Arnaud Montebourg, député et président du conseil général de Saône et Loire
« La démondialisation a déjà commencé, ma proposition est de l’accélérer »
Candidat aux primaires socialistes, Arnaud Montebourg, un des principaux
artisans du renouveau du PS, prône la « démondialisation » et la 6e
République. A 48 ans, il ne manque pas d’idées pour aller vers un
protectionnisme moderne, vert, européen et une République des citoyens,
des territoires, des contre-pouvoirs, de la modération et du compromis.
artisans du renouveau du PS, prône la « démondialisation » et la 6e
République. A 48 ans, il ne manque pas d’idées pour aller vers un
protectionnisme moderne, vert, européen et une République des citoyens,
des territoires, des contre-pouvoirs, de la modération et du compromis.
Quelle est la place de l’agriculture dans le projet du parti socialiste ?
Arnaud Montebourg : notre projet vise à faire de l’agriculture un élément stratégique de la nation. Le démantèlement de la Pac qui est le fruit des dirigeants des droites européennes depuis 10 ans, a pour conséquence de déréguler, libéraliser, mondialiser l’agriculture française. Notre choix est de dire à l’inverse de ce que prétendait Tony Blair : investir dans l’agriculture est investir dans un bien fondamental pour l’avenir de la planète, dans lequel nous avons de grandes capacités qu’il serait invraisemblable d’abandonner. La diminution de la surface agricole utile dans le monde combinée à une progression de la démographie, va conduire les nations agricoles à disposer d’atouts sur les marchés mondiaux. Nous considérons que la production agricole doit être soutenue, avec l’aide de l’Union européenne, néanmoins nous avons une stratégie clairement protectionniste de préférence communautaire.
Quel est le sens du projet socialiste dans sa globalité et pouvez-vous en citer quelques mesures ?
A. M. : c’est d’abord un projet de reconstruction de la République livrée aux clans et aux intérêts privés, de reconstruction du service public de l’éducation et de la santé, de remise en marche de l’économie productive. Aujourd’hui dans la guerre économique mondiale, ne pas avoir comme projet de reconstituer une base productive agricole, industrielle, solide, c’est se condamner à être dans la main des autres puissances, dépendant de leurs technologies, de leurs produits, à rater la révolution industrielle verte et à s’appauvrir. La France n’a pas pour destinée de devenir un immense hôtel "resort and spa" avec un littoral magnifique, des paysages, des musées hors du commun, des stations de ski et Disneyland. Elle a vocation à produire, à créer de la richesse et à assurer la prospérité de ses générations futures.
Parmi les mesures, citons la taxation sur les transactions financières pour financer les projets sociaux, des emplois pour la jeunesse, contraindre les médecins à revenir dans les zones rurales, la liberté des uns ne peut pas se faire au détriment de la santé des autres. Cette profession est financée par l’argent du contribuable. En contrepartie du conventionnement de la sécurité sociale, les médecins devront s’installer dans un certain nombre de zones désertées.
Qu’est-ce qui vous différencie de ce projet ?
A. M. : ce projet est un compromis de base mais qui est insuffisant, c’est la raison de ma candidature à la primaire avec des mesures plus audacieuses, notamment plus sécuritaires contre la finance et la spéculation qui sont en train de mettre sous tutelle les peuples européens. En proposant l’extension d’un capitalisme coopératif à la manière des sociétés coopératives de productions, qui ont réussies à atteindre la performance et la compétitivité tout en assurant un partage de la richesse ou de la valeur créée. En proposant également une "démondialisation", c'est-à-dire le rapprochement du lieu de production du lieu de consommation autant dans l’industrie que dans l’agriculture, par des filières courtes. La mondialisation fabrique des chômeurs au Nord et des esclaves au Sud.
En proposant une 6e République, c'est-à-dire une République équilibrée avec des fonctions d’arbitrage qui garantissent la neutralité des institutions de manière à les dépolitiser, et qui assurent une augmentation des droits des citoyens à intervenir dans la décision politique. C’est l’outil par lequel nous construirons des compromis durables dans notre pays, qui est incapable de se réformer sinon par la brutalité contre les gens, alors que je propose de le faire avec les gens, par la conviction. Je ne crois pas dans la vertu des hommes qui dirigent, je ne crois que dans l’intelligence des systèmes pour les contrôler.
Un mot sur les primaires, sur l’ancrage de vos idées, sur les autres candidats et sur l’affaire DSK ?
