Le pâturage, pièce maîtresse en AOC !
Sur cette exploitation aux terrains typiquement brionnais, l’herbe est au cœur du système. Louis-Henri Gondard ne fait pas de culture, aucun ensilage, aucun enrubannage. L’alimentation des animaux est exclusivement basée sur le pâturage et le foin, une particularité qui a permis à l’élevage de s’inscrire naturellement dans le cahier des charges de l’AOC Bœuf de Charolles.
« Cueillir le fruit quand il est mûr »
« Dans le Bœuf de Charolles, le pâturage est la pièce maîtresse. Ce qui compte, c’est la façon de faire passer les bêtes de parcelles en parcelles et de savoir cueillir le fruit quand il est mûr ! », explique d’emblée Louis-Henri Gondard. A l’aube de leur troisième printemps au pré, les génisses destinées à la filière AOC sont lâchées aux environs du 10 mars à raison de deux bêtes seulement par pré. « Les femelles les plus avancées dans leur état vont dans les meilleurs prés. Au bout de trois semaines, je retrie parmi les moins avancées les meilleures pour les mettre, à leur tour, dans les très bonnes prairies. L’objectif, c’est de valoriser l’herbe. Plus elle est courte, meilleure elle est. Il ne faut surtout pas se laisser dépasser, sinon l’herbe devenue trop longue vieillit et perd de sa valeur. Dans des terrains comme les nôtres, en pleine pousse de printemps, c’est une gestion au jour le jour ! », indique l’éleveur.
Le potentiel des prés d’embouche
Ce savoir-faire est directement hérité de la tradition d’embouche du Brionnais. De fait, à l’image de Louis-Henri, les éleveurs du secteur ont conscience du potentiel exceptionnel de leurs prés et ils savent en exploiter les ressources. Sur son exploitation, Louis-Henri fait le choix de ne pas conserver les culardes, trop « fastidieuses à engraisser » à son goût et se valorisant assez bien maigres. L’éleveur préfère au contraire « finir » des bêtes plus « ordinaires » dotées d’un bon potentiel génétique : « une bête classée R =, peu conformée, aurait peu de valeur commerciale en maigre. Mais grâce à nos terrains, nous pouvons arriver à la faire changer de catégorie en la transformant en R + ».
Fumier, pâturage et fauche
L’exploitation de Louis-Henri est entièrement en prairies naturelles sur « des terrains à dominante argilo-calcaire avec une bonne dose d’argile ». Même si aucun retournement de parcelles n’est pratiqué, ces prairies bénéficient d’un entretien rigoureux. Un hersage est pratiqué au printemps lorsque le temps le permet (aération du sol sur 1 à 2 cm de profondeur, étalement des taupinières, nivellement). « On essaie d’améliorer la qualité de l’herbe par l’épandage de fumier, le pâturage et la fauche », indique Louis-Henri. Une technique qui s’avère efficace puisque l’éleveur a pu constater que la production des prairies pouvait être augmentée grâce à ces leviers. Les prés de fauche sont retirés du pâturage vers le 10 - 15 mai. « Cela nous permet de récolter des foins dignes d’une seconde coupe, à une période propice à la fenaison (fin juin, début juillet) », confie l’éleveur.
Complémentation limitée
Abattues entre 32 et 36 mois d’âge, les génisses "Bœuf de Charolles" sont finies essentiellement à l’herbe. A l’issue de leur dernière saison de pâturage, Louis-Henri fait en sorte de les soigner pour les rentrer « en bon état corporel à l’étable ». Après avoir reçu la meilleure herbe de l’exploitation, elles bénéficient alors du meilleur foin complémenté d’un aliment à base de tourteau de lin. Une complémentation peu poussée puisqu’à l’herbe, les femelles ne reçoivent que 2 à 3 kg de concentrés par jour, les prés d’embouche assurant le reste ! Les bêtes ainsi produites par Louis-Henri donnent des carcasses d’environ 400 kg de conformation R + ou U -. La plus-value obtenue est d’environ 0,34 € du kilo. Au-delà de l’aspect purement économique, la filière AOC Bœuf de Charolles permet à l’éleveur de valoriser un véritable savoir-faire en matière d’exploitation de l’herbe. Un héritage traditionnel qui se révèle pourtant terriblement d’actualité dans la lutte contre la hausse des charges et au regard du développement durable.
AOC Bœuf de Charolles
81 espèces végétales différentes identifiées
Reconnu AOC l’an dernier, le cahier des charges du Bœuf de Charolles impose aux exploitations adhérentes un minimum de 80 % en herbe. Au moins 66 % de ces surfaces doivent être des prairies permanentes. Chaque exploitation doit justifier de la présence de "prés d’engraissement" bien identifiés. Ces parcelles doivent notamment être dotées de sols profonds, de surfaces conséquentes et d’une qualité d’herbage avérée avec légumineuses et graminées. La préservation des haies et les "bonnes pratiques" de l’éleveur sont également prises en compte. La limite du chargement est fixée à 1,2 ha par vêlage. « L’étude des prés d’engraissement de la zone d’appellation révèle une moyenne de 21 espèces végétales par parcelle avec une bonne proportion de légumineuses. Au total, 81 espèces différentes ont été identifiées dans le Charollais-Brionnais. Ces plantes ont des floraisons qui s’étalent sur l’ensemble de la période de pâturage ce qui confère une valeur nutritive qui tient bien dans le temps. Fin 2010, nous avions identifié 785 parcelles d’engraissement en AOC », confie Eléonore Sauvageot, du syndicat de défense du Bœuf de Charolles.