Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Stations d’évaluation charolaises

La mesure de l’ouverture pelvienne généralisée

Pour 2012, la Fédération des stations charolaises a fait le choix de procéder à la mesure de l’ouverture pelvienne de tous les mâles entrés en station. Il s’agit de réaliser la mensuration du bassin des animaux par voie interne. 
121886--jeunes_repro.JPG
Cette démarche est impulsée par une étude récente qui témoigne de l’intérêt de la pelvimétrie dans la prédiction des difficultés de vêlages des femelles. La collecte de données, qui sera réalisée dans les stations charolaises, apportera à la race une banque de données indispensable à l’établissement d’équations de prédiction.
Les difficultés de vêlage en élevage ont de nombreuses incidences sur la conduite et l’économie du troupeau (risques pour l’éleveur, charge de travail supplémentaire, coûts d’intervention, accroissement de la mortinatalité du veau, réforme potentielle de la mère, allongement de l’anœstrus postpartum de la mère…). Aussi, la sélection en race charolaise vise à l’amélioration des facilités de vêlages des femelles, et pour ce faire, cherche les meilleurs bras de levier de sa prédiction.

Difficultés de vêlage


Les difficultés de vêlage sont l’expression d’un système biologique complexe. Hormis les problèmes liés à de mauvaises positions du veau, elles résultent principalement d’une disproportion morphologique entre la taille du veau et celle de l’ouverture pelvienne de sa mère au moment de la mise bas. Les facteurs génétiques de cette disproportion sont d’origine multiple. Pour la taille du veau en fin de gestation, ils comprennent la part héritée directement de ses parents, mais aussi la part des effets génétiques maternels qui interviennent sur la croissance du veau. Des effets maternels relatifs aux aptitudes zootechniques de la mère au vêlage entrent également en ligne de compte dans cette disproportion, comme la taille de son ouverture pelvienne et sa préparation au vêlage (dilatation de la symphyse pubienne, relâchement des ligaments sacro-sciatiques).
S’intéresser à la réduction du poids de naissance du veau peut apporter des solutions à la réduction de la dystocie (la difficulté gênant ou empêchant le déroulement normal d’une mise bas), mais sa corrélation non négligeable avec le potentiel de croissance des animaux (+0,55) nous pousse à rechercher d’autres clés d’entrée. De même, il serait intéressant de raisonner sur le seul critère d’aptitude au vêlage des femelles, mais au vu de sa faible héritabilité (0,12) et de son temps d’obtention lié à l’évaluation sur descendance, on s’intéresse à d’autres solutions.
Dans ce contexte, Renand et al (2010) ont mis au point un protocole visant à expérimenter l’analyse du déterminisme génétique des difficultés de vêlage en les mettant en relation avec le poids à la naissance des veaux, le poids vif et l’ouverture pelvienne des vaches, des génisses et des taurillons.

Fondée sur une étude récente


En 2010, la synthèse de l’étude menée au sein du domaine expérimental de l’INRA de Bourges met en évidence l’intérêt de mesurer l’ouverture pelvienne de jeunes reproducteurs comme critère de sélection pour améliorer l’aptitude au vêlage des vaches. Voyons pourquoi.
Renand et al (2010) ont pu calculer un certain nombre de paramètres génétiques à partir :
• des données collectées de 1988 à 2007 autour des conditions de naissance et du vêlage sur 3.836 veaux issus de 82 pères ;
• du poids et de l’ouverture pelvienne à 12, 18 et 24 mois et au vêlage des femelles (347 fondatrices et 1.427 descendantes) ;
• du poids et de l’ouverture pelvienne de 1.294 descendants mâles avant leur abattage (à 15 ou 19 mois).
Parmi les résultats obtenus, on retiendra que les effets génétiques directs des difficultés de naissance sont très corrélés au poids à la naissance (+0,91), mais aussi que les effets maternels des difficultés de naissance sont fortement corrélés, et négativement, à l’ouverture pelvienne des vaches (-0,77). Il en est de même pour l’ouverture pelvienne des génisses (-0,62) ou encore celle des taurillons (-0,82). L’étude réalisée montre de plus que l’ouverture pelvienne des jeunes bovins est génétiquement fortement corrélée à celle des vaches (+0,85).
Ces valeurs indiquent l’impact du poids de naissance des veaux et de l’ouverture pelvienne des vaches et, par une étroite corrélation, de l’ouverture pelvienne des mâles, sur le déterminisme génétique des conditions de naissance.

Nouveau critère de sélection


C’est pourquoi, l’étude réalisée propose de faire la mesure de l’ouverture pelvienne des mâles reproducteurs comme critère de sélection de l’amélioration de l’aptitude au vêlage.
Forte de ces données, la Fédération nationale des stations d’évaluation charolaises a fait le choix de mettre en place, dès cette année, un protocole de mesure systématique de l’ouverture pelvienne des reproducteurs par des agents habilités. La collecte de ces informations, dans le cadre de l’environnement contrôlé des stations, donnera lieu à la constitution d’un fichier. Ces nouveaux indicateurs participeront à la mise en place d’une forme de sélection indirecte sur l’aptitude au vêlage.

D’après l’étude de G. Renand, A. Vinet, D. Krauss et R. Saintilan (INRA, 2010).

Images