A. M. : ce scrutin va servir avant tout à nous rassembler autour du candidat qui sera désigné, et l’unité est le seul mot d’ordre. Ces primaires représentent une révolution démocratique où pour la première fois tous les français pourront aller voter dans leur bureau de vote habituel les 9 et 16 octobre prochain.
Je représente une pensée très ancrée à l’intérieur du PS et même au-delà, où Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon ou certains Gaullistes qui défendent le patriotisme économique, reconnaîtront dans mes propositions beaucoup de leurs convictions. Je suggère à Martine Aubry et François Hollande de se mettre d’accord, dans la mesure où leurs candidatures seraient parfaitement identiques, ils sont les enfants légitimes du socialisme traditionnel.
Concernant l’affaire DSK, je l’ai vécu comme un fait divers qui n’appartient pas à mon champ de valeurs.
Quelle est votre position sur l’insécurité et l’immigration, thèmes de prédilection de la droite ?
A. M. : la droite a parfaitement échoué sur l’insécurité, elle a supprimé 10.000 postes de gendarmes et policiers sur le terrain, et la montée de la violence est devenue un fait tangible en zone urbaine comme en zone rurale. Il faut réinvestir le terrain non pas en donnant le sentiment de rouler les mécaniques avec des discours martiaux qui ne sont pas suivis de résultats. Plutôt en associant la population à des résultats des forces de l’ordre sur le terrain, pour que celles-ci se sentent épauler, retrouvent la confiance des citoyens, et obtiennent des reculs importants de la criminalité et de la délinquance. Cette méthode participative a déjà fait ses preuves à Chicago dans les années 1980.
La France a toujours assimilé les populations nouvelles, tout immigré depuis des décennies s’est durablement implanté dans l’esprit républicain en fabriquant des familles de français de souche. Les problèmes ont toujours existé, ils sont concentrés aujourd’hui dans certains lieux et font l’objet d’exploitation politique. Il faut contractualiser l’immigration en se mettant d’accord sur un contrat avec toute personne candidate à immigrer en France, si le contrat est rompu, le départ sera de rigueur.
Est-il important qu’un Français soit nommé à la tête du FMI ?
A. M. : pas forcément un Français mais un européen oui. Dans l’équilibre du monde face aux Etats-Unis, il est normal que l’Union européenne défende ses intérêts ensemble. Que la France veuille mettre une femme libérale à la tête du FMI me paraît une erreur. Les choix que porte Christine Lagarde assurent un soutien à la politique allemande d’austérité infligée à tous les pays européens. Cela me fait penser aux médecins de Molière, où Mme Merkel, M. Sarkozy, Mme Lagarde voulant guérir l’Europe vont réussir peut-être à tuer sa croissance. Il existe plusieurs personnes compétentes en Europe qui défendraient une autre politique au FMI.
Y a-t-il des pays engagés sur la voie de la "démondialisation" ?
A. M. : de plus en plus de pays font le choix de relancer leur marché intérieur et non plus chercher l’exportation en cassant les prix par des dumpings sociaux, environnementaux et monétaires. Pour cela, ils augmentent les salaires, comme le Brésil avec +18 % l’année dernière, créent une protection sociale et développent ainsi le moteur de la croissance domestique. Par ailleurs, les grandes entreprises avec l’augmentation du prix du carburant, relocalisent les activités au plus près des marchés, la folie de la sous-traitance mondiale est en train de diminuer. La "démondialisation" a déjà commencé, ma proposition est de l’accélérer.
Doit-on suivre l’exemple allemand sur le nucléaire ?
A. M. : l’Allemagne a investi pendant 20 ans de façon massive dans l’énergie renouvelable, et peut donc envisager une transition aussi brutale en abandonnant la part minoritaire de leur bouquet énergétique d’origine nucléaire. La France ne l’ayant pas fait, doit investir de la même manière si l’on veut avoir le choix le moment venu, et ne pas être pieds et poings liés au nucléaire. Cela suppose un débat sur le prix de l’électricité, la part de la richesse nationale que l’on investit pour rendre le dépassement du nucléaire progressif et maîtrisable. Les français doivent décider ensemble dans quel type d’énergie ils vont investir leur indépendance.
Quel est le dirigeant dans le monde qui vous inspire le plus ?
