Les coûts de production à la loupe
Sur la campagne 2011/2012, 174 exploitations laitières issues des régions Bourgogne, Champagne-Ardennes et Centre ont été analysées sur leurs coûts de production. Ces derniers varient assez fortement d’une exploitation à l’autre. Entre le groupe des élevages aux coûts de production les plus élevés et celui des élevages aux coûts de production les plus bas, « on observe un écart de 100 €/1.000 litres de lait produit », indique Laurent Lefèvre de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire.
Les stratégies de mécanisation en cause !
Les trois principaux postes de charge sont l’alimentation, la mécanisation et le travail. Gérer les concentrés et la surface fourragère demeure primordial (lire encadré ci-dessous). Mais l’analyse étendue à l’ensemble des coûts de production montre que le poste mécanisation pèse lui aussi très lourd. Entre les deux extrêmes, on relève une différence de 52 €/1.000 litres de lait produit, illustre le technicien.
Or, à en croire les analyses économiques, les exploitations dotées du plus gros matériel ne sont pas forcément les plus productives ! Ceux qui parviennent le mieux à comprimer leurs charges de mécanisation appliquent en général une « intensification raisonnée » de leurs surfaces fourragères et de leurs troupeaux, rapporte Laurent Lefèvre. Autrement dit, « pour mieux amortir le matériel, il faut optimiser la productivité des surfaces fourragères », confie le technicien.
Le poids des charges de mécanisation est assez préoccupant. Sont en cause les stratégies d’équipement ainsi que la question de l’adéquation du parc matériel aux besoins. Faute de choix éclairés, certains cumulent des frais de Cuma élevés tout en ayant beaucoup d’amortissement de matériel sur l’exploitation. D’autres, débordés de travail, optent pour l’utilisation du matériel en commun alors qu’un recours à une entreprise "clé en main" libèrerait davantage de main-d’œuvre.
Délicat agrandissement
Au chapitre de la productivité du travail, la question de l’agrandissement des ateliers soulève une réponse nuancée. Dans un groupe d’élevages ayant agrandi leur atelier de plus de 200.000 litres de lait en 5 ans, on remarque que certains ont amélioré leurs résultats économiques tandis que d’autres ont dégradé leur situation...
La rémunération obtenue va de 0,2 Smic par unité de main-d’œuvre (UMO) à 2,7 Smic/UMO ! Comme quoi, l’agrandissement n’est pas une réussite pour tous… Une bonne maîtrise technique devant être de la partie dès le départ.
Un prix de revient rémunérateur !
L’approche coûts de production permet de déterminer le « prix de revient » du lait, autrement dit « le prix minimum nécessaire pour couvrir toutes les charges engagées », explique Laurent Lefèvre. Ce prix de revient a ainsi été évalué à 347 €/1.000 litres de lait produit, cela avec un travail rémunéré à hauteur de 1,5 Smic. Cette rémunération du travail étant considérée comme un facteur de production à part entière, indique le technicien. Dans le groupe à "coûts maîtrisés", ce prix de revient descend à 293 €/1.000 litres ce qui permet de dégager un revenu égal à 2 fois le Smic. En revanche, dans le groupe aux coûts les moins bien maîtrisés, le prix de revient monte à 407 €/1.000 l et le revenu est à 0 !
Charges opérationnelles
Une économie de 300 kg de concentrés par génisse
Au niveau des charges opérationnelles, la disparité entre élevages fait ressortir un groupe dit « à coûts faibles » qui se situe à 128 €/1.000 litres et un groupe dit « à coûts élevés » 196 €/1.000 litres, avec entre les deux, un écart de 68 €/1.000 litres de lait produit. Ce sont les postes concentrés et fourrages qui expliquent en grande partie cet écart. Dans le groupe dit « à coûts élevés », la consommation de concentrés s’élève à 265 g/kilo de lait produit alors que dans le groupe « à coûts faibles », cette consommation descend à 192 g. L’écart se retrouve aussi dans le prix (315 € tonne contre 272). Ramené à la génisse, on observe une différence de 300 kg de concentrés consommés entre les plus économes et les moins économes !
Les deux groupes se distinguent aussi par une gestion plus économe de la surface fourragère. La différence s’explique surtout par la conduite de l’herbe plutôt que la fertilisation.