Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Marché de Saint-Christophe

Le cadran tient ses promesses 

La création d’un marché au cadran à Saint-Christophe a indéniablement donné un nouveau souffle au célèbre marché brionnais. Grâce à une modernisation réussie, le marché de Saint-Christophe a su renouer avec son rayonnement d’antan. Bilan d’un premier exercice de fonctionnement.
120084--AG_cadran.jpg
La société d’économie mixte (SEM) du marché de Saint-Christophe-en-Brionnais tenait sa première assemblée générale le 30 juin dernier. La SEM a vu le jour le 3 juin 2009 au moment de l’ouverture du marché au cadran. Cette structure juridique a pris le relais de la communauté de communes qui gérait jusqu’alors le marché sous sa forme traditionnelle. La SEM est constituée des quatorze communes de la communauté de communes du canton de Semur-en-Brionnais auxquelles il faut ajouter, parmi les actionnaires, la chambre d’agriculture, la chambre de commerce, le conseil général et quelques apporteurs privés. Le capital de la SEM s'élève à 100.000 €. Cette structure gestionnaire du marché de Saint-Christophe emploie au total 29 personnes pour un peu plus de 12 équivalent temps plein.

Hausse d’activité de + 42% !


Le 30 juin dernier, les sociétaires dressaient le bilan de leur premier exercice. Exceptionnellement, la durée avait été étendue à 19 mois pour caler les exercices à venir sur l’année civile. Depuis qu’il est ouvert, le nouveau cadran a donné un véritable second souffle au marché de Saint-Christophe. « Depuis l’ouverture, on enregistre une augmentation constante à la fois des effectifs apportés, du nombre d’apporteurs que du nombre d’acheteurs. Les effectifs sont ainsi passés de 44.763 en 2009 à 63.414 animaux en 2010, ce qui équivaut à une hausse de +42 % en un an », détaille Jacky Buisson, directeur de la SEM. Ce regain d’intérêt fait désormais de Saint-Christophe le quatrième marché en France par le nombre de bovins, derrière Bourg-en-Bresse (premier, avec près de 77.000 animaux) et devant Moulins-Engilbert (60.000 animaux, 6e).
Cette hausse globale masque cependant une baisse annuelle du marché des animaux de viande (12.000 têtes sur le dernier exercice). Celui-ci –qui a conservé son fonctionnement de gré à gré– souffre d’une érosion de l’ordre de -10 à -15 % par an. Pour Jacky Buisson, cette tendance provient en partie de la différence de modalité de paiement entre le gras et le maigre. Au marché de gré à gré, les animaux de viande sont encore payés à trois semaines tandis qu’au cadran le maigre bénéficie d’une garantie de paiement sous 48 heures. Une sécurité qui séduit grandement les éleveurs, surtout en pleine crise économique, et ce notamment, après la faillite de l’un des acheteurs majeurs du marché de Saint-Christophe. A cela, il faut bien entendu ajouter un recul de l’engraissement lié aux coûts d’alimentation, à la viande sous payée et à un prix du maigre plus avantageux. Ce recul du marché du gras amène cependant les responsables de la SEM à envisager « un essai de sécurisation de paiement » sur le marché de gré à gré, confie Jacky Buisson. Autre évolution évoquée, la plage horaire du marché du gras pourrait être aménagée en milieu de journée (le mercredi), de sorte à ne plus se dérouler en même temps que les ventes au cadran, lesquelles auraient lieu ainsi avant (export) et après (animaux de plus de 2 ans).