A. M. : Barack Obama. C’est un homme courageux qui a su construire des compromis par la tolérance vis-à-vis des opinions qu’ils ne partageaient pas avec ses adversaires. Il a réussi à faire changer son pays par la conviction et non la brutalité. J’aime la méthode Obama qui consiste à dire : « Voila la montagne que je vous propose de gravir, si je n’y arrive pas, je vous dirai pourquoi, si je dois emprunter un autre chemin, je vous dirai lequel et si ce chemin est encore plus difficile, nous y arriverons ensemble ».
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Arnaud Montebourg : notre projet vise à faire de l’agriculture un élément stratégique de la nation. Le démantèlement de la Pac qui est le fruit des dirigeants des droites européennes depuis 10 ans, a pour conséquence de déréguler, libéraliser, mondialiser l’agriculture française. Notre choix est de dire à l’inverse de ce que prétendait Tony Blair : investir dans l’agriculture est investir dans un bien fondamental pour l’avenir de la planète, dans lequel nous avons de grandes capacités qu’il serait invraisemblable d’abandonner. La diminution de la surface agricole utile dans le monde combinée à une progression de la démographie, va conduire les nations agricoles à disposer d’atouts sur les marchés mondiaux. Nous considérons que la production agricole doit être soutenue, avec l’aide de l’Union européenne, néanmoins nous avons une stratégie clairement protectionniste de préférence communautaire.
Quel est le sens du projet socialiste dans sa globalité et pouvez-vous en citer quelques mesures ?
A. M. : c’est d’abord un projet de reconstruction de la République livrée aux clans et aux intérêts privés, de reconstruction du service public de l’éducation et de la santé, de remise en marche de l’économie productive. Aujourd’hui dans la guerre économique mondiale, ne pas avoir comme projet de reconstituer une base productive agricole, industrielle, solide, c’est se condamner à être dans la main des autres puissances, dépendant de leurs technologies, de leurs produits, à rater la révolution industrielle verte et à s’appauvrir. La France n’a pas pour destinée de devenir un immense hôtel "resort and spa" avec un littoral magnifique, des paysages, des musées hors du commun, des stations de ski et Disneyland. Elle a vocation à produire, à créer de la richesse et à assurer la prospérité de ses générations futures.
Parmi les mesures, citons la taxation sur les transactions financières pour financer les projets sociaux, des emplois pour la jeunesse, contraindre les médecins à revenir dans les zones rurales, la liberté des uns ne peut pas se faire au détriment de la santé des autres. Cette profession est financée par l’argent du contribuable. En contrepartie du conventionnement de la sécurité sociale, les médecins devront s’installer dans un certain nombre de zones désertées.
Qu’est-ce qui vous différencie de ce projet ?
A. M. : ce projet est un compromis de base mais qui est insuffisant, c’est la raison de ma candidature à la primaire avec des mesures plus audacieuses, notamment plus sécuritaires contre la finance et la spéculation qui sont en train de mettre sous tutelle les peuples européens. En proposant l’extension d’un capitalisme coopératif à la manière des sociétés coopératives de productions, qui ont réussies à atteindre la performance et la compétitivité tout en assurant un partage de la richesse ou de la valeur créée. En proposant également une "démondialisation", c'est-à-dire le rapprochement du lieu de production du lieu de consommation autant dans l’industrie que dans l’agriculture, par des filières courtes. La mondialisation fabrique des chômeurs au Nord et des esclaves au Sud.
En proposant une 6e République, c'est-à-dire une République équilibrée avec des fonctions d’arbitrage qui garantissent la neutralité des institutions de manière à les dépolitiser, et qui assurent une augmentation des droits des citoyens à intervenir dans la décision politique. C’est l’outil par lequel nous construirons des compromis durables dans notre pays, qui est incapable de se réformer sinon par la brutalité contre les gens, alors que je propose de le faire avec les gens, par la conviction. Je ne crois pas dans la vertu des hommes qui dirigent, je ne crois que dans l’intelligence des systèmes pour les contrôler.
Un mot sur les primaires, sur l’ancrage de vos idées, sur les autres candidats et sur l’affaire DSK ?
A. M. : ce scrutin va servir avant tout à nous rassembler autour du candidat qui sera désigné, et l’unité est le seul mot d’ordre. Ces primaires représentent une révolution démocratique où pour la première fois tous les français pourront aller voter dans leur bureau de vote habituel les 9 et 16 octobre prochain.
