Le monde aura besoin de toutes les agricultures
intensification à l’hectare pour limiter l’extension des surfaces
cultivées et préserver les espaces naturels, ou systèmes agricoles moins
intensifs, plus attentifs à la protection de la nature associés à une
progression des surfaces cultivées, les politiques agricoles auront un
rôle majeur à jouer pour accroître la production tout en prenant en
compte les exigences environnementales.
Le CEP distingue deux grandes familles de scénarios : des scénarios de nature tendancielle relativement optimistes et des scénarios de rupture par la prise en compte plus forte de contraintes environnementales et sociales. Les scénarios tendanciels supposent une forte augmentation de la production agricole d’ici 2050 induite notamment par une augmentation de la consommation de viande. Ces scénarios font également l’hypothèse d’une forte augmentation des rendements agricoles associée à une faible extension des surfaces cultivées. A l’inverse, les scénarios de rupture reposent en général sur une augmentation plus faible des rendements mais une hausse des surfaces plus fortes. En général ces scénarios préconisent des régimes alimentaires moins carnés, se traduisant par une augmentation des besoins agricoles plus faibles.
La question du modèle alimentaire
Du fait de l’amélioration des niveaux de vie et du développement de la consommation de viandes, l’augmentation de la demande alimentaire mondiale nécessite en général une croissance bien supérieure de la production végétale. Cela est en grande partie du à la part importante prise par l’alimentation des animaux : le nombre de calories végétales nécessaire pour produire une calorie animale varie en effet de 2 à 5 selon les zones concernées, le type de production animale (ruminants ou monogastriques) et le système technique utilisé. Actuellement, plus du tiers des calories végétales (hors pâtures) sert à l’alimentation animale, et ce chiffre monte à 58 % dans les pays de l’OCDE. Bref, la généralisation du modèle alimentaire des pays de l’OCDE - s'il devait avoir lieu - exigera une forte amélioration des rendements selon les modèles tendanciels. De l’ordre de 70 % en moyenne. L’essentiel des gains de production étant à attendre dans les pays en développement, surtout en Afrique et en Amérique latine ainsi que dans les pays de l’ex Union soviétique. L’amélioration sera certainement moindre en Asie, et dans tous les pays développés, notamment en Europe, compte tenu des contraintes environnementales et du niveau d’intensification déjà atteint.
Des limites fortes
Ceci étant la croissance des rendements envisagés se heurte à des limites fortes. D’une part, comme la FAO le souligne, cette augmentation s’est essoufflée au cours de la dernière décennie dans de nombreux pays. D’autre part l’extension des surfaces cultivées ne peut se faire que sur des terres à moindre potentiel tandis que la dégradation des terres déjà cultivées limite également les accroissements futurs. En outre, la raréfaction des ressources hydriques constitue également un frein important. Sans parler du changement climatique qui va accentuer les risques et accélérer la dégradation des terres (désertification, salinisation, montée des eaux). Il pourrait s’accompagner même d’une diminution des rendements dans les zones tropicales où les plus forts gains sont attendus. Enfin il est de plus en plus reconnu que les recettes du passé (révolution verte) ont montré des limites environnementales et sociales fortes. En Inde notamment.
C’est pourquoi la plupart des exercices de prospective parient plutôt sur des scénarios alternatifs et privilégient une moindre croissance des rendements compris entre 7 % et 49 % selon les scénarios et un accroissement plus important des superficies cultivées.
L’enjeu des terres
Coté surfaces d’ailleurs, celles-ci ont augmenté de 12 % en cinquante ans une évolution qui n’est pas considéré comme très importante. Selon les scénarios étudiés, les estimations varient entre une augmentation modérée inférieure à 10 % de la surface cultivée actuelle (soit entre 70 et 140 millions d’hectares), pour les projections supposant une augmentation forte des rendements. Ou de l’ordre de 20 % (291 à 361 millions d’hectares) pour les scénarios alternatifs associés à de moindres progrès de rendements.
Quoiqu’il en soit, ces augmentations sont inférieures au potentiel d’accroissement des terres cultivables non cultivées, estimé à 1 milliard d’hectares. Car les études intègrent les nombreuses controverses que soulève l’extension des surfaces cultivées. A savoir que les mises en culture se font souvent au détriment des pâturages ou du bois de chauffe. Sans oublier les impacts environnementaux négatifs sur la biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre liés au retournement des pâturages. Ou les contraintes socio-économiques en l’absence de politiques foncières adaptées pour sécuriser les droits d’usage locaux.