Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Pascal Nugues à Beaubery

« Le but, c’est d’en vivre ! »

Sur une petite centaine d’hectares, Pascal Nugues élève environ 80
vaches allaitantes près de Beaubery. Depuis son installation, aidé de sa
comptable d’AS 71, le jeune éleveur accorde la plus grande vigilance à
ses postes de charge ainsi qu’à ses ventes.
Par Publié par Cédric Michelin
122992--P_Nugues.JPG
Pascal Nugues est installé depuis sept ans à Beaubery. Autrefois tenue par ses parents, l’exploitation couvre 96 hectares sur lesquels sont conduites 82 vaches charolaises. L’essentiel de la production est vendu en maigre, excepté les meilleures femelles qui sont engraissées. Depuis l’installation de Pascal en 2005, la surface exploitée n’a pas évolué. En revanche, une stabulation a été construite en 2009, en même temps qu'a été réalisée la mise aux normes des bâtiments.
Le jeune éleveur est toujours resté vigilant sur les postes de dépense. Pour cela, il attache beaucoup d’importance à l’analyse économique de son exploitation. Sa comptable - Sandrine Martinot d’AS 71 - suit l’entreprise depuis l’installation. Un avis précieux qui guide les choix de l’exploitant.

Mécanisation : pas de folie !


Dans sa stratégie, Pascal est très attentif à ses frais de mécanisation. Ici pas d’automoteur rutilant de technologie ! Le tracteur le plus récent a neuf ans et les puissances vont de 42 à 85 chevaux seulement ! La plupart des équipements sont achetés d’occasion. L’éleveur réalise un maximum d’entretien par lui-même. Soigneux, il fait en sorte de faire vieillir son matériel, espaçant ainsi les investissements. Moins gros, les tracteurs - qui sont « adaptés à la taille humaine de l’exploitation » - sont aussi moins gourmands en carburant. Un simple C15 fait office de véhicule de ferme.

Autoconstruction


A la conception de son bâtiment, Pascal a d’abord fait en fonction de ce qu’il pouvait financer. Tout a été mis en œuvre pour concilier l’aspect fonctionnel au coût. Et surtout, l’éleveur a eu recourt à un maximum d’autoconstruction, quitte à y passer beaucoup de temps et à se faire aider par son entourage. Cette année, Pascal va bétonner trois mètres de l’aire d’exercice située derrière la stalle d’alimentation. Et cela dans l'objectif de pouvoir racler une partie de la stabulation et d'ainsi économiser de la paille en litière.

Autonomie plutôt que PHAE


Autre poste stratégique : l’alimentation. « Grâce à mes huit hectares de céréales et mes trois hectares de maïs, j’essaie de produire mon énergie. Je fais aussi un peu de luzerne, récoltée en ensilage et en foin. Avec un bon chaulage, la luzerne vient bien chez nous et elle se défend bien en période de sécheresse. Cela nous permet d’avoir un fourrage de valeur en limitant les achats de concentrés azotés », explique Pascal. Sur les terrains acides et séchants de l’exploitation, les cultures permettent de renouveler les prairies. Les céréales fournissent l’équivalent de deux camions de paille. L’ensilage d’herbe sécurise les stocks fourragers. Cette année, Pascal teste sur ses terres du seigle hybride. Une céréale bien adaptée aux terrains granitiques du secteur et très productive en paille.
Pour pouvoir disposer de ces cultures, l’éleveur a du renoncer à la prime à l’herbe, la PHAE. Une solution qui lui procure davantage de souplesse et d’autonomie, estime-t-il. « Pour respecter le chargement donnant droit à la PHAE, je devrais avoir une dizaine de bêtes de moins. Et cette contrainte oblige parfois à vendre des animaux dans l’urgence ou encore à acheter beaucoup d’aliments à l’extérieur », confie Pascal. Un raisonnement validé par sa comptable.

Plus de surveillance, moins de frais véto


Pascal ne néglige pas non plus les animaux. Son père lui a laissé un bon cheptel et le fils fait en sorte d’optimiser ce patrimoine. Dans les coûts de production, Pascal fait attention aux frais vétérinaires. Sa devise est de maîtriser au mieux le sanitaire, ce qui passe avant tout par de la surveillance : la prévention étant le meilleur des remèdes, estime Pascal. C’est dans cette optique qu’une caméra va prochainement être installée dans la stabulation des vaches.

S’adapter au marché


Pascal fait en sorte d’adapter sa production au marché, quitte à changer de conduite selon les années : alourdir des broutards par exemple. Pour les mâles, l’éleveur cherche à avoir une production homogène et démarrant plus tôt dans l’année (avec étalement des vêlages). La génétique tient son rôle. « Je recherche le bon compromis entre la conformation et le format. Mais je privilégie toujours des animaux à bon grain de viande ; des bêtes qui prennent de la viande dès qu’on les nourrit. Les animaux de qualité se défendent toujours mieux à la vente », explique Pascal. Au pré, les broutards reçoivent une complémentation rationnée. Pour économiser des aliments, l’éleveur fait très attention à la valeur laitière de ses vaches : le lait des mères étant l’aliment le moins cher pour produire un broutard, rappelle Pascal.

