Avenir de l'Europe laitière
La France n'est pas mal placée
Selon l’Institut de l’élevage, la France pourrait tirer son épingle du
jeu dans la restructuration du paysage laitier européen dans la
perspective de l’après-quota. Elle a des atouts à faire valoir en termes
de potentiel productif par rapport à nos partenaires danois,
néerlandais et même allemands.
jeu dans la restructuration du paysage laitier européen dans la
perspective de l’après-quota. Elle a des atouts à faire valoir en termes
de potentiel productif par rapport à nos partenaires danois,
néerlandais et même allemands.
Considérées comme des modèles, les filières laitières des pays du nord de l’Europe ne sont pas sans éprouver des difficultés selon l’Institut de l’élevage. Certes jusqu’en 2007, les Pays-Bas, le Danemark, l’Irlande et l’Allemagne s’en sont mieux sortis. A 40.000 euros par UTA familiale en moyenne, le revenu agricole des exploitations laitières spécialisées était deux fois plus élevé dans ces pays qu’en France, avec 20.000 € en 2007, jusqu’à ce qu’arrive la crise laitière des années 2008/2009.
Depuis, le modèle laitier danois s’est littéralement effondré. Dans ce pays de grandes exploitations laitières avec des installations très mécanisées, (les 4 millions de litres ne sont pas l’exception), les éleveurs ne se sont pas remis de la crise financière et de la flambée des intrants (énergie, engrais…). Quand l’effondrement du lait est intervenu en 2008, nombreux d’entre eux ont été incapables d’honorer leurs annuités, victimes d’un mode de financement basé sur un endettement exagéré. Certes, il a y eu peu de faillites, mais 7 % des éleveurs sont considérés comme techniquement insolvables, selon l’Institut de l’élevage. Aujourd’hui la filière est exsangue et est incapable de se projeter dans l’avenir.
Les Pays-Bas s’en sont mieux sortis. Le modèle qui prévaut, une cinquantaine d’hectares avec 600.000 litres de lait, est ultra spécialisé et très efficace. Producteurs et industriels affichent une égale volonté d’accélérer la croissance de la production une fois que les quotas seront supprimés. Mais la question qui est posée et de savoir comment les Néerlandais vont gérer les contraintes environnementales, et notamment celle des épandages d’azote, les sols étant d’ores et déjà saturés.
La contrainte biogaz
Modèle de "low cost" basé sur le pâturage sans complémentation, les Irlandais sont apparemment les moins fragiles. La fin des quotas offre une opportunité stratégique pour l’économie irlandaise convalescente, et ce, après une cure d’austérité sans précédent. Mais la filière reste positionnée sur des produits basiques à faible valeur ajoutée et sur une forte dépendance aux marchés d'exportation, le marché national étant assez étroit. Et la production qui reste très saisonnière n’est pas sans entraîner des surcoûts à l’aval en raison de la faible utilisation des capacités de production en période creuse.
Considérée comme une référence en France, la production laitière en Allemagne évolue différemment selon les grandes zones de production. Au nord-ouest, la restructuration se poursuit au rythme de 3 à 4 % avec le développement d’ateliers de plus de 100 vaches laitières. La production s’accroît au rythme de 2 à 3 % par an. Mais les observateurs ne s’attendent pas à une explosion de la production même après 2015. Ici le développement du biogaz à partir de surfaces de maïs (800.000 hectares, soit 40 % de la surface) bride l’expansion de la production laitière. Sans oublier que la pollution par les nitrates des nappes phréatiques et des cours d’eau fait peser une épée de Damoclès.
Pyramide vieillissante
Dans le sud de l'Allemagne, la production parvient seulement à se maintenir. Certes les exploitations s’agrandissent, notamment celles de plus de 50 hectares, mais la question qui est posée dans cette zone est celle du renouvellement des générations du fait de la présence de zones industrielles qui drainent la main-d’œuvre agricole. Quant à l’Est, les grandes structures héritées de la période collectiviste ont du mal à rester concurrentielles : la main-d’œuvre salariée y est abondante, mais la productivité du travail est assez faible. Le manque de capitaux et le besoin d’investissement se font cruellement sentir. Conséquence, la production laitière est sur le déclin au rythme de 1 % par an au profit des grandes cultures.
Pas de handicap particulier en France
La France, pays où les producteurs de lait ont subi les pires difficultés en 2008, n’est pas si mal placée dans la compétition européenne. Notre pays n’a pas terminé sa restructuration laitière - le nombre d’exploitations laitières a diminué de 5,4 % par an entre 2005 et 2010 -, mais la filière laitière dans son ensemble ne souffre pas de handicap de compétitivité en termes d’entreprises puissantes et diversifiées et de productivité du travail, notamment en élevage.
Les éleveurs bénéficient d’un atout précieux par rapport à nos concurrents : un coût du foncier maîtrisé. En outre, ce qui pouvait être considéré comme un obstacle à la rationalisation des filières - c'est-à-dire la diversité de ses exploitations et de ses productions - est considérée aujourd’hui comme un avantage.
