Les jeunes sont bien aidés
âgés de moins de 41 ans, dont 90 % se sont installés sur des moyennes et
grandes exploitations. Une aide à l'installation est versée à plus de 70
% de ces derniers. Majoritairement des hommes, ces jeunes exploitants
bien formés, établis dans 7 cas sur 10 en société, reproduisent les
activités classiques de la région, dans des exploitations de dimension
généralement importante. Ils semblent néanmoins plus enclins à
diversifier leur mode de production ou de commercialisation que leurs
aînés. L'installation individuelle tardive (après 40 ans) est un
phénomène plutôt féminin, sur de plus petites structures. Plus d'une
exploitation sur deux compte en son sein un exploitant de 50 ans ou
plus. Selon leurs déclarations, l'avenir des petites fermes est
compromis. Zoom sur les autres enseignements du dernier recensement.
En Bourgogne, neuf bénéficiaires sur dix sont des hommes. A l’inverse, 28,6 % des jeunes exploitants se sont installés sur des structures moyennes ou grandes sans DJA. La part des femmes atteint 23 % de ces jeunes non aidés.
Les bénéficiaires de la DJA - du fait de la nature des critères d’obtention de cette dotation - ont un parcours de formation différent de celui des autres jeunes installés. Néanmoins, 38 % des jeunes non dotés ont le niveau de formation requis.
Installation aidée sur de grande dimension
La surface moyenne des exploitations moyennes et grandes comptant en leur sein au moins un jeune ayant reçu une DJA dépasse 160 ha en 2010, contre 96 ha pour les non aidées (la moyenne régionale sur l’ensemble de ces exploitations est de 113 ha).
Les premières sont certes plus souvent en société (c’est le cas pour 70 % d’entre elles contre 60 % des non aidées), mais la différence de surface est à l’avantage des exploitations avec DJA quel que soit le statut en 2010. Le cheptel bovin moyen est également supérieur au sein d’une exploitation aidée avec 88 vaches contre 71. En viticulture, l’écart est moins sensible (10,9 ha de vigne contre 10,5 ha). Quelle que soit l’orientation technico-économique (Otex), les structures sont plus importantes parmi les exploitations comptant un jeune bénéficiaire de la DJA. Les installations aidées plus récentes dans les moyennes et grandes exploitations bourguignonnes accompagnent un léger agrandissement des structures.
Les exploitants de 30 ans au plus ayant bénéficié d’une DJA disposent de structures légèrement plus importantes que leurs aînés. Cet écart ne s’observe cependant pas en vigne, ni en cas d’installation non aidée.
Des activités traditionnelles
Les jeunes installés aidés reproduisent les orientations traditionnelles de la Bourgogne : les installations en système d’élevage bovin allaitant sont ainsi les plus nombreuses, devant les grandes cultures et la vigne. Ces trois orientations concentrent 68 % des installations aidées. L’ordre est cependant inverse chez les jeunes non aidés dont un tiers s’installent en viticulture, contre 20 % en céréales et 19 % en élevage allaitant.
Le fort potentiel économique de certaines exploitations (viticoles en particulier) peut en effet les exclure des aides. En Bourgogne, plus de 8 jeunes éleveurs laitiers sur 10 bénéficient de la DJA alors que ce n’est le cas que pour moins de 6 jeunes vignerons sur 10.
Ces observations sont conformes aux résultats nationaux : les élevages d’herbivores sont un cadre favorable aux installations aidées et ceci d’autant plus que leur localisation fréquente en zone de handicaps naturels octroie une majoration incitative des aides.
Le renouvellement des générations est mieux assuré en élevage
Sur l’ensemble des exploitations moyennes et grandes, ce sont ainsi les élevages d’herbivores qui attirent le plus les jeunes, en particulier sous forme d’installation aidée. A contrario, les grandes cultures, bien que bénéficiant d’une part importante de DJA, comptent plus de 70 % d’exploitations sans jeune, contre 68 % sur l’ensemble régional. La viticulture est en situation intermédiaire : moins d’un tiers des structures travaillent avec un jeune exploitant.
Les jeunes agricultrices peinent encore à se faire une place
Quelles que soient les orientations de productions, l’installation des jeunes femmes semble moins favorisée. En effet, sur les moyennes et grandes exploitations, si la part des Bourguignonnes est de 15 % parmi les jeunes agriculteurs, elle n’est que de 11 % au sein des bénéficiaires de la DJA (13 % en France).
