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Agrioccasions, les occasions agricoles
Elevage français

Le déclin n’est pas inéluctable

Si la filière française a souffert d’un manque de compétitivité qui
expliquerait l’érosion des positions à l’export et une forte pénétration
des importations sur le marché français, l’élevage bovin français
retrouve des couleurs à l’exportation depuis quelques mois. Zoom.
Par Publié par Cédric Michelin
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La consommation française de viande, notamment celle de viande bovine, ne cesse de diminuer depuis plusieurs décennies dans notre pays. Et les positions françaises continuent de s’effriter à l’export, qu’il s’agisse de viandes de volaille, de porc ou de viande bovine tandis que les importations continuent, elles, de progresser sur notre propre marché, notamment dans la restauration hors foyer...
« La viande française deviendrait-elle un produit de luxe ? » s’est interrogé l’Association française des journalistes agricoles qui a réuni professionnels et observateurs sur ce thème, le 7 décembre dernier. Il est vrai que le diagnostic est partagé. Le bœuf - du moins les morceaux nobles - pèse dans le panier de la ménagère. Question de prix certes, mais aussi modification profonde des habitudes alimentaires. Les attaques contre la viande des associations de défense des droits des animaux, les discours nutrition santé deviennent de plus en plus prégnants. Et « les choses ne sont pas prêtes à changer, estime Pascal Maisant, spécialiste de l’économie des viandes et membre de l’Académie des viandes « quand on voit l’effondrement des achats de viande chez les jeunes générations ». Alors, la faute aux intermédiaires qui s’en mettraient « plein les poches » quand on observe l’écart grandissant entre les prix à la production qui stagnent et les prix au détail ? Professionnels et observateurs s’inscrivent en faux contre cette assertion. « Il n’y a pas de trésor caché » rétorque Dominique Langlois, président d’Interbev et de la Fédération nationale des industries et du commerce en gros des viandes. Une analyse confirmée par Philippe Chalmin, le président de l’Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires : « l’élevage allaitant ne couvre pas ses coûts de production, l’industrie est subclaquante (en passe de mourir, ndlr) et les distributeurs ne margent pas énormément sur la viande ».

Compétitivité ou disponibilité


Les uns et les autres mettent en avant, en revanche, le manque de compétitivité des filières françaises, lequel s’explique d’abord par le coût de la main-d’œuvre plus élevée chez nous qu’Outre-Rhin (boucher polonais en Allemagne, 35 heures chez nous…). Philippe Chalmin évoque les conséquences néfastes des différentes mesures sanitaires imposées à la suite de la crise de l'ESB ainsi que le renchérissement des coûts de distribution, les Français consommant de plus en plus de produits élaborés.
Dominique Langlois pointe, quant à lui, l’accumulation des charges qui pèsent sur les abatteurs et les distorsions qui subsistent encore avec nos partenaires sur les règles sanitaires plus sévères chez nous qu’ailleurs.
Mais les choses seraient en train de changer, estiment les éleveurs, du moins à l’exportation. « La question ne se pose pas aujourd’hui en terme de compétitivité, mais de disponibilité », observe Patrick Benezit, vice-président de la Fédération nationale bovine et président de la FDSEA du Cantal. Et l’éleveur du Massif central de mettre en avant les formidables opportunités qui s’ouvrent actuellement à l’élevage français. La France profite en effet actuellement du retrait de l’Argentine, du Brésil, des Etats-Unis des marchés internationaux pour exporter massivement en Turquie et en Afrique du Nord. Elle pourrait en faire davantage si les producteurs sinistrés par la crise n’avaient pas décapitalisés. « Il y a 100.000 veaux qui ne naîtront pas. Il est temps de remettre en production », assène-t-il. Un message d’optimisme qu’il aimerait faire partager...