent bovin ». Seuls les adhérents du GDS seront bénéficiaires de ce fonds FMS. En revanche, les autres cotisations GDS sont inchangées.

« Explosion » de l’IBR


Bien que la situation - au regard de l’IBR - soit revenue à la « normale » en 2011, le département a cependant enregistré une « explosion » de l’IBR au cours des trois dernières années. Avec « un stock de 15.000 bovins positifs », la moitié sont des animaux d’engraissement vaccinés à l’introduction. Les 3.000 "nouveaux" positifs de cette année 2011 sont constitués pour un tiers de génisses de 18 mois. « On n’a pas de réponse sur l’origine de ce phénomène, on sait juste que la contamination se passe au pré ». Les facteurs de risques sont connus : densité importante de bovins, parcellaire éclaté, voisinage important, buissons et clôtures non "étanches"… et, « difficultés supplémentaires » pour Vincent Robergeot : « la Saône-et-Loire est aussi un département d’engraisseurs à l’herbe ». En terme sanitaire, c’est un facteur de risque, mais les engraisseurs sont aussi la seule porte de sortie des bovins positifs IBR.


Assainissement ou vaccination ?



Reste que l’IBR est parfois « inattendu et non maîtrisable ». Cela induit des questionnements légitimes chez les éleveurs touchés dans le Charollais et le Brionnais. Un éleveur apportait sa vision : « On essaye d’être qualifié IBR mais, quand on est dans un secteur (à risque, ndlr), on est plombé et c’est pas évident pour se relever. Il faudrait vacciner ». Idem pour un autre éleveur, qui témoignait : « on est dans une impasse. On assainit et trois ans après, on a un nouveau pic. Ca fait tomber le cheptel. On a beau garder des génisses, les bonnes mères, on ne les refait pas en trois ans ».
Pour Jean-Paul Dufour pourtant, « il faut accélérer » l’assainissement en réformant les bovins positifs car ce sont « des dangers potentiels en puissance ». Il ne reste que « quelques marches à gravir », positivait encore Jean-Paul Dufour, mentionnant les 475 cheptels qui ont moins de sept bovins positifs. Par contre, « si ça ne marche pas dans les deux-trois années à venir, on avisera », expliquait-il, laissant là, la porte ouverte aux discussions.
Une information de première main était même dévoilée par Etienne Petit, de la FRGDS Bourgogne, et Jean-Bernard Dereclenne, de la DDPP (Direction départementale de la Protection des populations) : « la restriction de la circulation des bovins positifs IBR est dans les tuyaux réglementaires (Arrêté ministériel, ndlr), pour sécuriser les circuits commerciaux ».


Vendre à l’export du sanitaire



De FranceAgriMer, Marie-Hélène Angot revenait précisément sur ces flux commerciaux et sur les caractéristiques des nouveaux marchés de broutards vers les pays tiers (Maghreb, Turquie…). « Les négociations bilatérales entre la France et ces pays sont particulièrement difficiles », expliquait-elle.
Etienne Petit donnait ensuite « son point de vue » sur les flux commerciaux et l’avantage commercial des garanties sanitaires. 50 % des élevages bourguignons sont certifiés IBR, contre 58 % au national. 4.886 cheptels (dont 4.000 allaitants) sont qualifiés A ou B (50 %). Pour lui, il est fondamental de bien évaluer les coûts et les bénéfices. « Le sanitaire, c’est du long terme. Mais quand on crée une offre, on crée une demande. Si personne n’avait de garantie IBR, aucun pays n’en demanderait. Attention donc de ne pas susciter de nouvelles garanties. Sinon, si après on n’est plus capable de répondre à la demande sanitaire, les marchés nous échappent ».
Sans oublier qu’un « chapelet de garanties a un coût final » pour les éleveurs. La compétitivité des exploitations est en jeu, insistait Dominique Vaizand, pour la chambre d'agriculture. Sur ce point, Etienne Petit revenait sur les dires de Jean-Bernard Dereclenne : « la France fait actuellement une demande de reconnaissance de son plan de lutte au niveau européen et est obligée de revoir ses exigences à la hausse. Après, pour acquérir une certification IBR, il faudra au moins trois campagnes. Ce ne sera plus le même prix ». Il faut donc se dépêcher pour se faire certifier…
Jean-Paul Dufour concluait donc : « les enjeux sanitaires sont importants. On peut vouloir tout faire mais on n’aura pas les moyens de tout faire. Il faut donc cibler nos marchés, pour ne pas gaspiller nos efforts sur des marchés non rémunérateurs ou minimes ». Comme le soulignait Christian Bajard de la section bovine de la FDSEA, « la création du GEF (Groupe export France) va ouvrir des marchés. On a besoin d’un département sain sur les maladies qu’on nous demande ». Une vraie géostratégie économique sanitaire est en réflexion...

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