La prévention nécessaire d’un risque constant
Tout commence par une curiosité scientifique. Christophe Roy, vétérinaire à Riom-ès-Montagnes, porte un intérêt particulier aux rats taupiers. Il lance un appel auprès de quelques agriculteurs de son secteur : lui apporter des spécimens d’animaux pour les autopsier. Le bouche-à-oreille fonctionne. De très nombreux éleveurs répondent présent, fournissant suffisamment de spécimens pour bâtir une étude approfondie, nécessitant une équipe complète et des financements.
L’heure de l’alerte a sonné
Les résultats, présentés sous forme de poster aux éleveurs et clients du cabinet vétérinaire du nord Cantal, sont édifiants. Pourquoi remettre le sujet sur la table « parce qu’il y a deux actualités concomitantes, explique Christophe Roy. D’une part, des indices laissent penser qu’ils reviennent, d’autant que le retour cyclique de 5 à 7 ans arrive à terme. D’autre part, le programme ‘‘ Une seule santé ‘‘ prend corps dans le Cantal. Or, nous avions peu de données sur le sujet du rat taupier dans le département. » Le 12 novembre dernier, au col de Prat de Bouc, plus de 40 acteurs du territoire se sont réunis pour le lancement du projet « Médecine de territoire », lauréat du programme Erable « Raconter le vivant pour agir ». L’objectif ? Mobiliser une équipe transdisciplinaire – professionnels de santé humaine et animale, chercheurs, institutions (Office français de la biodiversité, PNR des Volcans d’Auvergne, Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne, ARS Auvergne-Rhône-Alpes), agriculteurs et associations – autour d’un projet commun : mieux comprendre et anticiper les liens entre santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes, dans une approche « One Health ». Comme le souligne Camille Besombes, médecin épidémiologiste et co-porteuse du projet : « Construire du collectif, c’est déjà commencer à produire des résultats ».
Leptospirose, un risque réel
Parallèlement, l’école VetAgro Sup a approfondi les recherches sur la leptospirose et découvert un portage important chez les rats taupiers. Cette maladie, transmissible à l’humain, aux vaches, aux chevaux et aux chiens qui y sont sensibles, se propage facilement : il suffit d’une petite plaie ou d’un contact avec de l’eau contaminée par l’urine de rat. Face aux menaces, le docteur Christophe Roy résume la situation d’une formule : « Pour se préparer aux temps de guerre, il faut savoir travailler en temps de paix. »
R. Saint-André
One health / En français, « Une seule santé » pour comprendre que la santé humaine est forcément dépendante de celle des animaux et de leur milieu. Les explications de Christophe Roy, vétérinaire.