Les JA avancent leurs propositions
Face à ce scénario que les Jeunes entendent ne pas laisser de côté, David citait les chiffres implacables du dernier Recensement général agricole pour l’élevage bovin. Il en évoquait les causes probables, parmi lesquelles la qualité de vie et le temps de travail, mais surtout, surtout, le problème de rentabilité structurel évident de l’élevage allaitant ! Et ce dernier de lister les conditions qui permettraient d’inverser la tendance : une plus grande autonomie alimentaire des exploitations, la moindre dépendance à la paille, des possibles diversifications d’activités… et bien sûr, « une nouvelle méthode de gestion des crises, avec "l’année blanche", un maintien des soutiens à l’élevage dans la future Pac et, enfin, des prix rémunérateurs ». Nous y sommes.
La filière idéale
« En élevage allaitant, nous en avons assez, assez des discours du type "Il y a qu’à patienter, les choses évoluent…" C’est vrai que les choses évoluent, mais les éleveurs n’en peuvent plus d’attendre ; ils continuent de faire des prêts pour rembourser les prêts précédents. Cette production a-t-elle un avenir ? », lançait David Bichet sur un ton ne prêtant aucun doute sur la détermination des JA à oser "jeter un pavé dans la mare". « Si la réponse est "oui", alors nous y travaillerons. Si elle est "non", alors nous en tirerons toutes les conséquences ».
Après la dernière assemblée des JA 71, des rencontres avec les groupements de producteurs ont eu lieu, au cours desquelles les Jeunes se sont gentiment vu invités à « plancher sur la filière idéale ». Il n’en fallait pas moins pour mettre la mécanique en marche et, lundi, ils rendaient leur copie.
Reprendre en main la mise en marché
Directeur du centre de gestion AS 71, David Reboul présentait les résultats d’une étude conduite par Lionel Bourge sur les coûts de production en élevage allaitant. De cette brillante présentation, il ressortait indéniablement le fait, qu’en 2010, il faudrait augmenter le prix de vente des animaux de 16,2 % pour pouvoir rémunérer un éleveur à 1.636 € par mois, c’est-à-dire à 1,5 Smic. Tous les chiffres le prouvent, on en est loin, très loin, trop loin…
Dénonçant le constat simple et alarmant de l’absence de lien entre prix de vente et coût de production, Olivier Nidiau rappelait l’échec des politiques de structuration de l’offre, la multiplicité des intermédiaires, mais aussi la méconnaissance par les éleveurs de leurs coûts de production. Pourtant, des atouts, le bassin allaitant de Saône-et-Loire en a et ils sont incontestables : un volume qui à lui seul représente près de 20 à 30 % de l’approvisionnement italien en maigre, des produits de qualité reconnus en gras… Alors que les éleveurs subissent la vente, ne bénéficient d’aucune transparence sur les prix entre tous les maillons de la filière et qu’ils entendent limiter le nombre des intermédiaires dits "spéculateurs", « nous souhaitons une reprise en main par le producteur de la mise en marché de ses animaux », proposait le responsable JA.
Un schéma percutant
Dans la foulée, Fabrice Voillot détaillait la proposition des JA 71, une proposition décapante certes, mais qui séduisait dans la salle nombre de participants par sa simplicité et son bon sens : « il faut regrouper l’offre pour peser sur le marché, en filière maigre comme en gras ». Et ce dernier d’avancer un schéma (voir ci-dessous) "révolutionnaire", qui suppose quelques préalables, parmi lesquels « la fin de la guerre des bonhommes et des boutiques, dont on se fout » ou « le refus de la négociation systématique des prix de marché » et « la contractualisation des bêtes par les éleveurs ».
En somme, « une coop géante qui résulterait du regroupement des trois groupements actuels, Global, Socaviac et Charolais Horizon. Une structure qui tirerait un trait sur le passé et ne conserverait aucun de ses directeurs actuels, ni aucun des acheteurs qui sillonnent sans cesse le département et qui, de ce fait, présenterait une grille de prix rémunératrice évidente », lançaient, sûrs des réactions, les Jeunes.
Et les réactions ne tardaient pas, et dans leur ensemble, plutôt favorables, du moins particulièrement encourageantes, au regard de la réflexion que les Jeunes ont su mener. Et si quelques sons de cloches dissonants se faisaient entendre, les Jeunes ont su recadrer rapidement les débats, argumentant, chiffres à l’appui, leurs réflexions manifestement fort bien travaillées. En exemple probant, ils citaient même leur partenariat probant avec le magasin Leclerc de Montceau-lès-Mines qui permet d’écouler deux bêtes par semaine.
« Ce que nous voulons, ce sont des prix rémunérateurs. Nous n’avons pas l’intention de passer toute notre vie sur un dossier qui n’avance pas », avertissaient plusieurs JA, dans la salle comme en tribune. « Et nous voulons vivre tout de suite de notre métier, et pas hypothétiquement demain… » Et cela passe par « des OPA au service des agriculteurs », comme le rappelait Fabrice Voillot. Les choses sont dites. Et clairement.
Un ultimatum
« Dans l’état actuel des choses, aucun jeune ne peut tenir le coup, pas plus d’ailleurs nos aînés », réagissait David Bichet, reconnaissant sans doute « une vision simpliste », mais rappelant avec fermeté que « les JA en ont plein le dos de ne pouvoir vivre de leur métier », qui est bien souvent une passion. « Nous n’hésiterons pas à quitter le métier et refusons d’attendre trente ans comme nos aînés que les choses aillent hypothétiquement mieux… »
« Les Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire ont pris les responsabilités qui leur reviennent pour que cette action et cette réflexion trouvent écho », lançait Jérémy Decerle, avertissant qu’aucun avis favorable ne serait désormais donné en CDOA aux projets d’installations en élevage allaitant tant que ceux-ci ne reposeront pas sur des « projets viables et vivables ».
Mais surtout invitant les autres à, eux aussi, prendre toutes leurs responsabilités.
Ainsi, les JA 71 lançaient-ils un ultimatum, invitant les trois conseils d’administration des trois groupements à se retrouver le 14 octobre prochain à Charolles pour travailler, « entre éleveurs et sans les directeurs », sur leurs propositions.
« Si cela ne bouge pas, nous n’exclurons pas d’aller plus loin, avec d’autres formes d’actions », concluaient à l’unisson les Jeunes.
Zoom
À qui court les assemblées générales et les réunions diverses, les Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire ont donné une grande et belle leçon. Il n’est en effet pas souvent donné d’assister à des réunions aussi bien organisées, aussi bien préparées, aussi bien travaillées dans les arguments. Les Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire ont été convaincants, séduisants même, percutants en tous cas.
Nul doute que cette réunion restera dans les annales de l’histoire agricole départementale et qu’une page vient de s’ouvrir…