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Agrioccasions, les occasions agricoles
Interview de Jérôme Despey sur la crise des fruits et des légumes

« Le plan de soutien doit être aménagé »

Ou en est la mise en place du plan annoncé par Bruno Le Maire, le 7 septembre dernier ?
Par Publié par Cédric Michelin
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Jérôme Despey : Nous l’avons déjà dit : le compte n’y est pas, notamment sur le volet conjoncturel. Les 15 millions annoncés et les mesures d’allègement des charges aideront certains, mais trop peu, à passer un cap difficile, mais pour les entreprises en grande difficulté, et elles sont nombreuses, nous attendons d’autres réponses. Nous demandons au ministre de l’Agriculture de continuer à se battre à Bruxelles pour honorer ses engagements du mois de juin et pour obtenir un financement communautaire à la hauteur des besoins de restructuration du secteur, à l’instar de ce que la profession viticole a su mettre en œuvre. Les producteurs ne peuvent pas se contenter de promesses. Ceci étant, il nous appartient de nous mobiliser pour faire remonter le plus rapidement possible un bilan des situations économiques des producteurs en mettant en exergue les éléments d’inadaptation du plan avec les besoins urgents des producteurs de fruits et de légumes.

Comment aller vous procéder ?

JD :
Nous demandons à tous nos responsables locaux de porter à la connaissance des producteurs les différentes mesures annoncées afin que tous ceux qui sont concernés puissent déposer un dossier le plus rapidement possible. Il leur appartiendra d’exiger au plus vite les réunions des commissions départementales chargées de l’instruction des dossiers. C’est à partir de là que nous pourrons sensibiliser les pouvoirs publics, les parlementaires sur le plan local. De façon à faire remonter dans les plus brefs délais aux instances nationales l’état des besoins, l’adéquation des enveloppes à renégocier, les situations les plus urgentes à prendre en compte, les freins relevés ainsi que les insuffisances du plan.

Le volet structurel est-il plus satisfaisant ?

JD :
Au-delà des mesures conjoncturelles, il est impératif de redonner des perspectives de l’espoir aux producteurs de fruits. La seule issue consiste à renforcer notre compétitivité. Cela passe d’abord par l’allègement du coût du travail. Nous avons déjà eu, grâce à notre mobilisation, une réponse sur les travailleurs occasionnels. Nous devons avoir maintenant des actes sur les travailleurs permanents. Nous avons pris acte de l’engagement du gouvernement de réduire le coût de l’heure travaillée à partir du 1er janvier prochain. Mais nous n’échapperons pas à un débat plus vaste sur la question du coût du travail en France avec le lancement d’une réflexion sur la TVA sociale ou anti-délocalisation. Notamment dans la perspective de l’élection présidentielle. Retrouver la compétitivité, c’est aussi éliminer les concurrences déloyales, qu’il s’agisse du non respect des normes, des pratiques commerciales abusives et obtenir de vraies évolutions sur le droit de la concurrence à l’échelle européenne pour renforcer le pouvoir de négociation des producteurs. Enfin, on ne peut oublier que le marché des fruits et des légumes est un marché européen soumis à des crises de marché fréquentes et qu’à ce titre nous avons besoin d’outils de régulation et de gestion de crise innovants et efficaces. Ici aussi, la FNSEA ne se contentera pas d’effets d’annonce. Aussi avons-nous décidé de poursuivre et d’intensifier nos démarches auprès du ministre de l’Agriculture et de sensibiliser la Commission européenne via le Copa. Avec l’objectif précis de faire des propositions communes aux instances européennes qui seraient partagées par nos collègues espagnols et italiens. Sur l’ensemble de ces questions, nous devons continuer à travailler et à agir dans une coordination plus étroite que jamais. La FNSEA invitera dans les prochains jours les Associations spécialisées, les JA et les Fédérations départementales concernées, à se réunir pour discuter des suites à donner à ce plan.