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Agrioccasions, les occasions agricoles
Marché de la viande bovine et sécheresse

L’export, solution aux futurs afflux ?

La sécheresse va provoquer un afflux de viande sur le marché intérieur
du fait de la décapitalisation des éleveurs allaitants (lire notre édition du 20 mai en page 10). Face à ce phénomène prévisible, la Fédération nationale bovine (FNB) propose, entre
autres mesures, l’ouverture d’une période de stockage. Elle insiste
également sur la création du GIE export, toujours en négociation en
interprofession.
Par Publié par Cédric Michelin
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Du fait de la sécheresse, la décapitalisation s’amorce déjà chez certains éleveurs de bovins. Ce constat est partagé tant par les professionnels que par l’Institut de l’élevage. « En France, les abattages de femelles ont encore été abondants en mars. Avec 165.000 vaches et 41.000 génisses, ils surpassent respectivement de 5 % et 2 % leur niveau de 2010. Ces hausses d’abattage sont à mettre sur le compte du cheptel allaitant : les femelles de plus de 3 ans sont plus nombreuses que l’année précédente, et il est très vraisemblable que les éleveurs procèdent à des réajustements de cheptel à la baisse face aux difficultés de trésorerie et aux inquiétudes qu’engendre la sécheresse sur les disponibilités fourragères », avançait l’Institut de l’élevage dans sa lettre de conjoncture lait et viande de mai. Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine (FNB), rapportait également le 17 mai que le nombre d’animaux affluant au marché au cadran d’Ussel avait été multiplié par trois depuis une semaine. Pour lui, la sécheresse apparue dans un contexte économique de l’élevage peu reluisant provoquera « a minima une décapitalisation chez les éleveurs de vaches allaitantes de l’ordre de 10 %, voire de 20 %. Cela représente près de 160.000 tonnes de viandes qui arriveront sur le marché, alors que la consommation annuelle française est de 1,3 million de tonnes ».

Stockage et export pour maintenir les cours


La chute des cours semble inévitable alors que le prix de l’alimentation du bétail va rester à des prix élevés. La sécheresse n’est pas que française et les professionnels anticipent déjà des cours des céréales à des prix records. Dans une telle situation, la marge des éleveurs risque de se réduire à nouveau. La FNB a déjà envisagé avec le ministère de l’Agriculture la possibilité d’un stockage de la viande comme cela s’est produit fin janvier pour le porc. Le 18 mai, elle demandait précisément d’« ouvrir à Bruxelles une intervention publique exceptionnelle sur femelles et broutards pour stocker l’afflux et maintenir les cours ».
Avec une consommation française toujours en chute libre selon le Kantar World Panel (-5,7 % au 17 avril depuis un an), l’export aura également une influence non négligeable pour écouler cet afflux prévisible de viande sur le marché français. En effet, en jeunes bovins comme en broutards, l’export permet de maintenir un minimum les prix. L’Institut de l’élevage en fait d’ailleurs les gros titres de sa lettre de conjoncture.

Vif et viande, l’export continue à tirer les marchés


En vif, « alors que les envois vers le Maghreb se sont effondrés (-65 % au cours du seul mois de février) et que le débouché italien se referme (-12 % sur un an, -16 % sur un mois), les achats libanais de jeunes bovins gras ont progressé de 33 % en un mois pour se porter à 4.200 têtes en février. Tandis que les envois de viande congelée sont restés similaires à ceux de 2010, la Turquie a absorbé la moitié des 5.900 tec (tonnes équivalents carcasse) de viande réfrigérée supplémentaire expédiée par les opérateurs français. Les exportations intracommunautaires de viande fraîche ont aussi progressé, vers l’Italie (+800 tec), la Grèce et l’Allemagne (+1.000 tec chacun) », commente l’Institut de l’élevage. En broutards, « les expéditions vers les trois pays du Maghreb [Algérie, Tunisie, Maroc, ndlr] ont été en constante augmentation depuis le début de l’année, même si elles ne représentent encore que 1 % du total des exportations françaises ». Côté italien, par contre, « la demande est mesurée et la pression sur les prix ne faiblit pas », analyse l’Institut de l’élevage. Face à ces résultats, la FNB ne peut que remettre sur la table la question du GIE export. Pour elle, « il serait irresponsable » de ne pas aller au bout.

GIE export : le président d’Interbev insiste sur son utilité


« Quand on voit les besoins de ce pays qu’est la Chine, on reste convaincu qu’il faut un organisme capable d’intervenir pour structurer l’offre et fédérer les entreprises », s’est exclamé Dominique Langlois, président d’Interbev, le 16 mai lors d’un déplacement à Shangaï. Cet organisme qui fait débat au sein de l’interprofession bovine, c’est le Groupement d’intérêt économique (GIE) export. « Pour des entreprises seules, tenter de percer sur des marchés comme celui de la Chine serait compliqué. Il faut beaucoup de contacts sur place », avance-t-il. « Nous avons besoin d’une structure légère, qui ne remplace pas Sopexa ni Ubifrance, mais qui travaille en association avec eux. Nous n’avons pas besoin d’une structure qui embauche des représentants dans chaque pays, mais qui collabore avec Sopexa, Ubifrance, la Direction générale de l’agriculture et de l’alimentation (DGAL), la Direction générale des politiques agricoles et agroalimentaires et des territoires (DGPAT), FranceAgriMer », explique-t-il. « Nous en sommes au tour de table juridique du GIE. Notre contrat constitutif, d’une quarantaine de pages, est prêt à la signature par les familles professionnelles », conclut-il. Mais ce contrat n’est pas encore signé…