Garder la main sur les ventes


Dernier volet sur lequel le jeune éleveur se montre intransigeant : la commercialisation. Que ce soit à sa coopérative ou à un négociant, Pascal veut « garder la main sur la vente de mes produits ». Un poste tout aussi stratégique que d’autres à ses yeux. L’éleveur se réservant ainsi la possibilité de faire jouer la concurrence et de défendre son prix. C’est un peu dans cet ordre d’idée que Pascal s’est mis à la vente directe il y a trois ans. « Ce qui me dégoûtait, c’est qu’il n’y avait pas d’écart de prix entre une bonne bête et une moyenne. Grâce à mon frère qui vit sur Lyon, j’ai eu l’opportunité de me faire une clientèle là-bas. Je fais abattre, découper, emballer sur Paray. Je me charge de la livraison sur Lyon en containers isothermes », explique Pascal. Sur les quelques génisses écoulées ainsi, la plus-value est au rendez-vous : environ 250 € de plus par animal estime sa comptable. En prime, le jeune éleveur confie sa satisfaction « de s’entendre dire que sa viande est bonne » et aussi le fait de sortir du contexte de sa ferme. Si Pascal aime son métier, il estime que celui-ci doit avant tout lui procurer un revenu. C’est pour cette raison qu’avec les conseils d’AS 71, le jeune éleveur veille scrupuleusement sur ses coûts de production et ses ventes.


L'analyse stratégique par Lionel Bourges d'AS 71


L’exploitation de Pascal est orientée vers la production de bovins viande de race charolaise. Il exploite 96 ha, dont 7 ha de céréales destinées à l’autoconsommation et 5 ha de maïs pour engraisser ses animaux. L’orientation de ses débouchés est mixte avec vente des mâles en broutards alourdis. Au niveau des femelles, hormis les génisses destinées au renouvellement, une dizaine de femelles avec un bon potentiel viande peuvent être engraissées. Les autres génisses avec moins de potentiel sont vendues en laitonnes. Au niveau des réformes, les 2/3 des vaches - ayant un véritable potentiel - sont engraissées.
L’étude du coût de production montre que Pascal a produit 48.000 kg de viande vive sur l’exercice 2011, soit une production de 345 kg vifs par UGB. Ces premiers chiffres montrent une bonne efficience, puisque les exploitations de même type produisent entre 290 et 320 kg vifs par UGB.
Pour évaluer le coût de production, l’ensemble des charges de l’exploitation ont été retenues en ajoutant une rémunération du capital de 1,5 % et une rémunération du travail de l’éleveur à 1,5 Smic net. L’approche du coût de production sur l’exploitation se situe à 298 € pour 100 kg vifs produits. En Saône-et-Loire (sur les bases 2010), les exploitations bovins viande affichaient un coût de production nettement supérieur avec 365 €. Les éléments significatifs qui constituent le coût de production pour 100 kg de viande vive sont :
- les aliments du bétail pour 34 € (moyenne à 35 €) ;
- les frais de mécanisation pour 38 € (62 €) ;
- les frais de bâtiments et foncier pour 41 € (50 €) ;
- les frais généraux pour 25 € (41 €).

Un accompagnement régulier


Les produits de l’atelier bovins viande sont quant à eux de 308 € pour 100 kg vifs contre 330 € pour la moyenne départementale. Ce qui signifie que dans l’élevage de Pascal, les produits permettent de couvrir les besoins, ce qui n’est pas le cas de tous les éleveurs allaitants du département. Si Pascal dégage 1,85 Smic par unité de travail annuel non salarié (UTANS), en Saône-et-Loire on atteint généralement que 0,8 Smic/UTANS.
Avec l’accompagnement régulier de Sandrine Martinot, sa comptable-conseil de l’association de gestion et de comptabilité AS 71, Pascal s’attache à rendre son système le plus cohérent possible pour ne pas s’éloigner de ses finalités.
Les bons résultats sont liés à une réflexion de longue haleine. En effet, avec Sandrine, une analyse des chiffres est faite régulièrement. Ce n’est pas seulement les approvisionnements (aliments, engrais…) qui sont pris en compte, mais également les charges fixes avec une attention particulièrement sur le poste mécanisation et bâtiments. Les investissements matériels sont réalisés avec réflexion et le suréquipement est déconseillé sur l’exploitation. La construction récente d’une stabulation pour les vaches a été effectuée selon des critères techniques souhaités par Pascal, mais à partir d’un potentiel de financement strict (niveau d’annuités) défini avec sa comptable-conseil.
Maîtriser les performances technico-économiques, c’est bien, mais il ne faut pas oublier de valoriser ses produits. Pascal veille à produire des types et des poids d’animaux qui correspondent aux besoins du marché, il a même fait le choix de développer la vente directe depuis 2010 puisqu’il a commercialisé six bovins par ce circuit en 2011. Le système est même moins dépendant des aides (92 € contre 120 € pour la moyenne) puisqu'il a été fait le choix, par exemple, de ne pas s’engager en PHAE2 pour produire des cultures en vue de rendre l’exploitation plus autonome vis-à-vis des achats extérieurs.
A l’avenir, Pascal ajustera si nécessaire son système à l’évolution du marché et/ou de la Pac.



Images