En revanche, la pyramide des âges chez les éleveurs n’est pas très bien orientée. Alors que près de 40 % des éleveurs avaient moins de 40 ans en 2000, ils ne seront plus que 20 % en 2014. A titre d’exemple, 40.000 éleveurs avaient moins de quarante ans il y a dix ans, ils n’étaient que 15.000 en 2007. Seule une politique vigoureuse d’installations pourrait mettre un terme au vieillissement en cours.
Depuis, le modèle laitier danois s’est littéralement effondré. Dans ce pays de grandes exploitations laitières avec des installations très mécanisées, (les 4 millions de litres ne sont pas l’exception), les éleveurs ne se sont pas remis de la crise financière et de la flambée des intrants (énergie, engrais…). Quand l’effondrement du lait est intervenu en 2008, nombreux d’entre eux ont été incapables d’honorer leurs annuités, victimes d’un mode de financement basé sur un endettement exagéré. Certes, il a y eu peu de faillites, mais 7 % des éleveurs sont considérés comme techniquement insolvables, selon l’Institut de l’élevage. Aujourd’hui la filière est exsangue et est incapable de se projeter dans l’avenir.
Les Pays-Bas s’en sont mieux sortis. Le modèle qui prévaut, une cinquantaine d’hectares avec 600.000 litres de lait, est ultra spécialisé et très efficace. Producteurs et industriels affichent une égale volonté d’accélérer la croissance de la production une fois que les quotas seront supprimés. Mais la question qui est posée et de savoir comment les Néerlandais vont gérer les contraintes environnementales, et notamment celle des épandages d’azote, les sols étant d’ores et déjà saturés.
La contrainte biogaz
Modèle de "low cost" basé sur le pâturage sans complémentation, les Irlandais sont apparemment les moins fragiles. La fin des quotas offre une opportunité stratégique pour l’économie irlandaise convalescente, et ce, après une cure d’austérité sans précédent. Mais la filière reste positionnée sur des produits basiques à faible valeur ajoutée et sur une forte dépendance aux marchés d'exportation, le marché national étant assez étroit. Et la production qui reste très saisonnière n’est pas sans entraîner des surcoûts à l’aval en raison de la faible utilisation des capacités de production en période creuse.
Considérée comme une référence en France, la production laitière en Allemagne évolue différemment selon les grandes zones de production. Au nord-ouest, la restructuration se poursuit au rythme de 3 à 4 % avec le développement d’ateliers de plus de 100 vaches laitières. La production s’accroît au rythme de 2 à 3 % par an. Mais les observateurs ne s’attendent pas à une explosion de la production même après 2015. Ici le développement du biogaz à partir de surfaces de maïs (800.000 hectares, soit 40 % de la surface) bride l’expansion de la production laitière. Sans oublier que la pollution par les nitrates des nappes phréatiques et des cours d’eau fait peser une épée de Damoclès.
Pyramide vieillissante
Dans le sud de l'Allemagne, la production parvient seulement à se maintenir. Certes les exploitations s’agrandissent, notamment celles de plus de 50 hectares, mais la question qui est posée dans cette zone est celle du renouvellement des générations du fait de la présence de zones industrielles qui drainent la main-d’œuvre agricole. Quant à l’Est, les grandes structures héritées de la période collectiviste ont du mal à rester concurrentielles : la main-d’œuvre salariée y est abondante, mais la productivité du travail est assez faible. Le manque de capitaux et le besoin d’investissement se font cruellement sentir. Conséquence, la production laitière est sur le déclin au rythme de 1 % par an au profit des grandes cultures.
Pas de handicap particulier en France
La France, pays où les producteurs de lait ont subi les pires difficultés en 2008, n’est pas si mal placée dans la compétition européenne. Notre pays n’a pas terminé sa restructuration laitière - le nombre d’exploitations laitières a diminué de 5,4 % par an entre 2005 et 2010 -, mais la filière laitière dans son ensemble ne souffre pas de handicap de compétitivité en termes d’entreprises puissantes et diversifiées et de productivité du travail, notamment en élevage.
Les éleveurs bénéficient d’un atout précieux par rapport à nos concurrents : un coût du foncier maîtrisé. En outre, ce qui pouvait être considéré comme un obstacle à la rationalisation des filières - c'est-à-dire la diversité de ses exploitations et de ses productions - est considérée aujourd’hui comme un avantage.
En revanche, la pyramide des âges chez les éleveurs n’est pas très bien orientée. Alors que près de 40 % des éleveurs avaient moins de 40 ans en 2000, ils ne seront plus que 20 % en 2014. A titre d’exemple, 40.000 éleveurs avaient moins de quarante ans il y a dix ans, ils n’étaient que 15.000 en 2007. Seule une politique vigoureuse d’installations pourrait mettre un terme au vieillissement en cours.