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Agrioccasions, les occasions agricoles
Filière porcine française

La crise s'accentue

La filière porcine entame sa quatrième année de déficit et l’horizon ne
semble pas dégagé. L’étude présentée à
l’assemblée générale d’Inaporc dresse un tableau noirci qui présage une restructuration significative.
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Au vu de l’évolution des prix des matières premières au début de l’été 2010, Inaporc, l’interprofession porcine, a repris la réflexion de son plan stratégique "Porc 2015" pour réactualiser l’analyse prospective sur la filière porcine française. « Pas mal d’évènements se sont passés dans la filière depuis l’année dernière. Les fondamentaux restent mais le trait s’est noirci », a analysé Daniel Bonnabeau du cabinet Ernst & Young en préambule de la présentation de son étude sur la situation de la filière, lors de l’assemblée générale d’Inaporc, le 28 juin à Paris. Face à une rentabilité qui ne s’améliore pas depuis trois ans, le cabinet estime notamment à 5 % la défaillance et l’arrêt d’activité de la part de producteurs d’ici à fin 2011, et à 2,5 voire 3 % la nouvelle perte du volume de production à la même échéance, soit entre 675.000 et 900.000 porcs charcutiers en moins sur l’année 2011 !

Une année 2012 « encore pire »


Avec la hausse du coût de l’aliment, l’écart entre le coût de revient total et le prix de vente du porc net éleveur est passé à -0,11 euro par kilo de carcasse au premier semestre 2011. La perte nette 2011 pour l’élevage porcin français est estimée à 230 millions d’euros, contre une perte nette cumulée de 210 millions entre 2002 et 2010.
« Les plus compétitifs sont à peine sur la ligne de flottaison, pour les autres, je vous laisse envisager l’étendue des pertes. Il y a une dégradation assez forte des résultats des entreprises », rappelle Daniel Bonnabeau. Et le cabinet envisage une année 2012 « encore pire ».
Dans ce contexte noir, viennent s’ajouter les investissements conséquents d’environ 2,3 milliards d’euros que doivent engager les exploitations pour se mettre en conformité avec la mise aux normes lié au bien-être animal d’ici à janvier 2012... Cette menace sur l'avenir de l'outil de production fait peser un risque sur l'ensemble des autres maillons de la filière, qui s'en trouvent ainsi fragilisés ou en risque. Plus encore, que ce soit au niveau des ateliers d’abattage-découpe ou

des outils de transformation de charcuterie-salaisonnerie, la rentabilité se dégrade face à une faible valorisation des produits. « On sent les entreprises exsangues et incapables d’investir. C’est le plus inquiétant », note Daniel Bonnabeau.

Suivi sur l’étiquetage de l’origine


Face à un tel constat, Guillaume Roué, président d’Inaporc, estime que la filière a trois challenges à relever : la restructuration, retrouver du dynamisme à l’exportation et « mettre à plat la problématique de la distorsion de concurrence pour retrouver de la compétitivité ».
La filière porcine française compte également sur la valorisation de l’origine "France". Inaporc a ainsi mis en place un suivi de l’application de l’accord interprofessionnel, signé le 15 décembre 2010, sur l’étiquetage de l’origine des viandes de porc. Selon l’interprofession, 75 % des références de jambon cuit libre service respectent l’accord. En ce qui concerne la saucisserie, la situation est plus compliquée et l’accord semble peu respecté. Malgré une légère progression de l’étiquetage de l’origine depuis janvier, pour atteindre en mai 2011 14,2 % des références sous marques de distributeur, 6,1 % pour les marques nationales et 7,5 % pour les marques Premiers Prix. Paul Rouche, directeur délégué du Sniv-SNCP (industries des viandes), estime qu’« il y a un essoufflement de l’utilisation de l’étiquetage sur un certain nombre de produits et de marques ». « Le bilan de l’application de cet accord est mitigé », conclut-il.