Sécurité alimentaire mondiale
Les biotechnologies font valoir leurs arguments au Sud
Nous serons un milliard de plus dans le monde à devoir nous nourrir en
2025. Au côté d’un investissement massif dans le secteur agricole des
pays en développement pour accroître leur production, les tenants des
biotechnologies, OGM en tête, font valoir leurs atouts de durabilité
pour l’agriculture du Sud.
2025. Au côté d’un investissement massif dans le secteur agricole des
pays en développement pour accroître leur production, les tenants des
biotechnologies, OGM en tête, font valoir leurs atouts de durabilité
pour l’agriculture du Sud.
« Si les financements sont là pour des semences améliorées et des engrais, nous pouvons accroître considérablement la production agricole en Afrique subsaharienne ; mais ce mode de production est onéreux et n’est pas durable à terme. L’innovation biotechnologique a un grand rôle à jouer dans la recherche de durabilité en agriculture, en réduisant l’usage des pesticides par exemple, et dans la réduction des coûts ». Selon Roger Beachy, Docteur américain en Biologie moléculaire, Directeur de l’Institut américain pour l’Alimentation et l’Agriculture (ministère américain de l’Agriculture) et président fondateur du Donald Danforth Research Center, si l’objectif est « d’arriver à la durabilité de la sécurité alimentaire » mondiale, il n’est pas raisonnable de se priver des biotechnologies, OGM en tête.
L’expert en est convaincu depuis plusieurs années. Il mène entre autres avec le Donald Danforth Center, financé par le groupe Monsanto, des expérimentations en Afrique de l’Est sur un manioc transgénique résistant au virus africain de la mosaïque, dévastateur pour la production agricole de cette zone. Et il s’en est ouvert lors d’un séminaire organisé le 14 juin par le département « Sciences de la vie et santé » d’AgroParisTech et l’Ambassade des Etats-Unis sur le thème : « L’innovation agricole au service de la sécurité alimentaire ». Agnès Ricroch*, enseignant-chercheur d’AgroParisTech et Maître de conférences à l’Université Paris Sud, souhaite aboutir à un Colloque en 2012, à Paris, consacré à l’innovation agricole au service des pays en développement (PED). Avec cette idée : restaurer l’image des plantes transgéniques en France, qui sont « nécessaires aux PED », tout en faisant état des connaissances scientifiques sur leurs impacts environnementaux, économiques et sociaux.
Des politiques agricoles aussi
Il faudra nourrir 8 milliards de personnes en 2025 et 9 milliards en 2050 et donc augmenter très sensiblement la production agricole mondiale. En particulier dans les PED afin qu’ils atteignent une relative souveraineté alimentaire. C’est en Afrique qu’on s’attend en effet à la plus forte croissance démographique. Or « entre un quart et un tiers de la production mondiale est aujourd’hui perdue ou abîmée », souligne Agnès Ricroch, en raison de sécheresses, de ravageurs ou de capacités de stockage trop archaïques par exemple. La recherche américaine en biotechnologie va permettre en 2012 la commercialisation aux Etats-Unis d’un maïs OGM résistant à la sécheresse, et c’est ce type d’argument que font valoir aujourd’hui les tenants des biotechnologies aux agriculteurs de pays du Sud qui manquent de pluies.
Parallèlement, Pierre-Henri Texier, membre du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), qui a passé plus de 30 ans dans des pays du Sud, insiste sur la nécessité de « relancer les politiques d’investissement dans le secteur agricole » au Sud, via la hausse de l’aide publique au développement (APD) agricole et la mise en œuvre de politiques agricoles par les PED. Bernard Barchelier, Directeur de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM)**, renchérit : « Depuis 20 ans, la question agricole est traitée de manière sociale dans les PED et ça n’a pas permis de développer de la valeur ajoutée dans les filières agricoles ». Selon lui, pour l’agriculture africaine aujourd’hui, « la priorité est déjà de la faire bénéficier des technologies existantes (comme la sélection génétique classique, ndlr) et pas forcément des OGM, et d’améliorer les circuits de distribution de semences améliorées ». Même si Bernard Bachelier juge que « des innovations biotechnologiques contre la sécheresse seraient une bonne chose pour l’Afrique de l’Ouest ».
Mauvaise presse
En France, les OGM ont très mauvaise presse chez une majorité de l’opinion publique, convaincue en cela par le plaidoyer anti-OGM d’organisations écologistes comme Greenpeace. Sans craindre de rejeter avec les OGM l’ensemble des autres biotechnologies. Des chercheurs français s’exilent donc dans les équipes d’instituts scientifiques outre-atlantique et les organismes publics français de recherche désarment sur leurs programmes en biotechnologies. Résultat ? Les innovations biotechnologiques et leur brevet sont laissés aux Américains, aux Chinois, aux sud-Américains et aux Indiens qui multiplient les contacts avec les PED.