Succès auprès des éleveurs


C’est à la mise en place de la vente au cadran du maigre que le marché de Saint-Christophe doit son regain d’intérêt. Depuis l’ouverture du nouveau marché, plus d’un millier d’apporteurs ont été recensés. Lors du premier semestre 2011, le marché a enregistré cent nouveaux apporteurs qui sont tous des éleveurs, se félicite Jacky Buisson. Ce constat traduit le succès du cadran auprès du monde de l'élevage. Si ce sont bel et bien les commerçants qui ont contribué à lancer le marché à son ouverture, désormais, les éleveurs représentent au moins la moitié des apporteurs. 80 % sont de la Saône-et-Loire,13 % proviennent du département de la Loire, tout proche. Quant aux autres apporteurs, ils sont issus de l’Allier (3 %), du Rhône (1 %) et de différents départements des régions limitrophes, voire même d’ailleurs (2 %).
Le nombre d’acheteurs inscrits progresse lui aussi. Sur les 19 premiers mois d’activité, le cadran en a enregistré 325. Leur nombre progresse au rythme de 2 à 3 nouveaux par mois. Fin juin, le chiffre atteignait 335 en provenance de la France entière. « Chaque mercredi, 120 acheteurs sont présents en moyenne à Saint-Christophe. Le matin, pendant la vente export, 50 % des pupitres sont occupés. Mais le taux d’occupation atteint 75, voire 100 %, lors de la vente des animaux de plus de deux ans », indique Jacky Buisson. Si la plupart des animaux sont achetés par des exportateurs français qui les réacheminent ensuite vers l'Italie, certains camions partent directement pour l’Espagne. Le directeur du cadran signale en effet que le marché vient de se faire agréer pour l’export et, de ce fait, permet des expéditions en direct. Spécificité de Saint-Christophe, beaucoup d’acheteurs y viennent pour l’offre en taurillons d’herbe.

Un premier exercice bénéficiaire


Pour ce qui est du bilan financier, la SEM est parvenue à réaliser un premier exercice bénéficiaire. Ce qui est bien pour un démarrage, qui plus est en temps de crise, estiment les responsables. De fait, depuis l’ouverture, mois par mois, les prix de vente moyens sont significativement inférieurs à ceux de l’année précédente. Un tassement qui reflète bien l’état des chiffres d’affaires des exploitations d'élevage, commente Jacky Buisson. Quant au chiffre d’affaires global de la SEM, il est de près de 1,5 million d’€ pour 19 mois d’activité. La part du marché au cadran représente 76 %, celle du marché traditionnel 9 % de ce montant. La SEM verse un loyer à la communauté de communes « d’un montant correspondant aux échéances des emprunts pour la construction du nouveau marché », précise Jacky Buisson. Cet « affermage » équivaut à 14 % des charges de la structure. Les frais de personnel représentent, quant à eux, près de la moitié des charges. Un poste complexe à gérer : le travail au cadran est en effet très concentré autour du jour de la vente. La hausse des effectifs en bétail entraîne un besoin de main-d’œuvre croissant. Et bien que rénové, la configuration actuelle du marché n’est qu’une adaptation de l’existant. Conséquence, la fonctionnalité du site n’est sans doute pas des plus optimales, d’où des manipulations supplémentaires. « Lorsque nous battons notre record d’affluence (1.470 animaux le 6 juillet dernier), nous atteignons les limites de nos capacités en termes d’organisation. L’idéal, c’est d’avoir 1.100 à 1.200 bêtes, de sorte que la vente puisse se dérouler entre 6 h et 17 h », explique Jacky Buisson.
Au terme du premier semestre 2011, la hausse d’activité du marché de Saint-Christophe atteint déjà +18 % par rapport à 2010. Malgré la poursuite de la progression, les responsables du cadran brionnais affichent une certaine prudence. La jeune structure n’a encore qu’un seul exercice d’existence et il faut désormais voir comment évoluent les chiffres sur le long terme. Néanmoins, les responsables de la SEM sont tout de même satisfaits de constater que le cadran brionnais semble rayonner de plus en plus sur l’Est de la France. Autre fierté pour le marché de Saint-Christophe, l’expérience saône-et-loirienne inspire un certain nombre de projets. C’est le cas des Hérolles dans la Vienne ou de Mauriac dans le Cantal, dont les responsables sont venus visiter le cadran brionnais. Plus encore, des Belges et même des Hollandais sont venus prendre des idées à Saint-Christophe...

Images