Certaines orientations semblent plus accessibles, comme l’élevage d’ovins et de caprins où les femmes représentent 45 % des installations, aidées à hauteur de 6 sur 10. Les jeunes agricultrices constituent 20 % des installations en viticulture, maraîchage horticulture, élevage hors-sol. Les bénéficiaires des aides à l’installation ne comptent en revanche que 7 % de femmes au sein de l’orientation grandes cultures et 8 % en viande bovine.
De nombreux facteurs peuvent expliquer la faible part des femmes parmi les jeunes installés. En matière d’obtention de la DJA, le niveau de formation semble un des plus restrictifs malgré sa progression sur l’ensemble des jeunes agriculteurs. En effet, sur les moyennes et grandes exploitations, 38 % des non dotés âgés de moins de 41 ans disposent d’une formation au moins équivalente au niveau IV, soit 40 % chez les hommes et 29 % chez les femmes. Cette part atteint 52 % pour les moins de 31 ans, 54 % pour les hommes mais seulement 40 % pour les femmes.
Les jeunes ont des pistes de valorisation différentes
Globalement, l’installation de jeunes s’accompagne d’une réorientation progressive des systèmes de production vers la mise en place de stratégies de valorisation des produits agricoles, toutes tailles d’exploitations et toutes Otex confondues.
Ainsi, alors que 20 % de l’ensemble des exploitations pratiquent des circuits courts, cette part monte à 24 % dans les structures accueillant des exploitants de moins de 41 ans, installés avec ou sans DJA. De même, 4 % des exploitations pratiquent l’agriculture biologique ; ce mode de production
est présent sur 5 % des exploitations avec jeune bénéficiaire de DJA. En matière de signes de qualité, le lien à la DJA est encore plus fort puisque 50 % des exploitations avec jeune agriculteur aidé travaillent sous signe de qualité contre 37 % seulement de l’ensemble des exploitations et 38 % sur les exploitations avec un jeune non aidé.
Dominique Degueurce - Srise Bourgogne
Guillaume Millot - Service de la Statistique et de la Prospective
Les installations tardives : plutôt le fait des femmes
1.780 exploitations bourguignonnes individuelles, soit 9 % des fermes régionales et 14 % des individuelles, sont dirigées par des chefs installés depuis 1991 après l’âge de 40 ans. 60 % d’entre eux sont des femmes, installées à 53 ans en moyenne contre 50 ans pour leurs homologues masculins.
Si 65 % des exploitations sont de petite dimension, moins d’une sur 10 est "grande". Avec en moyenne une surface de 24 ha, un vignoble de 2,1 ha ou un troupeau de 23 vaches, ces structures sont orientées sur l’élevage de petits herbivores (26 %), les grandes cultures (20 %), la vigne ou l’élevage bovin viande (17 %).
52 % de ces exploitants le sont à titre principal et 30 % y consacrent un temps plein (34 % des femmes et 24 % des hommes). Au sein de ces exploitations individuelles, cadre d’installation tardive, 40 % des femmes et 74 % des hommes travaillent seuls. Le conjoint vient peu ou prou en appui de 54 % des femmes et de 22 % des hommes.
Et l’avenir ?
Parmi les 20.300 exploitations bourguignonnes recensées en 2010, plus d’une sur deux (57 %) compte au moins un exploitant âgé de 50 ans ou plus. L’ensemble de ces exploitations susceptibles d’enregistrer au moins un départ dans les années à venir représente au moins 50 % de la richesse agricole régionale, que ce soit en terme de potentiel économique, de surface agricole, vaches nourrices et vignes ; l’enjeu de la succession est donc de taille. Le défi à relever consiste à maintenir des actifs dans un territoire régional déjà profondément marqué par la dévitalisation et à créer la valeur ajoutée permettant de générer un revenu. L’agrandissement des structures et parallèlement leur modernisation confortent le potentiel agricole bourguignon malgré un nombre d’actifs en baisse de 20 % entre 2000 et 2010. Le risque d’abandon de surfaces semble faible.
45 % du potentiel économique des exploitations de ces quinquagénaires, interrogés sur leur devenir, passera aux mains d’un exploitant déjà en place ; 8 % fera l’affaire d’un successeur qui n’est pas à la tête d’une exploitation en 2010. Pour un peu plus de 40 %, les futurs cédants n’ont pas encore prévu leur succession. A moyen terme, ce sont 14 % des exploitations présentes en 2010 qui pourraient disparaître du paysage bourguignon. Une faible dimension et/ou un statut individuel augurent un probable démantèlement de l’exploitation. Parmi les successions connues, c’est la famille qui est prioritaire, neuf exploitations moyennes ou grandes sur dix (et 90 % de la PBS transmise) devant rester dans le giron familial.