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Agrioccasions, les occasions agricoles
Dossier spécial : Faire face à la hausse des coûts alimentaires

Les effets combinés de la spéculation et de la sécheresse

La volatilité des prix des matières premières est un phénomène mondial inquiétant les consommateurs comme les producteurs. Elle est particulièrement marquée depuis 2005-2006. Elle a d’abord touché l’énergie (pétrole, gaz…) et s’est rapidement propagée aux métaux, puis aux produits agricoles. Dès la fin 2006, elle s’est traduite par une envolée des prix agricoles, des produits laitiers, des céréales, des oléagineux, du sucre... Les viandes ont été impactées plus tardivement et dans une bien moindre mesure (voir le graphique en indice de la FAO), indique l'étude de l'Institut de l'élevage. Après une rechute extrêmement brutale mi-2008, les prix ont à nouveau flambé dès la fin 2009, affectant dans un premier temps les produits laitiers. La flambée actuelle va-t-elle durer ? Quel est impact de cette flambée mondiale en Europe et en France ? En élevage ? Comment réagir en élevage à cette flambée des coûts de production ? Eléments de réponse alors que la sécheresse en ajoute aux difficultés...
Par Publié par Cédric Michelin
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La flambée actuelle va-t-elle durer ? Une question qui vaut des milliards d’euros ! Bien évidemment, pas plus que les multiples experts qui s’expriment aujourd’hui dans les médias, l'Institut de l'élevage ne prétend avoir de réponse à cette question. Cependant, voici plusieurs éléments qui peuvent nourrir la réflexion de tout un chacun.
1) Petits écarts, impacts énormes
On le sait, il suffit d’une variation minime de production (une sécheresse en Mer Noire à l’été 2010 eu en Europe du Nord ce printemps, un printemps plus sec que d’habitude en Nouvelle-Zélande fin 2009, des inondations en Australie début 2011…) ou de la consommation (une crise de défiance des consommateurs chinois en juillet 2008 à la suite du scandale du lait mélaminé, les effets de la crise financière à partir de septembre 2008) pour provoquer d’énormes effets sur les prix agricoles. Ainsi, en absence de stocks régulateurs, une baisse des estimations de la production mondiale d’environ 3 % des céréales au début de l’été 2010 a suffi à provoquer une flambée des prix quasi-immédiate de 70 % ! Tant que les politiques n’auront pas décidé de remettre en place des stocks officiels, connus et transparents - c’est l’un des enjeux du prochain G-20 agricole -, tout laisse à penser que cette volatilité extrême persistera !
2) Les fondamentaux des marchés sous tension
Les fondamentaux des marchés nourrissent une tension persistante sur les prix des matières premières. La démographie et l’accession de couches entières des populations des pays émergents (Chine, Inde, Brésil, mais aussi Turquie par exemple…) à des niveaux de vie et non plus de survie entretiennent la croissance de la demande. Ces populations aspirent, pour la plupart, à des modes de consommation alimentaires plus riches en huiles, en sucres et surtout en protéines animales. Aussi, est-il probable que l’époque des prix bas (pratiquement trois décennies) pour l’énergie et les produits alimentaires soit révolue.
3) La spéculation fait des bulles
Les liquidités financières qui affluent dans les pays émergents, mais aussi suite aux politiques de relance en particulier aux Etats-Unis, jouent également un rôle, en pariant sur la hausse à long terme des prix des matières premières, grâce à des outils financiers complexes (fonds indiciels…). Cette influence est controversée, mais elle semble fondamentale pour comprendre une partie au moins de la volatilité des prix. Bien entendu, cette financiarisation des marchés agricoles se traduit par la formation de bulles qui explosent de temps à autre…
4) Un suivi régulier
Cette incertitude croissante conduit l’Institut de l’Elevage à suivre de plus en plus près l’évolution de ces marchés. Par ailleurs, Coop de France Nutrition animale publie mensuellement un tableau de bord "Prix des aliments" qui fait davantage référence aux prix pour les productions de porc, de volaille et d’œufs.

Quel impact de cette flambée mondiale en Europe et en France ?


L’impact est quasi-immédiat sur les prix des céréales et des oléagineux. En effet, depuis la réforme de la Pac de 1992, les prix mondiaux et européens sont pratiquement interconnectés. La réflexion qu’on entend souvent sur les prix actuels du blé par exemple (« on revient tout juste au niveaux de prix des années 1980, sans même tenir compte de l’inflation ») ne prend souvent pas en compte le changement total de fonctionnement de la Pac à partir de 1992 : la fin de l’étanchéité entre marché européen et marchés mondiaux et la compensation de la baisse des prix européens par des aides directes (DPU découplée aujourd’hui), note l'Institut de l'Elevage.
L’effet est moins direct sur les prix des produits laitiers. Cependant, aujourd’hui, le prix mondial équivalent "beurre-poudre" tire nettement à la hausse la valorisation du lait produit au sein de l'Union européenne, même si les fabrications de commodités sont minoritaires dans les fabrications laitières en France.
L’effet est encore moins sensible sur les viandes bovines et ovines. L’envolée du marché mondial n’a joué que par l’amoindrissement de la concurrence des viandes à l’importation (d’Amérique du Sud pour le bœuf, de Nouvelle-Zélande pour l’agneau), ou par des marchés qui se sont ouverts vers la Turquie ou réouverts vers le bassin méditerranéen pour le bœuf.
Ainsi, l’impact de la flambée s’est traduit par une amélioration de la conjoncture laitière, mais aussi, par l’envolée des coûts de production pour tous les éleveurs.
L’impact de ces hausses de coûts a été évalué pour chaque filière élevage de ruminants en fonction d’un jeu d’hypothèses sur la conjoncture pour les quelques semaines à venir.
Les coûts de production sont suivis mensuellement à partir d’un panier de charges dont les prix sont publiés par l’organisme officiel de statistiques, l’Insee. Ces paniers de charges ont été établis par l’Institut de l’Elevage pour chacune des filières élevages de ruminants afin d’en suivre mensuellement l’évolution : ce sont les IPAMPA.
Comme ces IPAMPA sont publiés avec un certain délai, et que les professionnels du secteur ont besoin d’une visibilité sur l’avenir proche, le Département Economie de l’Institut de l’Elevage a élaboré des prévisions à court terme (sur 4 mois à partir du dernier mois connu) pour l’IPAMPA "Aliments achetés", le plus volatil. Par exemple, mi-février, L'Institut de l'Elevage publie ses prévisions jusqu’en avril 2011 quand le dernier indice connu concerne décembre 2010 :

Comment réagir à cette flambée des coûts de production ?


Des réponses existent, pas forcément très compliquées à mettre en œuvre. Quand on considère que la volatilité des marchés des intrants (et aussi vraisemblablement des produits) est une réalité à laquelle nous allons être soumis dans la période à venir, la meilleure précaution est sans doute de réorienter les systèmes d’élevage vers des fonctionnements plus « résilients », qui limitent autant que possible l’impact de ces variations de coûts. Les réponses technico-économiques possibles à court terme sont synthétisées pour chaque grand type d’élevage.
Il n’en reste pas moins, qu’à plus long terme, des décisions politiques devront absolument être prises, au niveau national, mais surtout européen et mondial, pour limiter cette volatilité des prix des produits agricoles extrêmement nuisible tant pour les producteurs, en particulier en France, que pour les consommateurs, en particulier les plus pauvres d’entre eux.
http://www.inst-elevage.asso.fr/spip.php?page=rubrique_espace&id_espace=932&id_rubrique=2581

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