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Agrioccasions, les occasions agricoles
Cluster

Le cas de la filière viti-vinicole

L’appartenance d’une entreprise à un cluster offre des avantages
concurrentiels désormais bien mis en évidence. La concentration
géographique de structures publiques /privées inter-reliées dans un
champ sectoriel donné est favorable à la création d’une communauté
d’acteurs partageant dans un environnement commun, une même culture et
contribuant à un développement économique profitable à tous. Pour
analyser les bénéfices d'un cluster, une équipe
de recherche a dressé une
typologie des ressources, dont la pertinence a été confirmée par une
étude du cluster Serra Gaùcha, spécialisé en viti-viniculture au Brésil.
Par Publié par Cédric Michelin
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Les ressources partagées au sein d’un cluster sont de deux types : d’une part les ressources (systémiques) accessibles à toutes les firmes du cluster et d’autre part, les ressources (d’accès) réservés aux seules firmes capables de tirer profit des nouvelles connaissances partagées et d’en mesurer la valeur stratégique. En effet, l’entreprise doit être en mesure d’exploiter les opportunités de son environnement tout en neutralisant ses menaces. Ce n’est qu’à cette condition que les ressources du cluster amplifient les forces internes de la firme et développent ses avantages compétitifs selon un processus interne de création de valeur.

Pour mieux cerner les avantages compétitifs retirés de la participation à un cluster, l’équipe de recherche a identifié et classé les ressources potentiellement stratégiques, sachant que le caractère "stratégique" d’une ressource est propre à chaque firme. Cinq catégories de ressources, étroitement reliées et se renforçant l’une l’autre de façon synergique, ont été évaluées à l’aide d’entretiens menés auprès d’acteurs du cluster viti-vinicole Serra Gaùcha du Brésil.

La typologie met en évidence des ressources institutionnelles, reflet des capacités organisationnelles, politiques et technologiques (structures publiques de gouvernance, organismes de recherche et de formation, organisations professionnelles) ; la mobilisation d’un capital spécialisé (accès des firmes aux ressources spécialisées propres au cluster : fournisseurs, conseils marketing, finances) ; la constitution d’un capital social basé sur les relations de confiance et le partage de valeurs développées au sein du cluster, facilitant les échanges formels et informels au sein du réseau (diffusion de connaissances et de savoir-faire) ; les ressources naturelles (composantes de l’environnement favorables au développement d’une viticulture de qualité : climat, sol et gestion durable de l’eau, attractivité du paysage viticole) et enfin la constitution d’un capital réputationnel (identité forgée par le réseau et portée hors de sa région d’origine, telle que la reconnaissance qualitative des vins et labellisation – AOC, DOC, IGP… –, le développement d’activités d’oenotourisme, les relations synergiques entretenues avec les milieux de la gastronomie, de la culture, des arts et de l’histoire).

Les acteurs du cluster ont livré leur perception de la contribution réelle ou potentielle de chaque ressource apportée par le cluster à la création de valeur, sur une échelle d’évaluation de 4 degrés allant de "pas importante" à "très importante".

Les résultats mettent en évidence le profil stratégique des ressources. Celles qui apportent aux acteurs les avantages concurrentiels les plus durables, révèlent les forces du cluster, parmi lesquelles : l’esprit d’entreprise (capital social), les équipements locaux facilement disponibles pour les vinificateurs, le partage de connaissances et de savoir-faire (spécialisation du capital), l’association de professionnels et les échanges locaux (capital institutionnel), le capital réputationnel du cluster (vin de qualité, importance de la région d’origine, terroir), ainsi que le capital naturel (ressources en eau, paysage viticole).

Les ressources qui présentent un profil de moindre intérêt constituent en quelque sorte les lacunes du cluster sur lesquelles des efforts doivent être portés : services financiers, activités de consulting et de marketing, accessibilité au partage des connaissances et savoir-faire technologiques (spécialisation du capital) rendus par le cluster, pratiques durables en viti-viniculture (capital réputationnel).

Cette recherche a permis de démontrer d’une part la robustesse de la typologie des ressources et sa pertinence et d’autre part à faire valoir son usage comme outil d’analyse de la performance d’un cluster. La grille d’analyse mise au point devrait être appliquée à d’autres clusters viti-vinicoles dans le monde (notamment Australie, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis, Espagne, Portugal, Italie), dans un objectif de "benchmark" international.

Contact :
Jean-Louis RASTOIN
[email protected]
Inra
Montpellier SupAgro – Unité de recherche MOISA
2 place Viala
34060 MONTPELLIER CEDEX 1
Tél : 04 99 61 25 51