L’Europe dans le sillage des hauts prix mondiaux
mondiale de viande bovine a reculé en 2011 pour la 4e année
consécutive. Et ce, alors même que la demande continue de tirer, tout
particulièrement en Asie, au Moyen-Orient et en Russie. Les pays
émergeants pesant de plus en plus dans la consommation globale,
contrairement aux Etats-Unis et à l’Europe qui voient leur consommation
chuter, les flux mondiaux ont été nettement réorientés. Dans ce
contexte, les prix ont poursuivi leur hausse, en particulier dans
l’Union européenne où ils se sont enfin mis au diapason du marché
mondial.
Quatre ans de baisse de la production mondiale
La production mondiale de bœuf est en baisse en 2011, pour la quatrième année consécutive, selon toutes les sources. Alors même que la demande continue à tirer, tout particulièrement en Asie du Sud, au Moyen-Orient et en Russie.
Les exportations des neuf principaux fournisseurs mondiaux ont repris depuis 2009, après le coup d’arrêt dû au déclenchement de la crise économique et financière en 2008. Nous estimons le niveau de cette reprise modeste en 2011, à moins de 1 %.
En revanche, les importations des neuf principaux acheteurs ont continué de baisser, sans interruption depuis 2007. Elles ont, selon nos estimations, baissé de 14 % en quatre ans, et encore de près de 2 % en 2011. Mais le contraste est saisissant entre les États-Unis et l’Union européenne d’un côté, et de l’autre presque tous les autres importateurs, aux achats en hausse.
Ainsi, la part des expéditions des 9 principaux exportateurs (UE et Etats-Unis inclus) destinée aux États-Unis et à l’Union européenne est passée de 29 % en 2007 à 18 % en 2011. Les destinations se sont considérablement diversifiées depuis le déclenchement de la crise. De marchés cibles privilégiés qu’étaient naguère l’Union européenne pour les exportateurs sur l’Atlantique et les États-Unis pour les exportateurs de minerai sur le Pacifique, leur statut s’est banalisé.
Prix au plus haut
Dans ce contexte de forte demande dans la plupart des régions du monde et de faible production, les prix ne pouvaient que rester très élevés. Après une très forte hausse de mi-2009 à octobre 2010, les cours du bœuf des trois principaux exportateurs mondiaux (Brésil, Australie, États-Unis) sont restés autour de leurs plus hauts niveaux historiques exprimés en dollars. Ils ont fortement augmenté en Inde, désormais quatrième exportateur mondial, tout en restant encore beaucoup plus bas qu’ailleurs.
L’Europe a enfin pris le train des hausses depuis novembre 2010, grâce à l’ouverture du marché turc et à la demande très ferme dans le bassin méditerranéen. Aujourd’hui, les exportations européennes se font largement en animaux vifs, finis comme maigres. Les demandes turque bien sûr, mais aussi libanaise ou algérienne se sont consolidées durant l’année 2011. Cependant, ces flux sont encore plus volatils que le commerce en viande, plus sensibles aux accidents sanitaires en particulier, ou aux pressions politiques des welfaristes ou d’autres groupes. En témoignent l’effondrement en 2011 des exportations australiennes vers l’Indonésie, ou de celui de l’Uruguay vers la Turquie.
Les grandes cultures et le lait concurrencent la production de viande bovine
Des prix élevés ont-ils enclenché un cycle mondial de capitalisation ? La situation reste très contrastée.
Là encore, États-Unis et Union européenne se distinguent nettement. Dans ces deux ensembles, la décapitalisation se poursuit. Tendancielle en UE à cause de la prééminence du cheptel laitier (2/3 des vaches) qui baisse au rythme de l’augmentation de la productivité laitière, elle s’est accélérée par un mouvement de décapitalisation allaitante généralisé en 2011 chez les quatre principaux détenteurs, en France, en Espagne, au Royaume-Uni et en Irlande. Aucun signe de rémission n’est perceptible aux États-Unis, où les faibles effectifs de génisses ne laissent pas augurer d’une stabilisation prochaine après 15 ans d’érosion continue. Dans tous ces pays, l’élevage allaitant souffre de la comparaison de la rentabilité avec les cultures, voire avec la production laitière. La production devrait donc poursuivre son déclin en 2012, et le solde exportable dépendra de la vigueur de la demande interne, qui semble particulièrement faible dans ces pays les plus touchés par la crise économique.
La concurrence des grandes cultures joue aussi à plein dans des pays comme le Brésil ou l’Argentine. En Argentine, la décapitalisation depuis 2008 a été considérable dans la Pampa, cœur de l’élevage bovin du pays. Le mouvement est peut-être enfin stoppé en 2011, mais le cheptel n’est pas prêt de reconquérir le terrain perdu. Autrement dit, l’Argentine va rester un exportateur, mais désormais de second rang, surtout que sa demande intérieure reste très forte. Au Brésil, les incertitudes sur le dénombrement du cheptel sont considérables. Beaucoup d’indices montrent cependant un mouvement de capitalisation, qui pourrait se traduire par des disponibilités accrues à partir de 2013. 2012 restera encore vraisemblablement une année de faibles disponibilités, alors que la demande intérieure a fortement augmenté ces dernières années sous l’effet des redistributions de revenu aux classes les plus pauvres.
En Océanie, l’heure est clairement à la capitalisation allaitante en Australie, qui tire parti de deux années consécutives sans accident climatique majeur. En revanche, le cheptel allaitant continue de perdre du terrain en Nouvelle-Zélande où l’élevage laitier progresse toujours fortement.
En Chine et au Japon, c’est la débandade des vaches. Pour des raisons différentes, le cheptel recule et donc le potentiel de production pour 2012, et la demande à l’importation devrait augmenter.
Seule avec l’Australie, l’Inde a un clair potentiel pour faire progresser ses exportations en 2012 : son cheptel bovin, de loin le plus nombreux au monde, est aujourd’hui très peu utilisé pour produire de la viande, interdit hindouiste oblige. Mais face à la forte demande mondiale, une véritable industrie exportatrice se structure, exclusivement à partir de bufflons. Aujourd’hui interdite dans beaucoup de pays importateurs pour des raisons sanitaires (statut fièvre aphteuse en particulier), la viande indienne devrait encore gagner des parts de marché dans un monde du bœuf qui restera en situation de pénurie en 2012.