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PROJECTIONS

L’avenir de l’agriculture biologique décrypté en quatre scénarios

Le centre d’études et de prospectives du ministère de l’Agriculture a publié, mi-août, une étude sur l’agriculture biologique à l’horizon 2040. Plusieurs scénarios y sont présentés, certains évoquant une « possible marginalisation » du bio.

L’avenir de l’agriculture biologique décrypté en quatre scénarios
Les experts souhaitent que les politiques publiques favorisent le maintien de l’agriculture biologique.

Selon l’étude du ministère, réalisée avec le concours du Ceresco et du Credoc*, les surfaces en conversion diminuent depuis 2021. Si bien qu’en 2023, l’agriculture biologique française représentait 14 % des exploitations, 19 % des emplois agricoles, 10,4 % de la surface agricole utilisée et 6 % des ventes alimentaires. Dans ce contexte, les experts décrivent « des trajectoires d’évolution volontairement contrastées », du plus pessimiste au plus optimiste, à travers quatre scénarios.

Le plus défavorable : la fin du label bio ?

Dans le premier scénario, le bio est sacrifié au profit de la croissance économique dans un environnement mondialisé où la compétition fait rage. La déstabilisation des marchés « accroît les tensions sociales, la précarité alimentaire et met à mal une agriculture conventionnelle trop dépendante des intrants agricoles à la disponibilité incertaine ». Les agriculteurs en bio, bien que devenus « des référents techniques de premier plan », peinent à se différencier. L’étude pronostique une fin du label bio européen à l’horizon 2040 et l’émergence de « nouveaux cahiers des charges bio non harmonisés nationalement, dont certains plus souples que les versions actuelles ».

Dans le second scénario, « la multiplication des crises liées au changement climatique engendre une prise de conscience des enjeux environnementaux ». L’application des accords internationaux et l’engagement d’acteurs privés favorisent l’essor de produits de 3ᵉ voie, comme les produits de haute valeur environnementale (HVE), « permettant de revendiquer une plus-value environnementale, tout en limitant les surcoûts de production ». En 2040, le bio représenterait moins de 3 % des dépenses alimentaires des ménages (contre 5,6 % en 2023). « Seule une petite frange d’agriculteurs bio se maintient, portée par un noyau dur de consommateurs », notent les experts.

L’entre-deux : « un standard bio allégé »


Le troisième scénario décrit un « standard bio allégé pour un secteur compétitif et généralisé », basé sur un accord international conclu en 2032 sur « la préservation des ressources, le climat, la biodiversité, la protection des sols, tout en exploitant les opportunités économiques de la transition écologique ». L’agriculture biologique devient « une référence pour la production agricole » et s’inscrit dans un nouveau Green Deal prévoyant la sortie des phytosanitaires d’ici 2040. Pour rentabiliser les filières, le gouvernement inciterait à réduire les gammes, augmenter les volumes et développer des contrats tripartites. Les produits bio atteindraient alors « 30 % de parts de marché en France, dans le secteur alimentaire, essentiellement dans la consommation à domicile et en restauration collective ».

Le plus favorable : 25 % de produits bio dans les commerces alimentaires


Le quatrième scénario imagine une Union européenne redirigeant « ses échanges commerciaux uniquement vers les pays partageant les mêmes préoccupations et standards de production » et au sein de laquelle « une réduction de la consommation de viande est prônée ». Le bio devient « progressivement la norme à atteindre en matière de production agricole », même si « des itinéraires non biologiques sont autorisés, tolérés mais sanctionnés ». Ce scénario prévoit une loi Égalim 5 imposant « un taux de présence des produits bio dans les commerces alimentaires (25 % en 2035) et la création d’un Nutriscore applicable à tous les aliments à l’échelle européenne ». La part du bio dans le budget des ménages pourrait atteindre 25 % en 2040 contre 13 % actuellement. L’agriculture conventionnelle resterait « majoritaire en 2040 mais « en forte régression et économiquement moins attractive ».

Il est fort probable que l’avenir ne reprenne aucun de ces scénarios, tant les inconnues géopolitiques restent nombreuses. En tout état de cause, les experts souhaitent que les politiques publiques favorisent le maintien de l’agriculture biologique. Les allégations de santé liées à l’agriculture biologique pourraient aussi jouer un rôle important dans son développement, estime en substance l’étude du ministère.

Christophe Soulard et L.R.