Où est l’Europe dans ce partenariat scientifique Nord-Sud croissant sur les biotechnologies ? Alors que l’UE est le premier donateur mondial d’aide publique au développement (APD), « elle n’occupe pas la place qu’elle devrait en matière de politique et de partenariats scientifiques avec les PED », déplore le Directeur de FARM. Selon lui « un virus mental s’est développé » qui fait croire que les agricultures non performantes ne peuvent pas améliorer leur productivité. « Il n’y aurait guère alors de solutions pour elles que l’agroécologie, relaie l’idéologie écologiste, et des bailleurs de fonds aujourd’hui comme l’AFD (Agence Française de Développement, ndlr) ne financent que des projets de semis direct dont on connaît les résultats en matière de rendements ! », s’agace Bernard Bachelier. L’amélioration du niveau de production en Afrique « ne nécessite pas d’intensification », explique-t-il a contrario, puisqu’elle passe « à 70 % par une augmentation des surfaces cultivées et à 30 % par une hausse des rendements ». L’Afrique disposerait de 300 millions d’hectares de terres arables non cultivées.
* Agnès Ricroch a publié le 14 juin 2011 avec Yvette Dattée et Marc Fellous l’ouvrage Biotechnologies végétales. Environnement, alimentation, santé, aux Editions Vuibert-AFBV
** FARM a publié en novembre 2010 : Quelles sont les perspectives d’amélioration génétique de plantes cultivées tolérantes à la sécheresse, co-écrit par L. Gaufichon, J-L. Prioul et B. Bachelier.
Des semences de riz OGM se diffuseraient en Chine
Du riz transgénique se répandrait illégalement depuis plusieurs années en Chine, selon des propos du ministre de l'agriculture rapportés par l'AFP le 14 juin, tandis que deux variétés de la céréale ont reçu fin 2009 des pré-autorisations mais ne sont pas commercialisées. En janvier pourtant, le ministère de l'Agriculture assurait « qu'aucune céréale transgénique n'est cultivée en Chine ». Les pays européens ont signalé 115 fois des aliments contenant du riz OGM venant de Chine entre 2006 et mai. En mars 2010, lors d'une réunion du Parlement chinois, les députés se sont opposés à la pré-autorisation de ces céréales et réclament un étiquetage spécifique des produits OGM. Ce riz est dit plus résistant à la sécheresse, offrant un meilleur rendement et réduit l'utilisation des pesticides, mais les conséquences de l'utilisation à long terme de ces riz sur l'organisme et la biodiversité sont encore inconnues. Le prix est 2 à 5 fois supérieur aux semences ordinaires pour un rendement presque équivalant. La commercialisation est estimée pour 2012-2013 mais l'état tâche de la garder à une échelle réduite.
L’expert en est convaincu depuis plusieurs années. Il mène entre autres avec le Donald Danforth Center, financé par le groupe Monsanto, des expérimentations en Afrique de l’Est sur un manioc transgénique résistant au virus africain de la mosaïque, dévastateur pour la production agricole de cette zone. Et il s’en est ouvert lors d’un séminaire organisé le 14 juin par le département « Sciences de la vie et santé » d’AgroParisTech et l’Ambassade des Etats-Unis sur le thème : « L’innovation agricole au service de la sécurité alimentaire ». Agnès Ricroch*, enseignant-chercheur d’AgroParisTech et Maître de conférences à l’Université Paris Sud, souhaite aboutir à un Colloque en 2012, à Paris, consacré à l’innovation agricole au service des pays en développement (PED). Avec cette idée : restaurer l’image des plantes transgéniques en France, qui sont « nécessaires aux PED », tout en faisant état des connaissances scientifiques sur leurs impacts environnementaux, économiques et sociaux.
Des politiques agricoles aussi
Il faudra nourrir 8 milliards de personnes en 2025 et 9 milliards en 2050 et donc augmenter très sensiblement la production agricole mondiale. En particulier dans les PED afin qu’ils atteignent une relative souveraineté alimentaire. C’est en Afrique qu’on s’attend en effet à la plus forte croissance démographique. Or « entre un quart et un tiers de la production mondiale est aujourd’hui perdue ou abîmée », souligne Agnès Ricroch, en raison de sécheresses, de ravageurs ou de capacités de stockage trop archaïques par exemple. La recherche américaine en biotechnologie va permettre en 2012 la commercialisation aux Etats-Unis d’un maïs OGM résistant à la sécheresse, et c’est ce type d’argument que font valoir aujourd’hui les tenants des biotechnologies aux agriculteurs de pays du Sud qui manquent de pluies.
