La qualité plus que la quantité
Environ 10,5 Mt d’orge
L’évaluation de la récolte d’orge d’hiver est aussi achevée. Elle est identique à l’estimation du ministère, à 7,7 Mt. Les rendements accusent de gros écarts selon les régions, en retrait par rapport à l’année dernière. Les orges brassicoles sont de bonne qualité, avec des taux de protéines entre 9 et 11,5 %. La récolte d’orge de printemps est envisagée, elle, à 2,7 Mt. Les calibrages sont bons comme les taux de protéines, de l’ordre de 11 %. La production totale d’orge est légèrement supérieure à celle prévue par le ministère il y a quelques jours, mais elle est largement inférieure à celle de l’an passé qui atteignait un record de 12,9 Mt. Les moissons de colza sont encore en cours mais on sait que les rendements varient considérablement selon les régions. La prévision de récolte rejoint celle du ministère, à 4,6 Mt. Enfin, les récoltes de pois se poursuivent, laissant prévoir une production de plus de 1 Mt, conséquence surtout de la forte augmentation des surfaces. En effet, les rendements, très hétérogènes, de 20 à 60 q/ha, sont largement inférieurs en moyenne à ceux de la précédente campagne.
La France profite de la suspension des exportations russes
Vladimir Poutine, le Premier ministre russe, a annoncé, le 5 août, la suspension des exportations russes de céréales et de leurs produits dérivés. On s’attendait à des mesures restrictives à l’export et le marché mondial les avait déjà intégrées dans sa hausse des prix. Mais L’arrêt pur et simple des exportations russes du 15 août au 31 décembre 2010 a néanmoins surpris, provoquant une brutale accélération des cotations sur les marchés à terme, entraînant celle des cotations sur les marchés physiques. Cette suspension touche officiellement les contrats signés qui ne pourraient être honorés pour cause de force majeure, et les défaillances de livraison pourraient se situer entre 2 et 4 Mt que les acheteurs concernés doivent rechercher auprès d’autres origines. L’appel d’offres égyptien remporté par la France le 6 août s’inscrit dans cette conjoncture et porte tout de même sur 240.000 t, l’Egypte étant toujours aux achats. En 2009/2010, la Russie avait exporté 18 Mt de blé. Par ailleurs, la baisse des récoltes, donc du potentiel exportable, touche aussi l’Ukraine et le Kazakhstan, autres grands concurrents du blé français à l’export, qui n’ont pas pris pour le moment une mesure aussi drastique que la Russie. Pour le blé français, la concurrence viendra surtout dans les prochains mois de l’origine américaine, les plus gros stocks se trouvant aux Etats-Unis. Puis, à partir de fin décembre, il faudra compter avec les récoltes argentine et australienne, et éventuellement avec le retour de la Russie. Mais ces éléments ont déjà aussi été pris en compte par les opérateurs. D’ailleurs, une fois passé le coup de folie provoqué par l’annonce de Moscou, les prix se sont sensiblement rétractés.
La meunerie française veut encadrer la spéculation
Accompagnant les autres grands utilisateurs de blé, les fabricants d’aliments du bétail, l’ANMF, l’Association nationale de la Meunerie française, dénonce le rôle de la spéculation dans les hausses spectaculaires et la volatilité des prix du blé que les fondamentaux ne justifient pas. L’ANMF souligne que malgré les ajustements, en baisse successive ces derniers mois, des estimations de récolte et de stocks mondiaux, « le ratio stock de fin de campagne/consommation serait de 26 %, au même niveau que celui de la campagne 2008/2009 au cours de laquelle le prix moyen s’était situé autour de 150 euros la tonne ». Il est encore trop tôt pour estimer les conséquences économiques de cette conjoncture sur les entreprises et les consommateurs, mais l’ANMF précise que 30 euros de hausse de la tonne de blé entraîne « mécaniquement » une hausse de 1 centime d’euro du prix de la baguette. La meunerie française souhaite donc des règles plus strictes de gestion des marchés à terme pour limiter la spéculation, et la création d’un stock européen de réserve.
Production revue à la baisse
Le rapport de l’USDA (Département américain à l’Agriculture) sur l’offre et la demande mondiale de céréales et de soja, présenté le 12 août, a largement confirmé les précédentes prévisions en baisse de la récolte mondiale de blé, et l’amoindrissement des stocks qui en découle. L’USDA ramène son estimation de récolte de 661 millions de tonnes (Mt), annoncée en juillet, à 645,7 Mt. La moisson s’était élevée à 680 Mt en 2009. La prévision de stock en fin de campagne est abaissée de 12,2 Mt, à 174,8 Mt contre 194 l’an dernier. Les principaux pays victimes de la baisse des récoltes sont la Russie, avec une prévision de récolte de 45 Mt contre 61,7 en 2009, l’Ukraine, 17 Mt contre 20,9, et le Kazakhstan, 11,5 Mt contre 17. L’Union européenne (UE) n’est pas épargnée par la baisse des récoltes, en recul de 4,3 Mt sur 2009, avec 137,5 Mt, et l’Allemagne est particulièrement touchée par cette baisse. En revanche, la France, malgré la baisse de production annoncée de 1,2 Mt, pour 35,3 Mt, augmentée d’un stock de report confortable de 2,7 Mt, conservera un potentiel exportable important. Comme il était prévisible, la France est actuellement très présente sur le marché international du blé, ce qu’illustre le nouvel appel d’offres égyptien de 120.000 t emporté la semaine dernière, après celui de 240.000 t la première semaine d’août. Les exportations américaines vont également bon train.