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Agrioccasions, les occasions agricoles
Salon de l’Agriculture 2012 à Paris

Le salon des marques !

Le Salon de l’agriculture de Paris vient de se terminer. La plus grande
ferme de France a connu un nouveau succès... mais à qui cela
profite-t-il vraiment ?
Par Publié par Cédric Michelin
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Évidemment, l’agriculture –notamment les animaux de ferme– a été le principal attrait de cette vitrine de la plus grande ferme de France. Les concours des produits agricoles facilitent la commercialisation, notamment de professionnels à professionnels. Ensuite, avec les élections présidentielles, les médias se sont focalisés et ont surtout diffusé les déambulations des candidats qui cherchaient à plaire à l’électorat agricole, rural et les urbains nostalgiques de leurs racines agricoles. Pourtant, les candidats n'ont ni vraiment écouté, ni fait de véritables propositions. Il faut dire que l'agriculture est un sujet politique qui rassemble. Il n'y a donc pas suffisamment de clivages pour qu'un candidat cherche à se différencier sur ce thème (sic).


Qui communique massivement ?




Pour les industriels de l'agroalimentaire, plus que pour les agriculteurs, les 700.000 visiteurs sont une cible de choix. " Nous souhaitons faire entrer le grand public dans notre univers, du champ à l'assiette ", explique ainsi Christine Delepierre, responsable chez McCain, fabricant de frites. Comme d’autres journaux présents, et faisant eux aussi leurs propres promotions, Metro remarquait même que les industriels cherchent au Salon à « attirer les enfants avec des éléments visuels, colorés et des jeux pédagogiques ». Car, vacances scolaires obligent, des hordes d'enfants (parisiens) viennent au Salon, découvrir les animaux qu'ils voient dans leurs téléviseurs ou les livres. C'est en réalité une véritable bataille pour conquérir le cœur de ces futurs consommateurs…

Le magazine web emarketing.fr va même jusqu'à comparer le Salon de l'agriculture à une vaste « Ferme des marques ». Avant de décrire par le menu, le parcours d’un visiteur parisien ou non : « c'est dès les marches du métro menant au SIA que les annonceurs s'affichent. Cette année, c'est Carrefour que l'on voit partout. En 4 x 3 et sur les contremarches des escaliers de la station Porte de Versailles. Ensuite, on découvre pêle-mêle (parfois avec surprise) des annonceurs comme McDonald's, Kraft Foods, Charal, Danone, Mac Cain, Bel, le PMU et, plus surprenant, Yves Rocher ou Le Petit Marseillais par exemple. Sans oublier une dizaine de petites marques (comme Sill et ses yaourts Malo, les potages La Potagère, le beurre Le Gall…) et, bien sûr, les collectives (produits laitiers, Cedus…) ».

Le service communication de l'enseigne de distribution, derrière laquelle se trouve une des centrales d’achats les plus agressives au monde avec les agriculteurs et autres fournisseurs, explique : « nous sommes pour la troisième année consécutive présents sur le SIA. C'est l'occasion pour nous de redire l'engagement qualité de nos produits frais ». Mais derrière ce discours de façade, les experts en Commerce observent surtout « de grands portraits de producteurs qui humanisent les produits » et l'enseigne de distribution par la même occasion. Les thèmes –du terroir, du Made in France et de la traçabilité des produits– sont à la mode et ce n’est pas la polémique de l’abattage rituel qui dira le contraire. Danone fait de même mais intègre carrément les éleveurs à sa filière. Les éleveurs laitiers passent alors au rang « d’experts » de la marque privée Danone. L’intégration est dès lors totale…

Les bovins sont les vedettes incontestées du salon. Mais, juste à côté des boxes, Charal et McDonald's assurent des milliers de ventes futures.
Chez le géant américain, Delphine Smagghe, vice-présidente développement durable et communication, explique : « nous avons fait la preuve de notre légitimité ici. 76,6 % de nos produits proviennent de la filière agricole française. Nous sommes, comme lors de la première édition, en 2000, dans une démarche de transparence vis-à-vis du grand public. C'est notre méthodologie que nous montrons ». Des démarches louables mais qui amènent à des dérives…
Dans le pavillon dédié aux cultures végétales, le spécialiste de la cosmétique végétale, surprise, Yves Rocher s’exposait au Salon de l’Agriculture. « Nous sommes présents sous l'angle récoltant », indique Élise Rebut, en charge de la communication scientifique et de la biodiversité.
Décidément, pendant une semaine par an, tout le monde revendique son appartenance au terroir agricole à Paris. Pas sûr néanmoins que le reste de l’année, les agriculteurs puissent compter sur eux pour défendre leurs métiers et leurs valeurs…