Consommation d’eau
La viande bovine visée
Après l’abattage halal, une nouvelle polémique frappe la viande bovine. Elle serait responsable d’un énorme gaspillage d’eau. Les chiffres fréquemment cités évoquent une consommation de 1.500 litres d’eau pour un steak de 100 grammes, soit 15.000 litres par kilo de viande de bœuf.
L’information a d’ailleurs été reprise par Yann Arthus-Bertrand, dans le film sur l’eau diffusé sur France 2, le 19 mars dernier. Et le 22 mars, à l’occasion de la journée mondiale de l’eau, un collectif anti-viande - autodésigné "viande.info" ! - a mis en scène, sur l’esplanade des Droits de l’homme à Paris, 1.000 bouteilles d’eau à bouchon bleu dessinant les mots "un steak". Des chiffres qui relèvent de la caricature, ont tenu à rectifier sans tarder Interbev et le Syndicat national de l’industrie des viandes (Sniv-SNCP). En effet, rappellent ces derniers, ces chiffres sont issus de la méthode Waterfootprint appliquée aux bovins qui comptabilise trois types d’eau. Il y a d’abord l’eau "bleue" qui représente 3 à 4 % des 1.500 litres évoqués. Il s’agit du volume d’eau douce capté dans les eaux de surface et les nappes phréatiques. Pour la filière bovine, cela correspond principalement à l’eau d’abreuvement des animaux, l’eau d’irrigation des cultures fourragères et l’eau nécessaire à la transformation de la viande. L’Institut de l’élevage estime cette consommation à 20 litres par steak de viande bovine. Le deuxième type d’eau est l’eau "grise" qui correspond au volume d’eau nécessaire pour diluer les polluants utilisés dans le processus industriel et maintenir la qualité de l’eau conforme à la réglementation. Elle représente 3 % des 1.500 litres évoqués. Enfin il y a l’eau "verte" qui correspond au volume d’eau de pluie stockée dans le sol et qui est disponible pour la croissance des plantes et des prairies destinées à l’alimentation des troupeaux : elle représente 94 % des 1.500 litres. Forts de ces données, Interbev et le Sniv-SNCP contestent fermement la comptabilisation de cette eau "verte" et son assimilation à de l’eau potable qui serait utilisée par l’élevage bovin. Si cet élevage disparaissait, les 2 millions d’hectares de maïs fourrage et les 13 millions d’hectares de prairies seraient remplacés par des céréales, des friches ou des forêts, explique l’interprofession qui considère qu’« il est inacceptable d’attribuer à la production de viande cette eau de pluie qui tombe naturellement sur les prairies et les surfaces fourragères ». En mettant l’accent sur l’eau, la méthode retenue ignore le rôle écologique (biodiversité, régulation des crues…) que jouent en France les 13 millions d’hectares de prairies.