Parallèlement, Pierre-Henri Texier, membre du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), qui a passé plus de 30 ans dans des pays du Sud, insiste sur la nécessité de « relancer les politiques d’investissement dans le secteur agricole » au Sud, via la hausse de l’aide publique au développement (APD) agricole et la mise en œuvre de politiques agricoles par les PED. Bernard Barchelier, Directeur de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM)**, renchérit : « Depuis 20 ans, la question agricole est traitée de manière sociale dans les PED et ça n’a pas permis de développer de la valeur ajoutée dans les filières agricoles ». Selon lui, pour l’agriculture africaine aujourd’hui, « la priorité est déjà de la faire bénéficier des technologies existantes (comme la sélection génétique classique, ndlr) et pas forcément des OGM, et d’améliorer les circuits de distribution de semences améliorées ». Même si Bernard Bachelier juge que « des innovations biotechnologiques contre la sécheresse seraient une bonne chose pour l’Afrique de l’Ouest ».
Mauvaise presse
En France, les OGM ont très mauvaise presse chez une majorité de l’opinion publique, convaincue en cela par le plaidoyer anti-OGM d’organisations écologistes comme Greenpeace. Sans craindre de rejeter avec les OGM l’ensemble des autres biotechnologies. Des chercheurs français s’exilent donc dans les équipes d’instituts scientifiques outre-atlantique et les organismes publics français de recherche désarment sur leurs programmes en biotechnologies. Résultat ? Les innovations biotechnologiques et leur brevet sont laissés aux Américains, aux Chinois, aux sud-Américains et aux Indiens qui multiplient les contacts avec les PED.
Où est l’Europe dans ce partenariat scientifique Nord-Sud croissant sur les biotechnologies ? Alors que l’UE est le premier donateur mondial d’aide publique au développement (APD), « elle n’occupe pas la place qu’elle devrait en matière de politique et de partenariats scientifiques avec les PED », déplore le Directeur de FARM. Selon lui « un virus mental s’est développé » qui fait croire que les agricultures non performantes ne peuvent pas améliorer leur productivité. « Il n’y aurait guère alors de solutions pour elles que l’agroécologie, relaie l’idéologie écologiste, et des bailleurs de fonds aujourd’hui comme l’AFD (Agence Française de Développement, ndlr) ne financent que des projets de semis direct dont on connaît les résultats en matière de rendements ! », s’agace Bernard Bachelier. L’amélioration du niveau de production en Afrique « ne nécessite pas d’intensification », explique-t-il a contrario, puisqu’elle passe « à 70 % par une augmentation des surfaces cultivées et à 30 % par une hausse des rendements ». L’Afrique disposerait de 300 millions d’hectares de terres arables non cultivées.
* Agnès Ricroch a publié le 14 juin 2011 avec Yvette Dattée et Marc Fellous l’ouvrage Biotechnologies végétales. Environnement, alimentation, santé, aux Editions Vuibert-AFBV
** FARM a publié en novembre 2010 : Quelles sont les perspectives d’amélioration génétique de plantes cultivées tolérantes à la sécheresse, co-écrit par L. Gaufichon, J-L. Prioul et B. Bachelier.
Des semences de riz OGM se diffuseraient en Chine
Du riz transgénique se répandrait illégalement depuis plusieurs années en Chine, selon des propos du ministre de l'agriculture rapportés par l'AFP le 14 juin, tandis que deux variétés de la céréale ont reçu fin 2009 des pré-autorisations mais ne sont pas commercialisées. En janvier pourtant, le ministère de l'Agriculture assurait « qu'aucune céréale transgénique n'est cultivée en Chine ». Les pays européens ont signalé 115 fois des aliments contenant du riz OGM venant de Chine entre 2006 et mai. En mars 2010, lors d'une réunion du Parlement chinois, les députés se sont opposés à la pré-autorisation de ces céréales et réclament un étiquetage spécifique des produits OGM. Ce riz est dit plus résistant à la sécheresse, offrant un meilleur rendement et réduit l'utilisation des pesticides, mais les conséquences de l'utilisation à long terme de ces riz sur l'organisme et la biodiversité sont encore inconnues. Le prix est 2 à 5 fois supérieur aux semences ordinaires pour un rendement presque équivalant. La commercialisation est estimée pour 2012-2013 mais l'état tâche de la garder à une échelle réduite.