Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Opération Solidarité Paille

Les chantiers battent leur plein

C’est peu dire que l’Opération Paille bat son plein. Partout, sur le terrain,
des dizaines d’agriculteurs ont répondu à l’appel de leurs
organisations professionnelles et s’activent. Chaque jour, de nouveaux
camions livrent de la paille dans les exploitations. Pour la profession,
un seul mot d’ordre : faire rentrer un maximum de paille et faire en
sorte qu’aucun exploitant ne soit écarté du dispositif.
120118--P1030215.JPG
Voici maintenant près de deux mois que la sécheresse printanière sévissant et ses conséquences se profilant, la profession s’est mobilisée. Face à l’ampleur de celle-ci, la France et l’Europe du Nord dans son ensemble étant concernées, la volonté a été de prendre le problème le plus en amont possible. « Contrairement à 2003 où les besoins se sont révélés alors que les moissons, chez nous, étaient terminées, nous avons eu le temps cette année de sensibiliser tous les producteurs en amont, les éleveurs bien entendu, mais aussi les producteurs de céréales. Et force est de constater que le message est bien passé », observe Bernard Lacour, secrétaire général de la FDSEA.
Relayées au conseil d’administration de la FNSEA par Yves Bonnot, président de la FDSEA, les préoccupations des éleveurs y ont trouvé un écho évident. Rapidement, la mobilisation est devenue une affaire nationale : la FNSEA invitant les producteurs de céréales à ne pas broyer la paille, et négociant collectivement un accord « pour moraliser le marché », rappellent Yves Bonnot et Bernard Lacour, fixant le prix de la paille en andains entre 20 et 25 € de la tonne. Cela a été décisif. Peu, très peu de surfaces ont pour l’heure été broyées. Le message de solidarité est très bien passé, se félicitent les responsables de la FDSEA, parmi lesquels Lionel Borey, président de la section céréalière de la FDSEA. Le monde paysan prouve qu’en son sein le mot "Solidarité" n’est pas vain.

Course contre la montre


Dans le même temps, la mobilisation nationale a permis la mise en relation entre départements consommateurs de paille et départements producteurs. « L’objectif, rappelons-le, était de réserver un maximum de paille pour garantir nos besoins », soulignent Bernard Lacour et Yves Bonnot. Chacun a encore en tête le conseil fédéral extraordinaire à La Guiche, le 31 mai au soir. A l’unisson, les organisations agricoles départementales se mobilisaient et apportaient leur soutien à la future Opération Paille alors amenée à se mettre en place.
Rapidement, la course contre la montre était lancée, conduisant à laisser les chantiers de proximité aux personnes qui avaient l’habitude de les conduire, le travail de sensibilisation (non broyage, tarifs…) portant ses fruits. La Cellule Paille –dénommée SolidAgri 71 pour Solidarité agricole de Saône-et-Loire– portant ses efforts sur les chantiers les plus lointains pour réserver un maximum de volumes, face à l’ampleur pressentie des besoins. Des délégations du département sont ainsi montées dans l’Yonne, l’Oise, la Seine-et-Marne, l’Aisne… Partout le même message de solidarité et un bon accueil.
Sur le terrain, la situation s’est rapidement faite plus pressante : les foins ayant débutés, l’ampleur des dégâts est apparue en plein jour… Placée sous la responsabilité de Philippe Vuillot de la FDSEA et de Franck Richard de la chambre d’Agriculture, SolidAgri 71 recensait les besoins. Ouverte à tous, adhérents et non adhérents de la FDSEA faisaient connaître leurs besoins. Au standard de la Cellule, le téléphone ne cessait alors de sonner, les fax et les courriels arrivaient de toutes parts : ici pour réserver des tonnages, là pour être mis en relation avec des producteurs de céréales d’autres départements. L’heure n’était pas aux basses considérations. Pas question pour les organisateurs de fermer une quelconque porte, le seul mot d’ordre qui vaille était - et est encore - de mobiliser les énergies, toutes les énergies pour réserver un maximum de volumes et permettre leur rapatriement dans les fermes de Saône-et-Loire pour que tous les éleveurs puissent couvrir les besoins de leur cheptel. Et détenir le plus important cheptel allaitant de France oblige indéniablement les organisations agricoles de Saône-et-Loire.

