Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Compétitivité, volatilité des prix et regroupement de l’offre

Les challenges de l’agriculture de France

La France devra lever un certain nombre d’obstacles pour rester dans le
rang dans le domaine agricole et agroalimentaire, sinon ses filières
seront laminées, met en garde Philippe Mangin, le président de Coop de France.
Par Publié par Cédric Michelin
120712--Silo_aerien_Verdun1.JPG
« Nous sommes dans l’inquiétude ». Au-delà de la situation internationale très incertaine, avec la crise de l’euro et le report des projets d’investissements qu’elle induit, Philippe Mangin, le président de Coop de France, n’est pas très optimiste sur l’avenir de l’agriculture et des filières agroalimentaires. Et de pointer de nombreux obstacles qui empêchent les filières de se déployer en France comme à l’étranger. D’abord le manque de compétitivité de nos filières. Les entreprises croulent sous le poids des charges, du coût de la main d’œuvre, de la fiscalité et d’une réglementation tatillonne. Le diagnostic est partagé, y compris en haut lieu observe-t-il, mais les réponses des pouvoirs publics tardent à venir. Coté entreprise la création de valeur ajoutée est en panne, « il faut qu’on soit meilleur » insiste-t-il, soit en segmentant les marchés, soit en jouant sur l’effet de taille, pour affronter la grande distribution, notamment. Et de déplorer aussi la frilosité de la France, en matière d’innovation. Contrairement aux pays d’Amérique du sud par exemple qui jouent à fond, la carte des biotechnologies. La volatilité des prix à laquelle il faudra bien s’habituer est également un frein au développement des entreprises. Et notamment la financiarisation des marchés « qui est en marche ». Philippe Mangin regrette que les dispositifs de régulation tardent à se mettre en place, malgré les recommandations du G20 que Coop de France soutient, bien entendu. Enfin une des faiblesses bien françaises est illustrée par l’insuffisance de l’organisation des producteurs. Et de citer les fruits et légumes dont une partie de la crise actuelle s’explique par le manque d’organisation et la résistance à la mise en œuvre de la contractualisation. « Le regroupement de l’offre reste un des objectifs à atteindre, à condition qu’il s’inscrive dans une démarche de filière » insiste le président de Coop de France. Une remarque qui vaut pour le secteur bovin dans lequel le secteur coopératif ne représente que 35 % du marché.


Bovins : « l’avenir ne passe pas par le tout export »


Accusé par le syndicalisme et le ministre de l’agriculture de refuser d’intégrer le GIE export créé à l’initiative de la Fédération nationale bovine, Philippe Mangin rétorque que « l’avenir ne passe pas par le tout export » et qu’il « n’est pas enthousiaste » pour le rejoindre. D’abord parce qu’il s’agit d’un débouché « aléatoire et cyclique » et qu’il faut veiller « à ne pas assécher les outils industriels français ». Ce qui serait le cas actuellement avec des disponibilités en baisse à cause de la sécheresse qui a provoqué des abattages anticipés au printemps et la rétention par les éleveurs de leur vaches de réforme laitières, le prix du lait étant plutôt attractif actuellement. Attention, à vouloir privilégier l’export, de faire le lit de la viande allemande dans la distribution, insiste-t-il. Coop de France préférerait s’engager dans une démarche de promotion de la viande bovine et de veille, à l’image de ce qu’a réalisé la filière céréalière avec France Export Céréales. « C’est ce modèle que nous recommandons », plaide Philippe Mangin.




« Réforme de la Pac : plutôt une bonne base »


« Ce n’est pas une copie que l’on a envie de jeter à la poubelle » indique Philippe Mangin, évoquant l’avant projet de Dacian Ciolos sur la réforme de la Pac qu’il juge plutôt comme « une bonne base » de travail avec l’ouverture d’un fonds de mutualisation et du stockage privé à toutes les filières. La seule chose qui l’inquiète est la non prise en considération des élargissements futurs dans le budget de la Pac, et notamment l’arrivée plus ou moins programmée à brève échéance de la Croatie. Quant au verdissement de la Pac, « il ne nous fait pas peur », à condition qu’il s’inscrive dans une démarche de progrès du type « agriculture écologiquement intensive », et non pas « sur des techniques du passé ». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Coop de France s’engage dans la Stratégie nationale pour la biodiversité. D’ailleurs un certain nombre de coopératives n’ont pas attendu la signature nationale pour s’impliquer dans cette démarche. Et Coop de France de citer In Vivo avec la mise en place d’indicateurs de biodiversité, Coop de France Déshydratation avec la luzerne, Terrena, Nouricia, Limagrain…