Je représente une pensée très ancrée à l’intérieur du PS et même au-delà, où Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon ou certains Gaullistes qui défendent le patriotisme économique, reconnaîtront dans mes propositions beaucoup de leurs convictions. Je suggère à Martine Aubry et François Hollande de se mettre d’accord, dans la mesure où leurs candidatures seraient parfaitement identiques, ils sont les enfants légitimes du socialisme traditionnel.
Concernant l’affaire DSK, je l’ai vécu comme un fait divers qui n’appartient pas à mon champ de valeurs.
Quelle est votre position sur l’insécurité et l’immigration, thèmes de prédilection de la droite ?
A. M. : la droite a parfaitement échoué sur l’insécurité, elle a supprimé 10.000 postes de gendarmes et policiers sur le terrain, et la montée de la violence est devenue un fait tangible en zone urbaine comme en zone rurale. Il faut réinvestir le terrain non pas en donnant le sentiment de rouler les mécaniques avec des discours martiaux qui ne sont pas suivis de résultats. Plutôt en associant la population à des résultats des forces de l’ordre sur le terrain, pour que celles-ci se sentent épauler, retrouvent la confiance des citoyens, et obtiennent des reculs importants de la criminalité et de la délinquance. Cette méthode participative a déjà fait ses preuves à Chicago dans les années 1980.
La France a toujours assimilé les populations nouvelles, tout immigré depuis des décennies s’est durablement implanté dans l’esprit républicain en fabriquant des familles de français de souche. Les problèmes ont toujours existé, ils sont concentrés aujourd’hui dans certains lieux et font l’objet d’exploitation politique. Il faut contractualiser l’immigration en se mettant d’accord sur un contrat avec toute personne candidate à immigrer en France, si le contrat est rompu, le départ sera de rigueur.
Est-il important qu’un Français soit nommé à la tête du FMI ?
A. M. : pas forcément un Français mais un européen oui. Dans l’équilibre du monde face aux Etats-Unis, il est normal que l’Union européenne défende ses intérêts ensemble. Que la France veuille mettre une femme libérale à la tête du FMI me paraît une erreur. Les choix que porte Christine Lagarde assurent un soutien à la politique allemande d’austérité infligée à tous les pays européens. Cela me fait penser aux médecins de Molière, où Mme Merkel, M. Sarkozy, Mme Lagarde voulant guérir l’Europe vont réussir peut-être à tuer sa croissance. Il existe plusieurs personnes compétentes en Europe qui défendraient une autre politique au FMI.
Y a-t-il des pays engagés sur la voie de la "démondialisation" ?
A. M. : de plus en plus de pays font le choix de relancer leur marché intérieur et non plus chercher l’exportation en cassant les prix par des dumpings sociaux, environnementaux et monétaires. Pour cela, ils augmentent les salaires, comme le Brésil avec +18 % l’année dernière, créent une protection sociale et développent ainsi le moteur de la croissance domestique. Par ailleurs, les grandes entreprises avec l’augmentation du prix du carburant, relocalisent les activités au plus près des marchés, la folie de la sous-traitance mondiale est en train de diminuer. La "démondialisation" a déjà commencé, ma proposition est de l’accélérer.
Doit-on suivre l’exemple allemand sur le nucléaire ?
A. M. : l’Allemagne a investi pendant 20 ans de façon massive dans l’énergie renouvelable, et peut donc envisager une transition aussi brutale en abandonnant la part minoritaire de leur bouquet énergétique d’origine nucléaire. La France ne l’ayant pas fait, doit investir de la même manière si l’on veut avoir le choix le moment venu, et ne pas être pieds et poings liés au nucléaire. Cela suppose un débat sur le prix de l’électricité, la part de la richesse nationale que l’on investit pour rendre le dépassement du nucléaire progressif et maîtrisable. Les français doivent décider ensemble dans quel type d’énergie ils vont investir leur indépendance.
Quel est le dirigeant dans le monde qui vous inspire le plus ?
A. M. : Barack Obama. C’est un homme courageux qui a su construire des compromis par la tolérance vis-à-vis des opinions qu’ils ne partageaient pas avec ses adversaires. Il a réussi à faire changer son pays par la conviction et non la brutalité. J’aime la méthode Obama qui consiste à dire : « Voila la montagne que je vous propose de gravir, si je n’y arrive pas, je vous dirai pourquoi, si je dois emprunter un autre chemin, je vous dirai lequel et si ce chemin est encore plus difficile, nous y arriverons ensemble ».
A lire
"Votez pour la démondialisation" d’Arnaud Montebourg, aux éditions Flammarion, 88 pages ; 2 €.