Une organisation militaire


Dans la foulée des premières moissonneuses-batteuses, les chantiers s’organisent : pressage, mise en tas en bout de champs, bâchage parfois lorsque le temps menace, chargement sur les camions et livraison. Pour cela, sous l’égide ici de Luc Jeannin, là de Joël Maltaverne, là encore de Christian Bajard, de Pierre Rozier, de Patrick Augagneur, de Pierre Dufour et de tant d’autres encore, les équipes se relaient : les éleveurs montent à tour de rôle, se succèdent pour que les chantiers se s’arrêtent pas et permettre ainsi de libérer –comme ils s’y sont engagés vis-à-vis de leurs collègues céréaliers– les terres pour les travaux à venir.
Pour l’heure, près de 200 camions de paille ont d’ores et déjà livré leur marchandise à leur destinataire. Mais, on le sait, le chantier n’en est encore qu’à ses débuts… et les balais de camions sont appelés à se poursuivre encore pendant de longs mois pour répondre à l’ampleur du chantier.
Au final, l’Opération Paille porte en effet sur plus de 60.000 tonnes, dont plus de 40.000 tonnes directement via SolidAgri 71 et près de 25.000 tonnes organisées au travers de "circuits courts", par les USC de Bourbon-Lancy, d’Autun Lucenay-L’Evêque, du Creusot, mais aussi les CCJA de Couches, d’Etang-sur-Arroux et Mesvres, de Lucenay-Autun… D’autres actions encore s’organisent ici ou là, où, spontanément, des contacts se sont liés, des solidarités se sont créées et dont les volumes ne sont pas tous recensés. Pour la profession, l’urgence est de ramener le maximum de volumes, toutes ces actions de terrain étant complémentaires les unes des autres et fidèles aux décisions initiales prises au Conseil fédéral de La Guiche, confirmées par le conseil d’administration de la FDSEA.
Et si à la Cellule Paille, le téléphone s’est un peu calmé, l’heure est à l’organisation des chantiers alors que les moissons s’achèvent dans le sud du Bassin parisien et battent leur plein en Picardie. Il faut jouer de la logistique, des incidents qui ne manquent pas de survenir ici ou là : un tas de paille, voire un camion qui prend feu… C’est aussi cela la réalité et le quotidien de SolidAgri 71.

La force du collectif


Force est de constater que, grâce à cette mobilisation sans faille tant en Saône-et-Loire, qu’en Bourgogne ou qu’au national, le marché aura pu être moralisé, parce que pris le plus en amont possible. Il faut dire que les coûts du transport ne laissent pas place à l’amateurisme cette année : par rapport à 2003, le parc français de camions s’est réduit de près de 20 % et la hausse du prix du gasoil impacte terriblement sur le prix rendu en ferme.
Dans un élan de solidarité et à l’unanimité, les conseillers généraux réunis en assemblée plénière se sont mobilisés et ont voté, en juin, une première enveloppe de 650.000 € pour faire face à la calamité qui frappe l’agriculture de Saône-et-Loire. Pour l’heure, les modalités de versement ne sont pas encore arrêtées. Nous en reparlerons.
« Nous sommes admiratifs de la capacité des hommes à s’organiser, à se mobiliser », notent Yves Bonnot et Bernard Lacour, alors que sur les chantiers tout le monde se mobilise. Et force est de constater que malgré les circonstances dramatiques pour le monde de l’élevage, c’est dans la bonne humeur, conscients de participer à une vaste action de solidarité, que cette mobilisation se réalise. Le sentiment de participer à une œuvre collective, animée par le bien général, s’impose aux intérêts particuliers.



Et aussi…


Sur tous les chantiers, les agriculteurs s’activent autour d’un seul mot d’ordre : rentrer et faire rentrer un maximum de paille dans le département. Il faut en effet passer l’été, puis l’automne et l’hiver. Et aucun volume ne sera pas de trop.
A la FDSEA comme aux Jeunes agriculteurs ou à la chambre d’Agriculture, d’autres chantiers s’ouvrent. Les éleveurs de chevaux et de chèvres ont besoin de foin. Mais tout le monde de l’élevage a besoin de passer le cap de ce qui se révèlera à coup sûr comme une des plus terribles épreuves auxquelles aura été confronté ces dernières années le monde de l’élevage. Les surcoûts liés à la sécheresse risque de peser lourds dans les comptes déjà trop malmenés des exploitations d'élevage…




Images