La santé mentale en débat
Mal-être / Chambres d’agriculture France (CdAF) a accueilli, fin janvier à Paris, les 4e rencontres des réseaux professionnels de l’accompagnement. Cette journée a permis de faire le point sur les actions qui luttent contre le mal-être en agriculture dans le cadre de la reconduction de la grande cause nationale sur la santé mentale.
Selon une étude menée en 2022 par l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail des Hauts-de-France sur le territoire du Douaisis (Nord), 77 % des agriculteurs interrogés estimaient que leur travail dégradait leur santé. Ils étaient autant à se plaindre de douleurs liées à leur activité. 87 % nourrissaient le sentiment que les difficultés au travail impactaient leur moral. Et même si les deux tiers d’entre eux avaient le sentiment de faire quelque chose d’utile, les trois quarts certifiaient ne pas avoir les moyens humains pour effectuer un travail de qualité. À ce stress continuel, il faut ajouter les tensions avec les riverains et le ras-le-bol d’être pointé du doigt en se faisant traiter « de pollueurs et d’assassins ». Dans un contexte aussi stressant et délétère, il n’est pas étonnant que le réseau Réagir1 ait connu entre 20 et 30 % de signalements supplémentaires entre 2024 et 2025. « Ces statistiques démontrent à la fois l’intensification de la fragilité des agriculteurs mais aussi la confiance croissante dans le dispositif », a souligné Olivier Debert, secrétaire général de CdAF.
Des causes multifactorielles
Les causes du mal-être sont connues : difficultés financières, isolement, solitude, auxquels se greffent parfois d’autres facteurs : accidents de la vie, problèmes de santé, pénibilité et épuisement au travail, addictions (alcool, drogue…), vols sur les exploitations, prédation sur les troupeaux… Les incertitudes géopolitiques qui influent sur les cours de matières premières peuvent aussi agir sur la santé mentale des agriculteurs. De leur côté, la MSA et son réseau Agri’écoute ont traité 8 000 signalements en 2025, soit 40 % de plus qu’en 2024. Déjà, entre 2023 et 2024, ces signalements avaient augmenté de 30 %. « Plus de la moitié (4 230) des appels de l’année 2025 ont concerné une demande d’aide de soutien psychologique contre 3 450 en 2024 », a précisé Jean-François Fruttero, président de la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole (CCMSA). Toutes les organisations agricoles travaillent à « détecter le plus tôt possible pour agir vite », selon les mots d’Olivier Desportes, président du Crédit agricole des Côtes-d'Armor.
« Les tabous sont levés »
« Ces chiffres prouvent une chose : en agriculture, les tabous sont bien levés et le dispositif de prévention qui a été mis en place par la profession est non seulement inspirant mais aussi un exemple à suivre dans d’autres domaines d’activité. On essaie d’ailleurs de le transposer auprès des dirigeants de TPE qui rencontrent des difficultés semblables au monde agricole », a souligné Sylvaine Gaulard, secrétaire générale de la délégation santé mentale et psychiatrie. De son côté, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a appelé les pouvoirs publics à « s’emparer de ce sujet et à instaurer un dispositif sûr et stable ». Car chaque année, le suicide en France provoque environ 2,5 à 3 fois plus de décès que les accidents. « En milieu agricole, le suicide constitue une cause majeure de mortalité évitable », a insisté Aude Caria, directrice de Psycom, un organisme public qui informe, oriente et sensibilise sur la santé mentale.
Christophe Soulard
1 - Réseau d’écoute, d’accompagnement et de gestion des incidents et des risques des chambres d’agriculture. (https ://reagir-en-agriculture.fr/).